Luc Godbout

Dix ans plus tard, le Québec est toujours un paradis pour les familles

Dix ans après la publication du livre Le Québec, un paradis des familles?, la Chaire de recherche en fiscalité et en finances publiques a mis à jour les résultats de ses analyses en tenant compte des changements survenus depuis, telles la tarification modulée des frais de garde subventionnés et les nouvelles prestations fédérales pour enfants. En 2008 comme en 2018, le Québec est effectivement un paradis pour les familles, conclut-on.

« Pour une famille représentative de la classe moyenne ayant un revenu annuel de 90 000 $ dont les enfants fréquentent un service de garde, qu’il soit à contribution réduite ou à tarif régulier, la réponse était et reste clairement oui », écrivent dans leur rapport Luc Godbout, Suzie St-Cerny et Michaël Robert-Angers.

« Même lorsque les enfants sont plus âgés et qu’ils ne fréquentent plus un service de garde, le Québec se compare encore bien dans cette situation. Inversement, cette comparaison ne serait pas à l’avantage du Québec en l’absence d’enfants », ajoutent les auteurs du rapport publié jeudi dernier.

L’analyse confirme qu’il existe non seulement un soutien financier destiné aux familles québécoises, mais qu’il s’avère bien souvent fort généreux. La présence des enfants accroît le soutien financier que reçoit une famille québécoise. Le Québec a nettement le souci de lutter contre la pauvreté des familles avec enfants.

Avec deux enfants de 3 et 7 ans, un ménage travaillant au salaire minimum, ayant donc un revenu familial brut de 34 944 $, obtient un soutien financier qui atteint 17 557 $.

Calculée de la naissance à la majorité de leurs deux enfants, l’application du régime actuel d’impôts et de prestations à un couple travaillant au salaire minimum indique que le soutien financier équivaudrait à plus de 311 000 $ au bout de dix-huit ans. Sachant que les enfants entraînent des charges additionnelles pouvant être estimées annuellement à 17 000 $ en moyenne, le soutien financier reçu par une famille à faible revenu couvrirait la totalité du coût de leurs enfants.

Dans le cas de la famille représentative de la classe moyenne ayant un revenu familial de 90 000 $, le soutien financier atteint annuellement 7869 $. De la naissance à la majorité de leurs deux enfants, l’application du régime actuel d’impôts et de prestations couvrirait dans ce cas 47 % du coût des enfants de ce ménage.

Comment le soutien financier a-t-il évolué sur une période de 20 ans? La comparaison des années 1998, 2008 et 2018 est clairement marquée par une amélioration sensible du soutien financier pour la majorité des familles avec enfants. Pour certaines familles à revenus faibles et même celles représentatives de la classe moyenne, le soutien financier s’est amélioré depuis 2008. Cependant, si en 2008 on pouvait dresser le constat que les plus riches comme les plus pauvres bénéficiaient d’un soutien accru, en 2018, ce n’est plus le cas des familles à revenu élevé.

Dans ces situations, les ménages reçoivent moins en soutien financier net en 2018 que ce qu’ils recevaient en 2008, et ce, dû aux modifications des mesures fiscales fédérales de soutien aux enfants et à la contribution supplémentaire pour frais de garde à contribution réduite.

Comparaison interprovinciale et internationale
Pour la famille représentative, les comparaisons interprovinciales et internationales montrent que le Québec n’est pas en reste quant au soutien financier offert en présence d’enfants. Sans tenir compte des frais de garde, celui-ci représente 8,9 % du revenu brut au Québec pour cette même famille, loin devant la moyenne canadienne qui se situe plutôt à 6,2 %.

La comparaison montre que la portion du revenu familial disponible consacré au paiement des frais de garde est moindre au Québec qu’ailleurs au Canada. Tandis que notre couple avec enfants consacre 2,9 % de son revenu disponible aux frais de garde, une famille comparable y dédie 9,1 % en moyenne au Canada.

Par ailleurs, la comparaison internationale illustre que le Québec a un coût net de garde de plus de deux fois inférieur à celui de la moyenne des pays de l’OCDE, lorsque mis en proportion du revenu de travail.