Germain Lamonde, fondateur et président d’EXFO, fera face à 47 entrepreneurs de partout dans le monde au concours d’Ernst & Young, en juin, à Monaco.

Germain Lamonde au concours de meilleur entrepreneur au monde

Le fondateur et président d’EXFO, Germain Lamonde, représentera le Canada au concours de meilleur entrepreneur au monde organisé par la firme Ernst & Young (EY), à Monaco en juin. Son objectif, gagner bien sûr, de la même manière qu’il a amené son entreprise à devenir numéro un mondial dans le secteur des télécommunications optiques.

Être numéro deux ne l’intéresse pas. Il sait qu’il fera face à 47 entrepreneurs aussi chevronnés que lui et avec une histoire personnelle certainement aussi belle que la sienne. Les chances de gagner sont donc très minces. Il se prépare dès lors avec le plus grand des sérieux avec l’équipe canadienne, dont Murad Al-Katib, pdg de AGT Food and Ingredients, gagnant du EY en 2017. «Mon père m’a enseigné : quand on fait quelque chose, on le fait bien ou on ne le fait pas», raconte-t-il.

L’an passé, un autre Québécois avait représenté le Canada : Louis Roy, pdg d’Optel. Mais le jury avait plutôt choisi le Brésilien Rubens Menin Teixeira de Souza, cofondateur de MRV Engenharia. Le dernier Québécois qui a remporté le titre s’appelle Guy Laliberté, en 2007. 

S’il ressent une petite pression face à la dernière victoire d’un Québécois, M. Lamonde s’en préoccupe peu. Bien au contraire, il s’agit d’un défi pour lui et il s’en nourrit. «J’ai toujours eu la volonté d’en faire beaucoup et vite. À 10 ans, je transportais plus de foin que tout le monde. C’est ce qu’on appelle l’efficacité. J’ai toujours voulu devenir entrepreneur aussi, j’ai eu plusieurs business, ce qui a payé mes études et mon premier appartement», explique-t-il.

Devant les juges, M. Lamonde devra être authentique, transparent et montrer en deux minutes, plus 20 minutes de questions, de quelle manière il est arrivé à créer une entreprise qui allait conquérir le marché mondial en partant de rien. 

«Tu vas te casser la gueule»

«Quand j’étais au cégep, j’ai eu la possibilité de faire un stage. En fait, les deux premiers de la classe allaient en France et les deux suivants allaient en Ontario. Comme j’étais turbulent en classe, ma prof de math s’est arrangée pour m’envoyer en Ontario. Mais dans ma malchance, j’ai eu de la chance parce que j’étais le plus jeune et le seul francophone. Les autres étudiants étaient tous des Canadiens anglophones d’origine étrangère. J’ai adoré ce côté Nations-Unies et c’est là que je me suis dit que j’allais créer une entreprise mondiale», confie Germain Lamonde.

Mais au Québec, conquérir le monde n’était pas vraiment dans les gênes des entrepreneurs. Après son baccalauréat en génie physique — réussi en 3 ans et demi au lieu de 4 ans —, il s’installe à Québec pour sa maîtrise en optique. En même temps, il est ingénieur à temps plein dans le domaine du laser. Pendant ses études, il commence à rédiger la mission de sa future entreprise, devenir numéro un mondial. Il sait exactement où il veut aller, et ça ne sera pas dans le domaine dans lequel il travaille, parce qu’il n’y croit pas. Il veut aussi commencer par le marché américain au lieu du marché canadien.

Il parle à son employeur de son idée de se lancer dans les télécommunications optiques. C’est l’avenir, dit le jeune Germain Lamonde. Son patron lui rétorque qu’il n’a aucune chance de réussir. «Il m’a même dit : “Tu vas te casser la gueule”. Quand tu dis ça à une personne comme moi, c’est souvent une grande source de motivation.»

Culture de gagnant

Il quitte alors son emploi pour se consacrer à la création d’EXFO. «Comme je dis souvent aux jeunes entrepreneurs, il faut oser, écouter et décider», fait-il valoir. En 1985, il va voir un banquier pour lui parler de son projet et demander un prêt de 25 000 $. «Comme le prêt était garanti à 100 %, il n’y avait pas de risque pour la banque. Mais le banquier a refusé, il n’y croyait pas. Pour lui c’était impossible qu’une fibre optique grosse comme un cheveu puisse transporter de la lumière qui va être l’information. J’ai pris mes affaires et je suis parti voir un autre banquier qui a été plus compréhensif.»

Toujours pressé de franchir la ligne d’arrivée, Germain Lamonde pense avoir réussi à inculquer à ses employés une culture de gagnant. Il estime également avoir eu un impact dans le développement économique de la région de Québec. «En 1985, personne ou presque ne s’attaquait au marché mondial. Et les entreprises commençaient encore moins par le marché étranger. Mais moi, je n’avais pas de barrière et je pense que les succès d’EXFO ont aidé d’autres entrepreneurs à se lancer.»

«Dépassez les lignes, sortez des sentiers battus», conseille-t-il aux jeunes entrepreneurs. Jusqu’à présent, cette devise lui a plutôt bien réussi. Rendez-vous le 8 juin pour savoir si les juges d’EY pensent la même chose.