Plantations BL Christmas Trees est l’un des plus gros joueurs de l’industrie de l’arbre de Noël. Depuis la semaine dernière et jusqu’au début de mois de décembre, l’entreprise exportera 400 000 arbres, en grande majorité vers les États-Unis.
Plantations BL Christmas Trees est l’un des plus gros joueurs de l’industrie de l’arbre de Noël. Depuis la semaine dernière et jusqu’au début de mois de décembre, l’entreprise exportera 400 000 arbres, en grande majorité vers les États-Unis.

« Folie furieuse » pour les sapins de Noël québécois [VIDÉO]

Jasmine Rondeau
Jasmine Rondeau
La Tribune
Capitale québécoise du sapin de Noël, l’Estrie s’active ces jours-ci alors que près de 2 M d’arbres de Noël québécois auront été envoyés chez nos voisins du sud d’ici quelques semaines. Et l’année s’annonce particulièrement prospère pour les producteurs, qui profiteront de la vague avant qu’elle ne s’essouffle.

Chez l’un des plus gros joueurs de l’industrie, Plantations BL Christmas Trees, les camions-remorques convergent depuis la semaine dernière. À travers ses quelques cours de chargement, ce sont 425 camions qui feront transiter 400 000 arbres notamment en direction du Texas, de la Floride, de la Caroline du Nord et même de quelques îles des Caraïbes. En effet, même les destinations vacances n’ont pas diminué leurs commandes malgré la pandémie. 

Dans sa plus grande cour de chargement, à Saint-Edwidge-de-Clifton en Estrie, on a même instauré un système pour empaqueter jusqu’à 50 arbres sur une seule palette, et ainsi remplir les remorques presque trois fois plus rapidement. Sur les arbres : des étiquettes de la chaîne de quincaillerie Lowe’s, le plus gros client du producteur. Certains seront vendus jusqu’à 65 US$ en magasin.

Émilie Turcotte-Côté, agronome pour Plantations BL Christmas Trees et vice-présidente de l’Association des producteurs d’arbres de Noël du Québec.

La frénésie est palpable, puisque la demande est particulièrement grande depuis quelques années, explique Émilie Turcotte-Côté, agronome pour Plantations BL et vice-présidente de l’Association des producteurs d’arbres de Noël du Québec. « Chaque année depuis deux ou trois ans, c’est la meilleure année à vie pour les producteurs, et pas juste pour nous. Ça fait dix ans que je suis dans le domaine et quand j’ai commencé, c’était des années difficiles. Les producteurs vendaient leurs sapins à de très bas prix et il n’y avait pas beaucoup de marchés, parce qu’aux États-Unis, il y avait une abondance. Présentement, c’est le contraire. Il n’y a pas assez producteurs pour suffire à la demande », dit-elle, soulignant l’importance de cette tradition de l’autre côté de la frontière, où pas moins de 98 % des exportations québécoises sont envoyés.

D’autant plus que les plantations québécoises, en raison du climat plus froid, sont souvent de meilleure qualité et subissent moins d’infestations, précise-t-elle. 

En 2019, les producteurs d’arbres de Noël du Québec, qui détiennent près des trois quarts du marché canadien, avaient augmenté de 36 % leurs exportations en comparaison avec l’année 2018. Selon Mme Turcotte-Côté, on peut certainement s’attendre à une autre année record pour 2020. « On a des commandes réservées depuis janvier 2020 et c’est certain qu’avec la pandémie, toute la production locale est plus à la mode. Avec l’Association, on reçoit beaucoup de demandes localement, et ça n’arrête pas. » 

Une bonne nouvelle malgré une année marquée par le gel tardif, la sécheresse et la chaleur de novembre, qui menaçait de sécher les arbres déjà coupés si on ne les couvrait pas. 

Mais les beaux jours pourraient ne pas durer pour les producteurs, qui doivent composer avec de longs cycles pour leurs plantations, et ainsi anticiper la demande 10 ans à l’avance. « On en profite pendant que ça passe, parce que c’est sûr qu’on va ravoir des baisses au niveau des revenus éventuellement, on ne l’espère pas, mais ça risque d’arriver », prévoit Mme Turcotte-Côté.  

Les affaires explosent pour l’entreprise estrienne Bôsapin. Ceux qui livrent des sapins à domicile à travers le Québec et l’Ontario ont déjà vu leurs ventes plus que doubler comparativement à l’année dernière. Sur la photo : David Thibeault, copropriétaire, et sa conjointe Julie-Anne St-Denis, qui fabrique les couronnes.

La demande locale explose  

L’entreprise coaticookoise de livraison d’arbres de Noël à domicile Bôsapin, dont les plantations sont principalement situées à La Patrie, a déjà vu ses commandes en ligne plus que doubler comparativement à l’année dernière. Les ventes ne sont ouvertes que depuis un mois. 

« C’est la folie furieuse, note l’un des propriétaires, David Thibeault. J’ai l’impression que les gens sont prêts à fêter Noël encore plus à cause de la COVID, et ça paraît dans leurs achats. Ils font des grosses commandes de décorations aussi. Je vais probablement devoir fermer mes ventes en ligne d’ici deux semaines, je n’aurai plus de sapins! » 

Pas besoin de compter sur l’exportation pour arrondir le chiffre d’affaires, cette année. « On savait déjà que le marché pour les États-Unis était très fort. J’ai refusé énormément de commandes de distributeurs cette année, je reçois des appels de partout. » 

Bôsapin prévoit livrer cette année près de 18 000 sapins à la porte, partout à travers le Québec et l’Ontario, grâce à une quarantaine de livreurs « casse-noisettes » qui seront envoyés sur la route. 

Et à ceux qui se demandent si un sapin naturel est plus écologique qu’un sapin en plastique, celui-ci répondra « oui! » sans hésiter. D’ailleurs, grâce à son système de livraison à domicile, l’entreprise explique ne consommer que l’équivalent de 0,5 km par sapin, tandis que la moyenne des gens ferait entre 15 et 20 km pour aller chercher le sien. 

« J’ai aussi 300 000 sapins plantés sur des anciennes terres agricoles et qui consomment du CO2. Si je n’existais pas, il n’y aurait pas de sapins à cet endroit-là. On n’enlève pas un arbre de la forêt, on l’ajoute. Et on replante chaque arbre coupé », dit M. Thibeault, qui rappelle que les arbres artificiels ne se recyclent pas et sont souvent jetés prématurément.

Dans sa plus grande cour de chargement, à Saint-Edwidge-de-Clifton en Estrie, Plantations BL a même instauré un système pour empaqueter jusqu’à 50 arbres sur une seule palette, et ainsi remplir les remorques presque trois fois plus rapidement.

Quelques chiffres

Revenus québécois de l’industrie du sapin de Noël : 16 M$ 

Production québécoise : 262 producteurs, 8428 hectares de plantations

Production estrienne : 130 producteurs, 5689 hectares de plantations