Pierre Harvey, de la firme Harvey International.
Pierre Harvey, de la firme Harvey International.

Développement des affaires aux Etats-Unis : des ajustements nécessaires

Les perspectives de développement des affaires vers les États-Unis demeurent bonnes en cette période post COVID, mais des ajustements seraient nécessaires. Et vite.

C’est l’opinion que formule Pierre Harvey, spécialiste des affaires chez nos voisins du Sud, quand on lui demande si les entreprises d’ici peuvent espérer continuer à tisser des liens de l’autre côté de la frontière.

Il y a le taux de change (74 ¢ américains) qui est avantageux de notre côté, dit-il. La faiblesse du dollar canadien peut représenter des économies importantes pour des entreprises américaines voulant faire des affaires avec le Canada.

«Les entreprises manufacturières aux États-Unis n’ont pas arrêté quatre semaines comme ici au Québec», souligne-t-il.

«Elles cherchent encore à faire des affaires avec nous, elles veulent garder des liens avec le Canada. La valeur du dollar canadien actuellement est avantageuse.»

Pour les entreprises voulant prendre la balle au bond et en profiter pour développer de nouveaux marchés, ça se corse, ajoute Pierre Harvey. Mardi, on apprenait que les voyages non essentiels entre le Canada et les États-Unis pourraient être interdits jusqu’au 21 juillet. 

«Pour les entreprises qui font affaire avec des clients américains depuis longtemps, c’est moins compliqué, car ils peuvent les contacter par téléphone ou par vidéoconférence», analyse-t-il.

«Mais quand on veut chercher de nouveaux clients, il doit y avoir des rencontres en personnes. Le client peut vouloir venir voir la direction de l’entreprise, ses installations et toucher le produit. Ça ne se fait pas par Zoom. Ça prend des relations face à face.»

Un entrepreneur voulant se rendre aux États-Unis pour recruter des clients devrait être considéré comme un service essentiel, poursuit Pierre Harvey. L’utilisation de la carte NEXUS, qui est conçue pour accélérer le passage à la frontière tant canadienne qu’américaine des voyageurs préautorisés à faible risque, devrait servir. «Avec cette carte, ils ont toutes nos informations quand on passe à la frontière. Ça serait quoi de nous demander ce qu’on va faire aux États-Unis et si on a été malade? Les agents de la douane verraient bien qu’on ne s’en va pas en vacances sur la plage.»

«Les Américains ont sensiblement le même programme que NEXUS pour passer les douanes.»

M. Harvey déplore aussi que les catégories des entreprises jugées ici en services essentiels ne soient pas «ajustées» à celles des États-Unis et même des autres provinces canadiennes. Cela complique le travail des entrepreneurs québécois.

«On devrait aussi se mettre en quarantaine en revenant», fait-il remarquer.

«Entre les provinces canadiennes, il n’y a pas actuellement les mêmes règles concernant le déplacement des personnes. Nous devons revenir à une situation plus normale. Les échanges entre les États des États-Unis est loin d’être ce qu’on le vit en ce moment au Canada. C’est un sérieux avantage pour eux.»

Le propriétaire de la firme sherbrookoise spécialisée Harvey International note par ailleurs que le continent nord-américain traîne de la patte en ce qui concerne les échanges entre pays limitrophes. En Europe et en Asie, les frontières ont été ouvertes pour les échanges commerciaux. On a aussi mieux coordonné entre les pays les services dits essentiels offerts par les entreprises, précise-t-il.

«Et est-ce que la frontière va demeurer fermée jusqu’au 21 août? On peut se le demander. Les Canadiens prennent leurs vacances plus en juillet. Les Américains, c’est plus en août… Ils ne seront pas pressés de reprendre les affaires», questionne-t-il.

«Il faudrait donc faire vite.»