Le projet d’agrandissement en cours de réalisation permettra au producteur Sébastien Pagé d’avoir près de 3200 truies sur sa ferme, ce qui triplera sa capacité de produire des porcelets sevrés.

Équiporc passera de 1000 à 3200 truies à Dudswell

L’élevage porcin Équiporc, situé à la limite entre Dudswell et Saint-Camille, agrandira ses installations de manière à tripler son nombre de têtes. Le projet d’agrandissement représente un investissement de 10 M$.

À ses débuts en 2000, l’élevage du Haut-Saint-François comptait quelque 1000 truies. Le projet d’agrandissement en cours de réalisation permettra au producteur Sébastien Pagé d’avoir près de 3200 truies sur sa ferme, ce qui triplera sa capacité de produire des porcelets sevrés. 

« Les travaux sont déjà entamés, près du quart de l’agrandissement a été fait depuis le début de l’été. Nous sommes en retard de quelques semaines sur nos échéanciers à cause du printemps qui s’est étiré, mais le tout va bon train », indique le producteur. 

C’est l’entrée en vigueur de nouvelles règlementations concernant le bien-être des animaux qui a poussé M. Pagé à agrandir son élevage. 

« En 2024, de nouvelles normes quant au bien-être animal seront adoptées par le gouvernement. Les producteurs devront permettre à leurs truies de passer plus de temps à l’extérieur des bâtiments de ferme, soutient M. Pagé. Au lieu de faire une dépense de près de 1 M$ pour me plier aux nouvelles normes, j’ai préféré faire un investissement et agrandir ma production. »

Consultation publique

Comme la règlementation québécoise stipule que tout agrandissement d’un élevage porcin doit faire l’objet d’une consultation publique, le conseil municipal de Dudswell en a tenu une, mercredi soir, à laquelle ont assisté une quinzaine de citoyens. 

Des préoccupations ont été soulevées par certains d’entre eux, particulièrement quant à l’impact de l’élevage sur la nappe phréatique et le bruit généré au moment de nourrir les truies. 

« J’espère vraiment que les activités de M. Pagé ne mèneront pas à la contamination de la nappe phréatique à laquelle nos puits sont connectés, a soulevé Paul Olsen, dont la propriété est voisine d’Équiporc. On veut être sûr que notre source d’eau ne sera jamais contaminée. Ni demain ni dans 10 ans. » 

Bien que leurs préoccupations soient légitimes, le projet d’agrandissement d’Équiporc est conforme aux règlements du ministère de l’Environnement et de la Municipalité de Dudswell, a rappelé la mairesse Mariane Paré. 

« Le projet d’agrandissement de M. Pagé répond à toutes les normes du ministère de l’Environnement et des normes de la municipalité de Dudswell. C’est important que les citoyens aient une occasion de dialoguer avec le demandeur et de nous communiquer leurs commentaires et inquiétudes, que nous recevrons avec attention à la municipalité », a indiqué la mairesse. 

Sébastien Pagé se fait rassurant, expliquant que les vents dominants ne vont pas dans la direction de ses voisins. « Notre emplacement est idéal, les voisins sont assez loin pour ne pas être importunés par les odeurs dégagées par l’élevage. L’impact sur l’environnement est le même qu’un élevage de vaches laitières ou n’importe quel autre élevage, nous prenons les normes du ministère et de la municipalité très au sérieux. »


+ La contrebande en cause

La Chine a décidé de suspendre ses importations de porc canadien en raison d’un cas de contrebande alimentaire. C’est ce qu’avance le producteur Sébastien Pagé, qui est vice-président des Éleveurs de porcs de l’Estrie. Il ajoute qu’un additif banni dans les deux pays aurait été détecté dans un échantillon de porc, provenant vraisemblablement d’un tiers pays. 

Il semblerait que les raisons qui ont poussé le gouvernement de Xi Jinping à mettre un embargo sur les importations de porc canadien résultent de la contrebande alimentaire, croit M. Pagé. Des producteurs étrangers se seraient fait passer pour des Canadiens et des impuretés ont été détectées dans leur porc.

« Nous avons rencontré la ministre Bibeau il y a deux semaines et elle nous a expliqué que les contrôleurs chinois ont détecté la présence de ractopamine dans un échantillon de “porc canadien”, un additif qui n’est plus utilisé au pays depuis 10 ans. Une fausse certification déclarant que le porc venait d’un producteur de la région de Drummondville a été utilisée, ce qui explique la réaction de la Chine face à notre porc », explique M. Pagé. 

Une enquête est en cours pour déterminer la provenance de la fausse certification, afin de rassurer le gouvernement chinois quant à la qualité du porc canadien et de rétablir le commerce de la viande canadienne. 

« Le marché chinois est très important pour les producteurs canadiens parce qu’ils achètent des parties du porc qui ne sont pas consommées ici, confie-t-il. On parle des pattes, de la tête, de l’estomac, etc. Si on ne peut pas les vendre à la Chine, on doit tout simplement les jeter, il n’y a pas d’autre marché pour ces parties. Ça permet à des abattoirs de faire assez de profits pour reste en affaires. »

M. Pagé estime que la contrebande alimentaire est destinée à prendre de l’ampleur dans les prochaines années. « C’est quelque chose qu’on va voir de plus en plus. Des pays qui ont moins de normes sur la production de toute sorte d’aliments vont tenter d’utiliser de fausses certifications pour accéder à des marchés qui ont des exigences élevées », craint M. Pagé.