Le Panier Bleu a organisé une tournée virtuelle des régions dans les derniers jours afin de recueillir les préoccupations des commerçants. L’un des principaux constat est le manque de ressources et d’expertises pour intégrer le marché numérique.
Le Panier Bleu a organisé une tournée virtuelle des régions dans les derniers jours afin de recueillir les préoccupations des commerçants. L’un des principaux constat est le manque de ressources et d’expertises pour intégrer le marché numérique.

Commerce en ligne : une montagne à gravir pour les petits commerçants

Jasmine Rondeau
Jasmine Rondeau
La Tribune
Sherbrooke — Pas si simple de se lancer dans le commerce en ligne pour les entrepreneurs, constate Alain Dumas, directeur général du Panier Bleu. À la lumière de sa tournée virtuelle régionale des commerçants locaux, celui-ci conclut qu’une remarquable détermination a animé les entrepreneurs estriens pour s’adapter au contexte de la pandémie, mais aussi que de nombreuses barrières demeurent à lever si l’on veut faire perdurer la vague d’achat local.

M. Dumas et son équipe ont participé à des groupes de discussions représentatifs de 16 régions du Québec, dont l’Estrie, dans les derniers jours afin de dresser un bilan des principales préoccupations des commerçants. Celles-ci seront remises aux experts présidant les huit grands chantiers qui ont été lancés en juin dernier pour mieux outiller les entrepreneurs afin de rattraper le bateau numérique. Le travail s’amorcera concrètement dès la semaine prochaine. 

« On a cherché à voir s’il y avait des différences entre les régions. Ce dont on s’est aperçu, c’est que les différences sont plutôt en fonction de la taille des entreprises. Souvent, pour les propriétaires de boutiques physiques, aller faire du commerce électronique, c’est comme un deuxième travail. Une dame nous a même raconté que depuis qu’elle a ses pages Facebook et Instagram ainsi que son site web, elle n’arrête jamais de travailler », observe M. Dumas.  

Ce n’est pas la volonté qui manque chez les détaillants de la région et de la province, mais bien l’accès aux ressources et à l’expertise adéquate pour intégrer le numérique, estime-t-il.

« Quand est arrivée la COVID, les commerçants ont voulu se tourner vers le numérique, résume M. Dumas. Ils ont appelé des entreprises qui développent par exemple des sites web. Premièrement, ils n’ont pas nécessairement les connaissances pour parler avec ces entreprises-là et ils se sentent frileux. Deuxièmement, il y a tellement de demandes en ce sens là; pour une compagnie d’informatique, c’est plus intéressant de parler à une compagnie qui a 50 magasins qu’à une petite boutique. Ils ont donc de la difficulté à trouver des solutions, et des solutions qui sont à leur taille. » 

Alain Dumas est directeur général du Panier Bleu, un organisme à but non lucratif qui a été créé au début de la pandémie pour soutenir les entreprises locales québécoises.

Les Trois Acres, à Dunham, ainsi que Bières dépôts au Vent du Nord, qui possède deux succursales à Sherbrooke, ont notamment participé aux discussions. Le détaillant sherbrookois de bières spécialisées a amorcé une transition rapide lorsque la pandémie a éclaté. En quelques semaines, l’entreprise avait mis sur pied un système de commande d’ensembles de bières en ligne et de livraison à domicile qui a trouvé un succès fulgurant. 

« On a tourné sur un dix cents, mais les trois quarts du dix cents étaient déjà tournés, explique Nicolas Ratthé, propriétaire du commerce, qui a dû modifier légèrement la mission du projet déjà en construction depuis un an. On a voulu rester en contrôle pour notre part et se limiter à des ensembles thématiques. Il ne faut pas viser la lune et il faut rester prudent. Je pense qu’il manque un peu d’éducation dans les PME, les gens se font vendre des monstres très chers et après ils doivent payer pour l’entretenir. Nous, on a fait affaire avec quelqu’un en qui on avait confiance et qui a su se placer à la hauteur de notre commerce. »

Si une initiative du genre a permis de faire exploser les ventes, les efforts des commerçants du Québec devront être continus pour garder la clientèle intéressée aux produits locaux, précise M. Dumas.

« L’achat local, c’est un courant mondial actuellement. Les gens font l’effort de rechercher local et c’est un bon moment pour en parler un maximum, parce que l’humain étant l’humain, une fois que la pandémie sera derrière nous, il se peut qu’il retourne à ses vieilles habitudes », plaide M. Dumas.  

La plateforme en ligne Sul’fly de Bières dépôt au Vent du Nord, lancée durant la pandémie, a trouvé un grand succès. Ce projet sans prétention, qui se dessinait depuis un an, correspondait en tout point aux besoins du commerce, explique son propriétaire Nicolas Ratthé.

De nouveaux alliés

La surprise des derniers jours : les discussions organisées ont naturellement laissé place au réseautage entre les commerçants. « On se rend compte qu’être entrepreneur d’un petit magasin ou d’une boutique en ligne, c’est assez solitaire comme travail. Ils n’ont pas d’endroit où ils peuvent échanger entre eux. Ils n’ont pas tous la même maturité numérique, alors il y a une belle opportunité d’améliorer la façon de les mettre en relation pour qu’ils ne répètent pas tous les mêmes erreurs. » 

À travers les échanges, il a d’autant plus constaté la grande pertinence du Chantier sur l’origine québécoise des produits et des commerces. « J’ai très hâte de travailler là-dessus. Il y a eu de grands débats pendant les discussions. Est-ce qu’une boutique québécoise qui ne vend que des produits importés est moins québécoise? Avec le Panier Bleu, on a eu beaucoup de demandes des consommateurs. C’est quelque chose que le consommateur demande et qui n’est pas simple à déterminer. »