Avis de grève et de saisie de biens au Manoir Sherbrooke

« C’est une grosse semaine pour Eddy Savoie ! La récréation est terminée pour le richissime propriétaire des Résidences Soleil.»

Gilles Gagné, représentant du secteur des centres d’hébergement privés de la Fédération de la santé et des services sociaux (FSSS–CSN), est aussi exaspéré que les travailleuses du Manoir Sherbrooke, sans contrat de travail depuis 29 mois. Déterminé à se faire respecter, le syndicat prend les grands moyens.

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En conférence de presse à Sherbrooke jeudi matin, M. Gagné a expliqué qu’afin d’en arriver à un règlement à la résidence pour aînés, plusieurs actions ont été déployées au cours des derniers jours. La plus importante est de signifier par huissier au Groupe Savoie d’une saisie des biens du Manoir Sherbrooke.  De plus, les syndiqués seront en grève le 23 avril si rien n’avance du côté de la table de négociation.

La saisie a été demandée par le syndicat à la suite de la négligence et du refus de l’employeur de payer sa part (50 %) de la prime d’assurance maladie des salariées, a-t-on expliqué. Le montant réclamé est d’environ 1200 $ par mois au total. On pourrait saisir des équipements informatiques ou des bureaux, ajoute M. Gagné.

Rappelons qu’en octobre 2016, le Tribunal d’arbitrage déclarait que l’expression « assurance maladie », dans la convention collective du Manoir Sherbrooke, incluait l’assurance pour soins dentaires, ce que réfutait l’employeur. Le Syndicat des travailleuses et travailleurs des centres d’hébergement privés de l’Estrie (FSSS–CSN) représente une centaine de membres.

Dans ce jugement, le tribunal ordonnait à l’employeur de payer sa part et de rembourser aux salariées les sommes assumées en trop par ceux-ci. « Le Groupe Savoie s’entête à ne pas payer ce qu’il doit aux salariées ? Avec l’aide de la justice, on va aller chercher l’argent là où il y en a !», a ajouté M. Gagné.  

De plus, mercredi soir, le syndicat a déposé un avis de grève pour l’ensemble des employées du Manoir Sherbrooke. Après avoir remis à l’employeur lundi dernier une offre finale globale pour le renouvellement de leur convention collective, offre que l’employeur a rejetée, les syndiquées considèrent que la situation a assez duré.  

Les rencontres qui se sont tenues entre les deux parties au cours des derniers mois n’ont pas permis de débloquer la négociation. En octobre dernier, les membres du syndicat se sont dotés d’un mandat de grève générale illimitée.

«Ce n’est jamais de gaieté de cœur qu’on exerce un tel mandat, mais présentement, l’employeur, avec son attitude arrogante et méprisante, ne nous donne pas le choix », a affirmé Lyne Tanguay, présidente du Syndicat des travailleuses et travailleurs des centres d’hébergement privés de l’Estrie et préposée aux résidents au Manoir Sherbrooke.

«Plusieurs résidents et leurs enfants nous  appuient dans nos démarches. Certains voulaient porter le macaron du syndicat…»

Denis Beaudin, président du Conseil central de l’Estrie (CCSNE–CSN), déplore que la convention collective du Manoir Sherbrooke est échue depuis 29 mois. «Pendant ce temps, ces travailleuses et travailleurs, qui doivent déjà composer  avec un revenu annuel bien en dessous du salaire moyen, s’appauvrissent. Comment cet employeur peut-il encore affirmer qu’il négocie de bonne foi et qu’il souhaite en arriver à un règlement ? Au nom de tous les membres de la CSN de la région de l’Estrie, je tiens à témoigner ma solidarité envers leur lutte ».

 « Si l’employeur s’entête à ne pas reconnaître la valeur de notre travail, nous serons sur la ligne de piquetage le 23 avril prochain », lance Lyne Tanguay. 

Lyne Tanguay, présidente syndicale, Denis Beaudin, président du Conseil central de l’Estrie, et Gilles Gagné,représentant du secteur des centres d’hébergement privés de la CSN.