Christian Dupuis, associé de Dialogs.

La main-d’œuvre en tête des priorités

Selon un sondage commandé par la Chambre de commerce de Sherbrooke auprès de ses membres, le climat économique de la région s’est amélioré au cours de la dernière année ou est demeuré le même pour 86 % des répondants. Quelque 85 % pensent que ce climat demeurera le même ou s’améliorera en 2020.

Cependant, le sondage a été mené au tout début de la crise ferroviaire. Le président de la Chambre de commerce de Sherbrooke, Réjean Caouette, pense que le résultat aurait pu être différent si le sondage avait été réalisé quelques jours plus tard. « On a des compagnies qui ont des retards dans leurs inventaires. Si le sondage avait eu lieu hier, on n’aurait pas eu le même portrait. Des compagnies commencent à avoir plusieurs semaines de retard. Certaines devront faire des mises à pied prochainement. Ça empire de jour en jour. Quelque chose doit se passer », implore-t-il. 

Un sondage commandé par Commerce Sherbrooke, dont La Tribune a publié les résultats vendredi matin, affichait des données semblables.

Pénurie de main-d’œuvre

Historiquement, le développement des affaires a toujours été la priorité des entreprises. 2019 ne fait pas exception : 36 % des répondants ont fait de cet enjeu leur priorité. Cependant, depuis quelques années, la pénurie de main-d’œuvre est un enjeu qui cause plusieurs maux de tête aux gestionnaires. 64 % des répondants disent avoir été touchés par ce facteur et 27 % en ont fait une priorité.

« En 2016, on est partis à 6 % qui étaient accordés à l’enjeu de la main-d’œuvre, analyse un associé de Dialogs, Christian Dupuis. Ça talonne la priorité du développement des affaires! C’est du jamais vu. Ça fait 25 ans que je fais ce genre d’études et c’est la première fois que je vois ce genre de tendance. »

Pour une première année, la firme Dialogs a demandé aux 151 répondants quelles actions réalisées dans la dernière année avaient été entreprises pour pallier ce manque de main-d’œuvre. Quelque 83 % des entreprises privées ont indiqué avoir augmenté les conditions d’emploi pour fidéliser le personnel et être plus attractifs à l’embauche, 30 % des entreprises privées ont dit avoir réduit les activités ou refusé de nouveaux projets et le quart a dit investir dans la technologie et l’automatisation.

Chiffres semblables

Les chiffres se ressemblent dans le secteur public : 72 % disent avoir amélioré les conditions, 28 % disent avoir réduit leurs activités ou refusé de nouveaux projets et le quart dit investir dans la technologie et l’automatisation.

« Malgré l’indicateur de confiance qui était très élevé à la mi-janvier, il y a des problèmes de fond qui se dessinent et les entreprises les vivent de plus en plus sérieusement, indique Christian Dupuis. Ce sont les enjeux de main-d’œuvre. Ce n’est pas nouveau, on connaît cette problématique. Mais ce qui est clair, c’est que c’est rendu presque aussi important que les nouveaux marchés. Oui, c’est important de vendre, mais si on n’a personne pour opérer, on n’est pas avancés. »

« Les organisations doivent se réinventer en développant de nouvelles conditions d’emploi — pas seulement d’augmenter les salaires, mais de créer des environnements de travail intéressants pour que les employés aient le goût de s’épanouir dans un milieu, enchaîne-t-il. Investir dans les nouvelles technologies, l’embauche de main-d’œuvre immigrante, faire du travail à l’extérieur du Canada pour recruter, ce sont des choses qui ont été repérées dans le sondage. »