Une délégation estrienne mobilisant une dizaine d’autobus a participé à la marche « Garde-manger en danger», dimanche à Montréal. Marie-Chantal Houde, fromagère et propriétaire de la Fromagerie Nouvelle-France à Racine, était de la partie.

Garde-manger en danger : un appel à l’achat local

Racine — Quelques centaines d’Estriens ont pris part, dimanche à Montréal, à la grande marche organisée par l’Union des producteurs agricoles pour encourager la consommation de produits locaux. L’évènement « Garde-manger en danger » dénonçait les concessions « sans précédent » faites par le gouvernement Trudeau, dans son secteur laitier notamment, pour conclure le récent Accord États-Unis-Mexique-Canada (AEUMC).

Accompagnés par une demi-dizaine de tracteurs, ce sont plus de 5000 consommateurs et producteurs agricoles qui ont défilé, brandissant des pancartes, frappant des casseroles ou poussant devant eux un panier d’épicerie.

« Les Québécois demandent le respect des normes canadiennes et québécoises pour les produits alimentaires importés. La précarisation de notre garde-manger doit cesser », a déclaré Marcel Groleau, président de l’Union des producteurs agricoles.

Parce que pour elle, l’agriculture est le meilleur investissement pour un pays, Marie-Chantal Houde, propriétaire et fromagère de la Fromagerie Nouvelle-France, était de la partie. « Une dizaine d’autobus de supporteurs estriens s’est rendue à Montréal pour inciter la population de partout au Québec à consommer des produits locaux, se réjouit-elle. Il est important d’encourager l’épicerie d’à côté, le dépanneur du coin, son restaurant local. »

Rappelons que le gouvernement fédéral a cédé 3,9 % du marché du secteur laitier aux producteurs provenant des États-Unis. En additionnant cette part à celle accordée lors de l’Accord économique et commercial global (AECG) avec l’Union européenne et le Partenariat transpacifique global et progressiste (PTPGP), les producteurs laitiers canadiens perdent 8,4 % du marché.

« Les grands traités ne devraient pas inclure l’agriculture. Quand on laisse entrer des produits étrangers avec des normes sanitaires, environnementales et sociales différentes et moins sévères que les nôtres, on se tire dans le pied ! Il ne faut surtout pas tenir la nourriture et l’agriculture pour acquises. C’est pourquoi on demande l’appui des consommateurs », ajoute fermement Marie-Chantal Houde.

L’UPA précise que paradoxalement, les produits québécois et canadiens exportés à l’étranger doivent, eux, se conformer aux règles en vigueur dans le pays. Les producteurs et l’industrie agroalimentaire sont alors fortement désavantagés. L’UPA cite, à titre d’exemple, que les fromages au lait cru importés d’Europe ne sont pas soumis aux mêmes normes de qualité que ceux fabriqués au Canada, mais ont toutefois accès au marché canadien.

Les citoyens rassemblés dimanche interpellaient les gouvernements du Québec et du Canada, entre autres, sur la réciprocité des normes, l’étiquetage et la traçabilité des aliments, ainsi que sur un meilleur soutien à l’agriculture du pays.

Bien qu’une telle mobilisation ait ses bons côtés, la fromagère engagée revient de Montréal avec des sentiments mitigés. « D’un côté, les producteurs devraient être plus agressifs dans leurs actions et de l’autre, la peur de perdre des consommateurs est toujours présente. C’est pourquoi je répète qu’il nous faut l’appui des consommateurs. Avec l’UPA, dont je fais partie, nous expliquons l’importance de notre agriculture par l’éducation. Au Québec, l’agriculture est belle avec toutes ces particularités et ses normes de qualité », ajoute Marie-Chantal Houde.

Parmi les manifestants, on retrouvait aussi Monia Grenier, une productrice laitière membre du conseil d’administration de l’UPA-Estrie. Selon elle, l’incertitude sur l’avenir des marchés demeure la conséquence la plus difficile à supporter. Elle espère que les fermiers recevront l’appui de la population canadienne et que celle-ci s’engagera à n’acheter que des produits locaux.

Selon elle, la manifestation était un appel à la solidarité. Elle dit avoir conscience que le gouvernement Trudeau ne reviendra pas sur les concessions accordées.

« Protester et faire du bruit ne suffisent plus. On doit sensibiliser les gens de la bonne façon, a-t-elle dit. Tout ce qu’on veut, c’est que la population soit derrière nous et achète des produits locaux le plus possible. » Avec La Presse canadienne