Vincent Boutin : « Si on ne prévoit pas le pire et qu’on met ça dans notre épicerie, dans notre budget d’exploitation, et que du jour au lendemain, on a une perte de trois, quatre, six millions, il faudra couper ou refiler la facture aux citoyens. »

Bitfarms : Boutin appelle à la vigilance

Le conseiller Vincent Boutin suggère à ses collègues d’être prudents avec les revenus qui seront générés par l’entreprise Bitfarms. Il propose de ne pas les inscrire au budget régulier et de les utiliser plutôt pour réduire la dette ou pour payer certains projets comptant.

« C’est une mise en garde. Ce sont beaucoup de revenus qui sont associés à un seul projet. On pense que l’avenir de la cryptomonnaie et des chaînes de bloc est prometteur, mais on ne sait pas ce qui va arriver dans le temps avec ça. Si on ne prévoit pas le pire et qu’on met ça dans notre épicerie, dans notre budget d’exploitation, et que du jour au lendemain, on a une perte de trois, quatre, six millions, il faudra couper ou refiler la facture aux citoyens », résume M. Boutin.

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« Nous sommes assez endettés. On flirte avec les ratios qu’on s’était fixés. Les taux d’intérêt pourraient augmenter. Il faut se prémunir d’une politique à deux volets : vérifier s’il vaut la peine d’augmenter l’argent consacré au service de la dette ou à l’inverse, payer comptant nos projets d’immobilisation, soit les routes, les trottoirs et les pistes cyclables. Il faudrait éviter que la mariée parte avec la dot et qu’on se retrouve le bec à l’eau. Annuellement on planifie notre payé comptant, qui est à 4 M$ cette année. On pourrait très bien, pour 2019, augmenter ça des revenus qu’on anticipe de Bitfarms. »

S’il qualifie l’arrivée de Bitfarms comme un cadeau du ciel, il souhaite que la Ville soit vigilante. Il ne voudrait pas que Sherbrooke cesse ses activités d’optimisation en comptant sur ces nouveaux revenus.

L’idée avait déjà été abordée au conseil de direction d’Hydro-Sherbrooke, confirme son président, Julien Lachance. « Ce que nous recommanderons au conseil, ce sera d’utiliser ces revenus pour le payé comptant. Ce serait plus prudent. Sinon, le jour où on n’aurait plus ces revenus, il faudrait imposer une méchante augmentation de taxes aux citoyens. »

Évelyne Beaudin a par ailleurs suggéré que Sherbrooke Innopole tende des perches à Bitfarms pour récupérer la chaleur générée par son centre de calculs. « Ce serait intéressant d’explorer cette avenue », a-t-elle dit, citant l’Université de Sherbrooke, qui chauffe une partie de ses installations de cette façon.

778 000 $ de plus

Dans le même ordre d’idées, les élus ont entériné lundi un budget additionnel de 778 000 $ « pour répondre rapidement à la demande de ce nouveau client », lit-on dans le sommaire décisionnel de la Ville de Sherbrooke. Cette somme doit servir à « modifier le réseau souterrain autour du poste Orford afin de mettre en service des nouveaux circuits ainsi qu’à l’achat de cuves de mesurage requises pour mesurer la consommation du client ».

On précise néanmoins qu’un dépôt du même montant est exigé de la part de Bitfarms dans l’éventualité où elle partirait de manière prématurée. « La Ville ne prend donc aucun risque. Le dépôt sera remboursé au client lorsque la marge de vente des factures émises couvrira les coûts de raccordement encourus par la Ville. »

Le directeur général d’Hydro-Sherbrooke, Christian Laprise, confirme que les travaux qui permettront d’accueillir Bitfarms serviront uniquement à la compagnie œuvrant dans la cryptomonnaie et les chaînes de bloc. « Tant et aussi longtemps que notre marge de profit n’a pas couvert l’investissement, nous ne relâchons pas le dépôt. Ça fait partie des règles de l’art pour éviter tous les risques. Si Bitfarms part, les équipements restent là et nous appartiennent. »