Un groupe d’étudiants en architecture de l’Université Laval à Québec et de l’Université de Lyon en France propose sept pistes pour favoriser la reconstruction de Lac-Mégantic, dont celle de convertir la voie ferrée en axe de liaison de transport actif entre les quartiers et celle de créer autour du centre-ville une grande ceinture forestière reliant le parc des Vétérans, l’Espace de mémoire, les bords de la rivière Chaudière et la forêt récréative à l’arrière du Centre sportif Mégantic.

La forêt et le lac demeurent au cœur de la reconstruction

Cinq ans plus tard, la reconstruction du centre-ville de Lac-Mégantic doit se poursuivre avec le maximum d’ouverture sur le lac et sur la forêt environnante, en plus de favoriser l’implantation de nouvelles activités économiques, sociales et culturelles.

Ce sont les conclusions auxquelles arrivent un petit groupe d’étudiants en architecture de l’Université Laval à Québec et de l’Université de Lyon en France, qui ont participé du 8 au 18 mai à la troisième mouture des Ateliers du lac à Lac-Mégantic.

La cohorte propose sept pistes pour remplir ce double objectif, dont celle de convertir la voie ferrée en axe de liaison de transport actif entre les quartiers et celle de créer autour du centre-ville une grande ceinture forestière reliant le parc des Vétérans, l’Espace de mémoire, les bords de la rivière Chaudière et la forêt récréative à l’arrière du Centre sportif Mégantic.

« Je suis toujours impressionnée par la créativité et les propositions que ces étudiants nous offrent, a commenté la mairesse Julie Morin. Ce regard nouveau sur l’aménagement de notre territoire nous permet de penser différemment et d’innover dans notre façon de nous reconstruire. »

En cet an trois de l’école d’été d’architecture, à l’approche du cinquième anniversaire de la tragédie et avec un nouveau conseil municipal en poste, les étudiants avaient le mandat de « réinterroger » le plan de reconstruction du centre-ville qui a été dessiné à partir de la démarche de participation citoyenne Réinventer la ville.

Outre l’évolution des différents chantiers, ils devaient tenir compte de l’implantation d’un microréseau électrique annoncé par Hydro-Québec pour 2019 et la possible disparition de la voie ferrée annoncée par les premiers ministres Trudeau et Couillard pour 2022.

Voir le centre-ville autrement

Pour l’instigateur du programme et directeur de la recherche et des partenariats à l’École nationale supérieure d’architecture de Lyon, Luc Bousquet, l’exercice est formateur et gratifiant pour les étudiants, mais il est aussi rempli de bénéfices pour la communauté puisqu’il a permis de faire évoluer des idées et de voir le centre-ville autrement.

« Parce que, dit-il, la malheureuse occasion qui a été donnée à cette ville doit être une occasion de se requestionner sur le quotidien qu’on vit. Cette disparition brutale amène les gens à se rendre compte que ce qui fait leur quotidien, c’est de rencontrer des gens, aller magasiner, se déplacer, se rendre dans les services communautaires et publics. Alors on est là pour contribuer, modestement comme beaucoup d’autres, à refabriquer du quotidien. »

Le professeur rappelle qu’à l’an un, les futurs architectes avaient été invités à proposer leur vision d’une passerelle enjambant la voie ferrée pour relier le pôle commercial de la promenade Papineau et la nouvelle rue Frontenac, en plus d’étudier le devenir de l’ancienne scierie Billots Sélect.

La cohorte de l’an deux, quant à elle, devait se pencher sur le développement d’un quartier résidentiel près de la rivière Chaudière, mais a surtout permis d’ouvrir la discussion avec la communauté pour définir ce que sera le mémorial de la tragédie sur le site de l’ancien Musi-Café.

« Chaque année, ils ont permis la réalisation de projets concrets », assure Sonia Dumont, chargée de communications-marketing au Bureau de reconstruction de Lac-Mégantic. Dans le cas de Billots Sélect, leur travail a été inclus dans l’appel d’offres de la réhabilitation de l’usine par exemple. Dans le cas de L’Espace mémoire, comme on a baptisé le mémorial, leur travail a donné naissance à un comité de citoyens qui s’impliquent depuis huit mois dans la conception de cet important lieu.

« En étant des tiers acteurs, dit Luc Bousquet, on est un peu des catalyseurs, on peut dire des choses qui sont peut-être mieux acceptées parce que c’est dit par des personnes totalement désintéressées. »

« On ne leur demande pas de jouer à l’architecte qui va faire le projet, on leur demande d’utiliser leurs compétences pour montrer les choses comme elles peuvent être, parce que c’est notre métier de voir des choses que les autres ne voient pas, de voir des choses nouvelles et de les communiquer. Ça fait cheminer les idées dans la tête des gens. »

Les Ateliers du lac étaient soutenus par des Fonds de recherche du Québec et de la région Auvergne-Rhône-Alpes et par le ministère français de la Culture et de la Communication. Les responsables du programme sont en attente d’un renouvellement de ce partenariat pour un autre mandat de trois ans.

La réhabilitation de la scierie Billots Sélect devra attendre

La réhabilitation de l’ancienne scierie Billots Sélect est retardée à Lac-Mégantic. La Ville prend un temps d’arrêt sur ce projet, où devaient être aménagés le Centre magnétique, le Marché public, de même qu’un lieu de rassemblement pour les jeunes incluant un skate park.

« Les architectes sont revenus avec des prévisions budgétaires beaucoup plus importantes que ce qui était prévu », explique la mairesse Julie Morin en entrevue avec La Tribune.

« On va chercher des solutions et on les communiquera aux citoyens dès qu’on saura », ajoute-t-elle, en faisant valoir « qu’il faut être raisonnable avec les fonds publics ».

La mairesse défend néanmoins le besoin d’espace supplémentaire pour le Centre magnétique, qui chapeaute un espace entrepreneurial et l’accélérateur d’artisans du Québec dans ses locaux actuels de la rue Salaberry.

« Il a un taux d’occupation de presque 100 % et il a besoin d’espace pour prendre de l’expansion », dit-elle.

Pour ce qui est de l’espace pour les jeunes, les services municipaux vont plancher rapidement sur un plan B étant donné que le projet est assorti d’une subvention de 570 927 $ du ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport octroyé en 2016 dans le cadre de Programme de soutien aux installations sportives et récréatives.

Enfin le Marché public logera cet été à la Gare patrimoniale. « L’été prochain, on verra », dit Mme Morin.

Expropriation

Installée à proximité de la rivière Chaudière, l’ex-usine Billots Sélect a fait l’objet d’une procédure d’expropriation par la Ville ces dernières années pour inclure le site dans les plans de reconstruction du centre-ville et de revitalisation du quartier Fatima.

Cette vision n’a pas changé, mais le comment est à revoir, selon Mme Morin.

« Comme je dis souvent, on va reculer de l’arbre pour mieux voir la forêt. Le nouveau conseil va s’approprier le dossier et communiquera ses orientations rapidement. (…) Billots Sélect, c’est le prochain dossier qu’on doit dénouer. »

Cinq ans après la tragédie qui a détruit son centre-ville et quatre ans après la démarche de participation citoyenne Réinventer la ville, Lac-Mégantic doit par ailleurs entreprendre à l’automne une démarche de planification stratégique.

« La dernière date de 2007-2017 et on se retrouve un peu à la croisée des chemins », dit la mairesse, qui en poste depuis un peu plus de six mois.