Le projet de loi 34 de François Legault est dénoncé par tous les partis d’opposition et plusieurs entreprises et organismes.

Hydro-Québec: éviter le gaspillage en augmentant les tarifs?

Après avoir dénoncé pendant des années la hausse des tarifs d’électricité, François Legault accuse maintenant ses adversaires de vouloir baisser les tarifs d’Hydro-Québec.

«Je trouve ça assez spécial que le Parti libéral, qui supposément est proenvironnement, demande de baisser les tarifs d’électricité, donc de donner des incitatifs pour gaspiller l’énergie. Ce n’est pas une bonne idée», a déclaré M. Legault, jeudi, lors d’un échange avec le chef intérimaire libéral, Pierre Arcand.

Le premier ministre a également rappelé que les Québécois bénéficient déjà des tarifs d’électricité parmi les plus bas au monde.

Pourtant, dans l’opposition, M. Legault estimait que les Québécois avaient payé 1,5 milliard $ de plus que ce qu’ils auraient dû sur leur facture d’électricité entre 2008 et 2016. Il exigeait le remboursement complet des trop-perçus, estimant qu’ils correspondaient à une «taxe déguisée».

Son gouvernement a donc déposé, le 12 juin dernier, le projet de loi 34 censé remédier à ce problème, mais qui affaiblirait les pouvoirs de la Régie de l’énergie au profit d’Hydro-Québec.

Coalition contre la CAQ

Jeudi, une coalition regroupant le Parti libéral du Québec (PLQ), Québec solidaire (QS), le Parti québécois (PQ), ainsi que des entreprises et des groupes de protection des consommateurs, a dénoncé le projet de loi qui non seulement ne permet pas au gouvernement de redonner aux Québécois 1,5 milliard $, mais qui risque de rehausser les tarifs, selon elle.

«Le gouvernement a vraiment réussi tout un tour de force en coalisant toute sorte de monde qui, d’habitude, ne sont pas d’accord, a déclaré la députée Ruba Ghazal, de QS. Ce projet de loi est extrêmement mauvais pour les Québécois.»

«Non seulement ce projet de loi est mal rédigé, il a été improvisé, il a été bricolé sur un coin de table, mais [...] il avantage seulement une seule institution, et c’est Hydro-Québec», a ajouté le député libéral Saul Polo.

La coalition a exigé le retrait immédiat du projet de loi, faute de quoi elle menace d’avoir recours à toutes les tactiques possibles pour bloquer son adoption. «Le gouvernement est en train de commettre une erreur majeure, a affirmé le péquiste Sylvain Gaudreault. Ça vient menacer non seulement le revenu disponible des ménages, mais ça vient menacer également les projets d’investissement dans les régions du Québec.»

Suivre l’inflation

Ensemble, ils ont brandi un sondage Angus Reid réalisé pour la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI) qui suggère que la grande majorité des répondants croient que la Régie de l’énergie doit continuer à approuver chaque année les hausses de tarifs d’électricité.

Selon 84 % des répondants, la Régie devrait continuer à valider annuellement les tarifs d’électricité d’Hydro-Québec. Quelque 80 % des personnes interrogées voudraient que Québec accorde à la Régie encore plus de pouvoir de surveillance sur la société d’État, et 59 % se disent prêtes à payer 1 $ de plus sur leur facture pour financer une meilleure surveillance du monopole d’État.

S’il est adopté, le projet de loi 34 remettrait 500 millions $ aux clients d’Hydro dès 2020, mais abolirait le système annuel d’évaluation des tarifs d’électricité par la Régie de l’énergie. Les tarifs seraient plutôt gelés lors de la première année, puis fixés en fonction de l’inflation.

Au cours des quatre dernières années, les hausses de tarifs se sont plutôt situées en deçà de l’inflation, passant de 0,7 % en 2016, à 0,7 % en 2017, à 0,3 % en 2018 et à 0,9 % en 2019.

Après 2025, en vertu du projet de loi, Hydro-Québec devra demander à la Régie de l’énergie de fixer de nouveaux tarifs tous les cinq ans, et non chaque année, comme c’est le cas actuellement.

Jeudi, QS a présenté cette motion en Chambre : «Que l’Assemblée nationale prenne acte de l’unanimité des oppositions au sujet du projet de loi 34, [...] qu’elle prenne acte du rare front commun entre organisations patronales, organismes de protection des consommateurs et grands industriels contre ce projet de loi, et que l’Assemblée nationale demande au gouvernement de retirer ce projet de loi.»

Le gouvernement Legault a refusé de débattre de la motion.