Béatrice Ouedraogo, qui se déplace en fauteuil roulant, a longtemps cherché un emploi stable, sans succès. Grâce au partenariat entre Défi Polyteck et Royer, elle travaille aujourd’hui 40 heures par semaine, et elle répond parfaitement aux standards de son employeur.

Handicapés, et qualifiés

L’union des forces de Défi Polyteck et de Royer aura tracé la voie pour l’intégration de personnes avec des limitations fonctionnelles dans le monde du travail. Lundi, les deux entreprises estriennes dévoilaient avec satisfaction les résultats d’un partenariat novateur qui s’est conclu avec l’embauche de onze personnes handicapées chez le fabricant de bottes de travail.

Le partenariat a débuté en avril 2018, alors que Royer était à la recherche d’un local où installer une nouvelle machine en attendant la construction de l’usine de Sherbrooke, qui a été inaugurée en septembre dernier. Après une période d’essai dans les locaux de l’entreprise adaptée Défi Polyteck, combinée à l’avènement d’un besoin criant d’augmenter la production, le directeur des opérations chez Royer, Claude O’Reilly, s’est vu offrir « le projet ».

« Serge Sylvain [le directeur général de Défi Polyteck] proposait de prendre en charge tout le volet production : la supervision, la formation, la qualité, le remplacement des employés, tout ce qui touche les ressources humaines et les opérations quotidiennes. [...] Vous connaissez M. Sylvain. Il y avait un "mais" », indiquait M. O’Reilly en conférence de presse.

Royer devait s’engager à embaucher les travailleurs handicapés de Défi Polyteck qui atteindraient les critères de performance et de qualité de l’entreprise, après avoir reçu une formation spécifiquement conçue par le Centre Saint-Michel.

Pour Royer, l’offre représentait un « scénario idéal », puisqu’elle permettait non seulement de contrer la pénurie de main-d’œuvre qui s’abat sur la province et la région, mais elle fournissait aussi l’encadrement et l’expertise nécessaires à l’intégration de ce nouveau personnel.

« En moins de deux semaines, les défis d’intégration étaient relevés. Ils peuvent tout faire », note M. O’Reilly, qui affirme qu’un audit qualité commandé par le ministère de la Défense nationale, un de leurs clients, a confirmé ce constat.

Lundi, les entreprises estriennes Défi Polyteck et Royer dévoilaient en compagnie du ministre du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale Jean Boulet les résultats d’un partenariat novateur et inclusif. Celui-ci a mené à l’embauche de onze travailleurs handicapés chez Royer afin de combler ses besoins de croissance.

Une fin à « l’enfer »

Béatrice Ouedraogo, qui se déplace en fauteuil roulant, pousse enfin un soupir de soulagement. Avant son arrivée chez Défi Polyteck, qui l’a menée à l’obtention d’un emploi de 40 heures semaines chez Royer, « c’était l’enfer », se souvient-elle.

« À un moment donné, je suis débarquée comme une folle dans la zone industrielle et je me suis mise à cogner à toutes les portes avec des CV. Finalement je me suis retrouvée chez Défi Polyteck », partage celle qui a déjà entendu d’un employeur qu’il l’aurait embauchée, si ce n’était de son handicap.

Elle a notamment travaillé dans un restaurant, où elle occupait le poste d’hôtesse, mais ses limitations l’empêchaient d’obtenir suffisamment d’heures de travail. Puis, après un stage dans le milieu de la santé, elle n’a jamais été rappelée.

« Je veux servir d’exemple. Il ne faut pas s’apitoyer sur son sort et laisser tomber parce que ça ne fonctionne pas. Je suis une fonceuse, moi. Ce n’est pas mon handicap qui travaille, c’est ma tête », indique celle qui s’occupe désormais de la deuxième finition des bottes chez Royer 40 heures par semaine.

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7,8 M$ pour embaucher des travailleurs handicapés

De passage à Sherbrooke pour saluer le partenariat entre Royer et Défi Polyteck dont il a l’intention de s’inspirer, le ministre du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale Jean Boulet a annoncé lundi un investissement de 7,8 M$ qui permettra la création de 250 emplois destinés à des travailleurs handicapés de moins de 30 ans.

Cette aide, qui survient dans le cadre du Programme de subventions aux entreprises adaptées (PSEA), sera répartie sur cinq ans à travers la province et se traduira par une subvention équivalent à 115 % du salaire minimum. 

Actuellement, il existe 41 entreprises adaptées au Québec, qui embauchent un total de 5047 travailleurs. 

Pour qu’une entreprise soit qualifiée ainsi, son personnel doit notamment être composé à un minimum de 60 % de personnes avec des limitations fonctionnelles.

Raymond Gouin, directeur général du Conseil des entreprises adaptées du Québec, indique que 120 000 adultes ayant des contraintes sévères bénéficient actuellement de prestations de derniers recours. 

« On est convaincus que plusieurs de ces personnes-là ont une capacité et une volonté de travailler », partage-t-il.  Jasmine Rondeau