Directrice générale de Sherbrooke Innopole, Josée Fortin compte poursuivre le combat pour que les régions, ignorées dans l’octroi des 50 M$ disponibles, puissent obtenir leur part du gâteau.

Fonds de capital de risque : Fortin refuse de lâcher prise

Sherbrooke Innopole reste sur sa position après avoir consulté la traduction réalisée par Ottawa de sa candidature à l’Initiative de catalyse de capital de risque. Il aurait préféré traduire lui-même le document présenté au jury pour l’obtention d’une aide financière pour la création d’un fonds de capital de risque. Sa directrice générale, Josée Fortin, compte par ailleurs poursuivre le combat pour que les régions, ignorées dans l’octroi des 50 M$ disponibles, puissent obtenir leur part du gâteau.

Rappelons que Sherbrooke ne figurait pas parmi les sept récipiendaires de fonds. Sa candidature, déposée en français, a été traduite à Ottawa pour permettre aux membres du jury d’apprécier le dossier dans la langue de leur choix. Mme Fortin juge inacceptable qu’une traduction ait été réalisée sans consulter son organisation. 

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« Nous avons pris connaissance de la traduction. Ce n’est pas traduit à notre satisfaction. Quand on écrit en anglais, il y a des structures de phrase, une façon de faire la mise en contexte. Là, on dirait que ç’a été traduit ligne par ligne. Ce n’est pas comme ça qu’on écrit en anglais. J’ai demandé à mon employée dont la langue maternelle est l’anglais et pour elle, ce n’est pas une bonne traduction. »

Josée Fortin n’a pas l’intention de porter plainte à la commissaire aux langues officielles. « Nous n’irons pas plus loin de ce côté. Ce qui nous dérange plus maintenant, c’est que les régions sont passées à côté d’un financement pour leur permettre un développement à long terme. Je ne suis pas prête à dire qu’on avait un mauvais dossier. Il n’a pas été apprécié à sa juste valeur. Quand j’ai demandé à Capital Canada de définir ce qu’est un modèle alternatif [de fonds de capital de risque], il a dit qu’il n’y avait pas de définition, que Sherbrooke Innopole est un modèle alternatif et qu’il était ouvert à tout. »

Mme Fortin a acheminé une lettre à un conseiller senior du bureau de Justin Trudeau. Elle n’a toutefois pas reçu de réponse et songe à acheminer une deuxième missive.

Le député de Sherbrooke, Pierre-Luc Dusseault, estime qu’Innovation, Science et Développement économique Canada a peut-être manqué de sensibilité. « Je ne remets pas en doute les capacités de traduction à Ottawa. Nous avons des services qui sont généralement appréciés et efficaces. Il y a peut-être un manque de sensibilité envers la langue française. Malgré toute la bonne volonté des traducteurs, on ne peut pas connaître tous les détails d’une organisation. Il y a sûrement des francophones qui ont besoin eux aussi que des textes soient traduits de l’anglais. On aurait pu offrir à l’organisation de faire la traduction elle-même. »

M. Dusseault indique du même coup que le Bureau de la traduction est sous-utilisé. « On s’est rendu compte que le gouvernement fait souvent affaire avec des sous-traitants.

Dans le cas présent, Innovation, Science et Développement économique Canada confirme néanmoins que le document a été traduit au Bureau de la traduction.

Le député de Sherbrooke se dit déçu que les régions aient été ignorées pour l’Initiative de catalyse de capital de risque. « Si on cherche de nouvelles façons de financer des projets, on devrait se tourner vers d’autres alternatives que ce qui fonctionne déjà. C’est dommage qu’une initiative comme celle-là ait laissé tomber les régions. Les besoins sont en région. Ce n’est pas à Toronto ou à Montréal que les capitaux manquent. »

La députée de Compton-Stanstead, Marie-Claude Bibeau, est prête à travailler avec Sherbrooke Innopole. « Les organisations canadiennes peuvent soumettre leur projet dans la langue officielle de leur choix. Dans un pays bilingue, il faut s’attendre à ce qu’il y ait des comités de sélection qui requièrent des services de traduction afin d’évaluer toutes les propositions. La traduction du projet de Sherbrooke Innopole a été effectuée par des professionnels. Je comprends leur déception et celle des investisseurs impliqués, cependant j’ai confiance pour la suite des choses et je vais continuer à travailler avec eux pour identifier d’autres pistes de financement. »

Enfin, la Société nationale de l’Estrie a déploré dans un communiqué les façons de faire du gouvernement. « La situation entourant aujourd’hui Sherbrooke Innopole n’est qu’un énième exemple de l’échec flagrant du Canada et de la Loi sur les langues officielles à assurer un statut égalitaire entre les langues française et anglaise », soutient le président Étienne-Alexis Boucher.