« Sherbrooke a un contrôle des dépenses assez rigoureux. » C’est le constat que dresse le directeur du Centre sur la productivité et la prospérité des HEC Montréal, Robert Gagné, à la suite de la publication du Bilan des administrations municipales sortantes.

Contrôle des dépenses: la Ville a fait ses devoirs

« Sherbrooke a un contrôle des dépenses assez rigoureux. » C’est le constat que dresse le directeur du Centre sur la productivité et la prospérité des HEC Montréal, Robert Gagné, à la suite de la publication du Bilan des administrations municipales sortantes. Cette étude, qui s’intéresse à la période située entre 2010 et 2016, révèle que les dépenses municipales par habitant ont diminué dans le dernier mandat, si bien qu’à Sherbrooke, la Ville dépense 29 $ de moins par habitant en 2016 qu’en 2013.

M. Gagné indique qu’en moyenne, les dépenses municipales avaient grimpé de 5,1 % annuellement entre 2010 et 2013, une croissance plus rapide que les dépenses du gouvernement du Québec et 2,55 fois plus rapide que l’inflation. Depuis 2014, les dépenses ont grimpé en moyenne de 1,8 % chaque année.

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À Sherbrooke, la dépense moyenne par habitant atteignait 1505 $ en 2013, puis 1477 $ en 2014. En 2016, elle était de 1476 $. Sherbrooke figure donc au premier rang des villes de 100 000 habitants et plus et, dans tous les cas, se situe sous la moyenne des grandes villes, qui atteint 1827 $ par habitant. Elle arrive toutefois deuxième pour la croissance de ses dépenses, au prorata de la population, tout juste derrière Lévis.

« Il y a un éléphant dans la pièce qui fait des distorsions importantes sur la moyenne. Toutes les autres villes ont l’air bien bonnes parce que Montréal est là », prévient Robert Gagné.

« La baisse de la croissance des dépenses est un phénomène généralisé. J’imagine qu’il y a plusieurs facteurs derrière ça. Les dépenses semblent mieux contrôlées dans l’ensemble des municipalités du Québec. Force est d’admettre que les villes ont été capables de limiter les dépenses malgré qu’elles n’avaient pas les outils qu’elles jugeaient essentiels à leur travail de la part du gouvernement provincial. Lors de la signature du pacte fiscale, les municipalités se disaient prises à la gorge en raison des réductions des transferts et qu’elles devraient compenser par une augmentation des taxes. Je pense qu’elles étaient en partie capables d’absorber la réduction des transferts et elles l’ont fait en partie. »

Là où Sherbrooke pourrait disposer d’un avantage mathématique dans les calculs du bilan, c’est en matière d’accroissement de sa population. « Les services ne suivent pas nécessairement en temps réel les mouvements de population. En faisant l’analyse des dépenses par habitant, on peut favoriser une ville qui a une croissance rapide, mais éventuellement, il y aura peut-être un effet de rattrapage. » Autrement dit, la Ville pourrait dépenser davantage, mais s’en tirer avec bilan reluisant au prorata de la population si celle-ci augmente considérablement.


La plus importante croissance des dépenses, depuis 2013, est liée à la rémunération des employés, soit 38 $ par habitant. Les réductions ont été appliquées principalement aux biens et services et aux frais de financement.

« Nous sommes capables de voir pourquoi les dépenses ont crû ou pas pendant leur mandat. Par exemple, par rapport à 2013, il y a une baisse des dépenses de 29 $ par habitant malgré une augmentation des dépenses en sécurité publique de 24 $. »

En matière de recettes municipales, d’année en année, la portion provenant de la taxe foncière augmente alors que les compensations tenant lieu de taxes diminuent. Par le fait même, Robert Gagné note que la neutralité fiscale de Sherbrooke est de zéro. « La neutralité fiscale est assez médiocre avant un indice de 0. Ça signifie que toutes les hausses du rôle d’évaluation se sont aussi traduites par des hausses de taxes. Il n’y a pas eu de compensation en termes de taux de taxes. »

En parallèle, en 2016, Sherbrooke dégage un surplus de 266 $ par habitant, des recettes beaucoup plus importantes que les cinq années précédentes, où les surplus variaient entre 68 et 127 $. Ils avaient atteint 279 $ par habitant en 2010.

La compilation a été réalisée à partir des rapports financiers remis une fois par année par les municipalités au ministère des Affaires municipales et de l’Occupation du territoire.