Photo de la production de framboises hors sol

La framboise en pleine «révolution»

Les framboises du Québec envahiront bientôt les kiosques, les marchés et les tablettes des épiceries. L’industrie de ce petit fruit est en pleine «révolution», alors que de plus en plus de producteurs modifient leurs méthodes de production. Résultat : l’accès au marché «inexploité» des grandes chaînes pour déloger leurs concurrentes étrangères et pour que les consommateurs aient des framboises d’ici en abondance, plus longtemps, à bon prix.

«C’est une révolution», affirme Guy Pouliot, copropriétaire de la ferme Onésime Pouliot de Saint-Jean de l’île d’Orléans. D’ici quelques années, le portrait de la production aura complètement changé, croit-il. «C’est majeur. Ça va devenir une nouvelle industrie.»

Les amateurs de framboises savent à quel point le fruit est fragile et ne se conserve pas longtemps. Les conditions climatiques du Québec ont imposé depuis toujours des variétés précises du petit fruit, explique M. Pouliot. Ces variétés qui peuvent pousser dans notre climat ne sont toutefois pas celles qui se conservent le plus longtemps ni qui sont les plus productives, note-t-il.

Jusqu’ici, les fruits se vendaient chez le producteur et dans les marchés, la journée même. Certains fournissaient directement des épiceries locales ou en livraient en entrepôt, mais la gestion restait difficile et les volumes insuffisants pour remplacer les framboises étrangères.

«Ça fait longtemps qu’on siège à la même table avec les gens de la distribution. La framboise, il y a toujours eu une problématique importante. [...] Les framboises plein champ, avec les variétés qu’on connaît, la vie de tablette ça se compte plus en heures qu’en jours», précise le producteur Louis Gosselin, propriétaire de la ferme François Gosselin et président de la Chambre de coordination du secteur des fraises et framboises du Québec. La Chambre réunit producteurs et détaillants à la même table.

Les chaînes ont besoin de trois à cinq jours pour approvisionner leurs centaines de magasins.

Culture en pots

Mais depuis quelques années, des producteurs d’ici commencent à cultiver la framboise sous abris, soit dans les champs ou encore carrément hors sol, dans des pots. C’est le cas de la ferme Onésime Pouliot, mais aussi des Productions horticoles Demers. M. Gosselin vient aussi de s’y mettre.

On peut ainsi cultiver plus de variétés, dont la Tulameen. En les protégeant de la pluie et des vents, les petits fruits sont plus abondants et durent plus longtemps, selon les agriculteurs. La production est cinq à huit fois plus abondante qu’avec les méthodes traditionnelles, indique M. Pouliot.

Les framboisiers hors sol sont protégés par de grandes toiles, semblables à des serres, et sont en pots plutôt que plantés dans le sol

En faisant de la culture en pots, on peut protéger les plants en hiver. On évite ainsi des bris et on maximise la production. On peut aussi mieux programmer les récoltes pour allonger la saison. Dans les faits, on n’a même pas besoin d’un bon sol, fait valoir M. Pouliot, on pourrait même les faire pousser dans «un stationnement asphalté», s’il y a de l’eau. À la ferme, il a donné une nouvelle vie à des «terres de Caïn», des terres qui n’étaient pas bonnes pour cultiver en champ.

Chacun de leur côté, les producteurs ont fait des tests au cours des dernières années pour apprivoiser les techniques et trouver les meilleures variétés.

«Ça n’a pas de sens de faire des framboises en plein champ», avance même Jacques Demers, qui croit que la méthode traditionnelle va disparaître.

Les coûts sont toutefois beaucoup plus importants en hors sol et les techniques sont plus exigeantes, mais les producteurs estiment que ça vaut le coup.

Le copropriétaire de la ferme Onésime Pouliot, Guy Pouliot, explique que la culture hors sol est beaucoup plus exigeante et coûteuse que la production traditionnelle. Il faut par exemple arroser beaucoup plus souvent.

Dans les grandes chaînes

En fait, c’est la seule façon de pouvoir réellement concurrencer les framboises étrangères, notamment celles de la Californie et du Mexique, et de leur ravir ce marché.

«Oui, c’est le fun les paniers bios et les marchés publics, mais ça reste encore que le volume de distribution au Québec, c’est 75 % via les trois ou quatre gros joueurs dans le marché. Et si on ne va pas vers eux, ils vont nous mettre de la Californie sur les tablettes», constate Jacques Demers.

«Tout ce qui se vend par la Californie pourra être remplacé par les produits du Québec. On n’occupait pas ce marché-là parce qu’on n’avait pas un produit pour le faire», explique M. Pouliot.

L’intérêt des grands distributeurs-détaillants est là, confirme Louis Gosselin. Il suffit de pouvoir offrir un produit qui reste beau assez longtemps et en volume suffisant. Et c’est ce que les producteurs sont en train d’implanter.

Récoltes plus stables

Les récoltes seront aussi beaucoup plus stables d’une année à l’autre puisque la météo a beaucoup moins d’incidence sous abris. «Le fruit est plus gros, plus beau, sa durée de vie est plus longue et en bout de ligne il est meilleur au goût», affirme M. Demers.

Le copropriétaire de la ferme Onésime Pouliot, Guy Pouliot, explique que la culture hors sol est beaucoup plus exigeante et coûteuse que la production traditionnelle.

M. Pouliot fait valoir que de plus en plus de producteurs se convertissent à ces nouvelles méthodes. L’entreprise a fait des conférences et vend maintenant des plants. «D’ici trois à cinq ans, j’ai envie de dire que la moitié des framboises du Québec vont être produites sous abris.»

L’innovation se poursuit. Demers met même en marché depuis cette année une framboise d’hiver poussée en serres. La récolte printanière permettra d’avoir des petits fruits de mars à mai, et celle d’automne d’en déguster d’octobre à décembre. Par contre, les coûts étant plus importants, il faudra débourser plus pour manger des fruits d’ici pendant ces périodes.

Pour Jacques Demers, le consommateur sera gagnant quant à la disponibilité et au goût avec ces nouvelles méthodes.

«Le premier critère quand ça vient de loin, c’est la conservation et la qualité sur le transport. C’est pas le goût qui vient en tête de liste quand ces producteurs-là [américains, mexicains] font leur choix de variétés. Ici, on ose dire l’inverse.»