Les nombreux chantiers routiers font mal aux PME, selon une étude diffusée par la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante.

Chantiers routiers : une rude épreuve pour les PME

Des travaux majeurs comme celui qui débutera lundi à Magog peuvent nuire aux PME de cette région, selon la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI).

Chaque année, les travaux de construction affectent des milliers de PME. D’après un nouveau rapport de la FCEI, 65 000 entreprises canadiennes, dont plus de 14 000 au Québec, auraient été fortement touchées par des chantiers au cours des cinq dernières années.

Le rapport montre que depuis 2012, 41 pour cent des propriétaires de PME (31 % au Québec) ont vu leurs activités perturbées par des chantiers routiers. Globalement, 5 pour cent de tous les entrepreneurs sondés (6 % au Québec) ont affirmé que les chantiers ont fortement nui à leur entreprise. À plus long terme, la FCEI estime qu’il pourrait y avoir jusqu’à 20 pour cent des PME qui sont susceptibles d’être sérieusement perturbées par des travaux publics d’infrastructure mal planifiés.

Rappelons que le ministère des Transports du Québec (MTQ) lancera lundi un chantier pour la démolition et la reconstruction du viaduc de l’autoroute 55 en direction nord, à l’intersection de la 10. Les travaux s’échelonneront jusqu’en novembre. Le détour est de près de 12 kilomètres pour ceux qui viendront de Stanstead et qui voudront prendre la direction de Montréal.

Au MTQ, on soutient que ce détour se fera en grande partie sur l’autoroute, ce qui permettra de revenir relativement rapidement sur la 10 en direction de Montréal. Il y circule 12 800 véhicules par jour, dont 19 pour cent de véhicules lourds.

Ce chantier lancera officiellement la saison des chantiers dans la région estrienne.

Pour la FCEI, les gestionnaires doivent prendre conscience de cette problématique et agir en conséquence, notamment en planifiant mieux les travaux ainsi qu’en dédommageant les commerces affectés. Les détours et les ralentissements nuisent à la fluidité de la circulation automobile, ce qui occasionne des délais qui coûtent cher, notamment en raison des dépenses en essence, dont le prix grimpe à la pompe.

« Pour plusieurs PME, ces impacts sont bien réels et peuvent avoir des conséquences majeures comme les pousser à devoir faire des emprunts, déménager, licencier des employés, voire carrément fermer leurs portes », commente Martine Hébert, vice-présidente principale et porte-parole nationale de la FCEI.

« Il ne faut pas oublier qu’en fin de compte, outre la survie de plusieurs petits commerces de proximité, ce qui est aussi en cause, ce sont des emplois locaux et souvent le cœur d’artères commerciales ayant un impact majeur sur la collectivité. »

Le sondage démontre en outre que près de la moitié (46 %) des répondants touchés au Canada affirment que ces travaux ont fait baisser leurs ventes. Près d’un propriétaire d’entreprise sur quatre (23 %) dit avoir vécu beaucoup de stress et plus d’un sur cinq (21 %) a dû piger dans ses économies personnelles ou celles de son entreprise.

« Ces résultats montrent que les projets d’infrastructure publique nuisent trop souvent de manière majeure aux entreprises locales qui doivent injustement assumer seules une part disproportionnée des coûts économiques de la construction », précise dans un communiqué de presse Simon Gaudreault, directeur des affaires économiques à la FCEI.

L’aide des municipalités 

La FCEI note, par ailleurs, qu’alors que les gouvernements ont annoncé des centaines de milliards de dollars d’investissements dans des projets d’infrastructure pour les années à venir, aucun financement ne semble prévu pour dédommager les entreprises qui seront les plus perturbées par ces projets.

Les impacts de la plupart des travaux d’infrastructure ne sont pas bien atténués par les municipalités, laissant de nombreux propriétaires d’entreprise à eux-mêmes. D’ailleurs, sept chefs de PME sur dix se sont dits insatisfaits de la façon dont les gouvernements gèrent la situation.

« À l’aube de la saison des cônes orange, nous demandons aux municipalités canadiennes de faire preuve de leadership en adoptant des mesures de soutien aux PME qui sont menacées par de grands projets d’infrastructure. La première chose à faire serait d’indemniser celles qui sont les plus durement touchées, comme cela s’est fait ailleurs dans le monde, par exemple à Seattle, Bruxelles ou Sydney. La mairesse de la Ville de Montréal a d’ailleurs montré une certaine ouverture en la matière, ce que nous saluons. Nous pensons que toutes les municipalités canadiennes devraient lui emboîter le pas », a indiqué Mme Hébert.

Dans son rapport, la FCEI recommande, en outre, à toutes les municipalités canadiennes de mettre en place une politique cohérente pour réduire l’impact des travaux d’infrastructure sur les PME. Avec la Presse canadienne