Selon l’auteure-compositrice-interprète Félixe et le chargé de projet Gus Boilard, l’industrie de la musique est en profonde mutation, mais il y a de la place pour évoluer et faire prospérer de nouveaux artistes.

Étiquette Rozaire: mettre ses billes dans la musique

Industrie du disque en difficulté, revenus faméliques sur les plateformes de diffusion en continu : placer ses billes dans le domaine de la musique, un pari un peu fou en 2019? Pas de l’avis de Gus Boilard et Félixe, qui naviguent dans ces eaux troubles à l’intérieur de Rozaire, une nouvelle étiquette de disque née à Québec cet été.

Félixe vient tout juste de lancer Prélude, son premier album sous l’étiquette Rozaire, le 13 septembre. Gus Boilard, lui, est chargé de projet pour l’entreprise, qui partage les mêmes ressources qu’Artifice, une agence de promotion radio, de management et une étiquette de disques indépendante. Rozaire a comme mission de se spécialiser dans les artistes émergents francophones, alors qu’Artifice est plus dans un créneau de pop adulte. «On a des coups de coeur partout où on va, on voulait leur donner une plateforme», explique Gus Boilard à propos de cette nouvelle aventure menée sous l’égide d’Alex Pouliot. 

Nos deux intervenants n’en démordent pas : l’industrie de la musique est loin d’être morte, mais elle est en «profonde mutation». «Une maison de disque, ce n’est plus nécessairement axé sur l’objet physique du disque», argue Gus Boilard. «On parle de plateforme, de distribution sur les sites d’écoute en continu. Le but, c’est de permettre à un artiste de sortir un rendu pour sa musique. On parle d’un disque parce que c’est le format standard, mais c’est maintenant du contenu numérique la plupart du temps. Généralement, la musique va de mieux en mieux, parce que l’accessibilité est plus facile. Ça permet aux artistes de se développer», poursuit-il. 

Le streaming, un bon outil

Vrai que les plateformes de streaming comme Spotify et Apple Music sont loin d’apporter des revenus suffisants pour faire vivre un artiste et une étiquette de musique. Mais on aurait tort de les démoniser, pense Félixe. «Il ne faut tellement pas cracher là-dessus, parce que quand tu te ramasses dans une liste d’écoute, ça crée vraiment un engouement. Je l’ai vécu récemment avec une de mes chansons», explique Félixe. Ces sites offrent aussi des données précieuses pour mieux cibler ses efforts de promotion. L'artiste pensait avoir un public très jeune, mais elle a eu la surprise de constater qu’elle avait un important auditoire chez les hommes de plus de 35 ans. 

«Moi, ça me donne beaucoup d’espoir pour le milieu. Avec le streaming, les gens découvrent de plus en plus de styles. Il y a moins de “Moi, j’écoute juste du rock ou du rap”. Les gens sont axés sur la découverte. Il faut leur faire confiance», pense Félixe.

Le nerf de la guerre, explique Gus Boilard, reste quand même de faire jouer ses artistes à la radio. «C’est ça qui est payant», explique-t-il. Et il y a de l’espoir même pour des artistes alternatifs comme Félixe, dont une des chansons a attiré l’attention du réseau NRJ, même si ce n’est pas dans son créneau habituel. 

Taxer les distributeurs

Comme dans d’autres industries, la musique doit une grande partie de l’érosion de ses revenus à la numérisation et à l’accessibilité des contenus sur des plateformes créées par les géants du web. Et il faudra qu’une partie de la solution passe par la taxation de ces grands joueurs, note Gus Boilard. 

«En France, ils viennent de commencer à faire ça et les artistes sont de mieux en mieux payés et ils ont une plus belle reconnaissance. Au Québec, on travaille fort là-dessus», précise-t-il.