Dès que le REM sera en service en 2021, les autobus de Transdev-Limocar, qui assurent le transport vers la métropole de gens de l’Estrie et de la Montérégie, n’auront plus accès à la voie réservée le matin pour entrer à Montréal par le pont Samuel-De Champlain.

Autobus privés: pas de voie réservée sur le futur pont Champlain

Les usagers du transporteur Transdev-Limocar de la région devront revoir leurs habitudes quand ils se rendront à Montréal à l’heure de pointe. L’entrée en service du Réseau express métropolitain (REM) sur le nouveau pont Samuel-De Champlain en 2021 marquera la fin de la voie réservée pour les autobus privés.

La décision est celle de Signature sur le Saint-Laurent, le consortium privé qui construit le nouveau pont et qui en assumera la gestion et l’entretien pour 30 ans, soit jusqu’en 2049. L’organisation tente de cette façon de rabattre le plus de gens possible vers la gare du REM prévue du côté est de l’autoroute 30, de l’autre côté du Quartier DIX30. Les clients de Transdev-Limocar devront descendre à cette gare et monter à bord des wagons du REM pour se rendre au centre-ville de Montréal, explique Annie-Claire Fournier, directrice des communications du consortium.

Les trains du REM passeront à des intervalles de trois minutes aux heures de pointe, assurent les responsables de la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ), qui pilotent ce projet. Le trajet vers la gare Centrale de Montréal comporte cependant cinq arrêts avant d’arriver à la gare de train. Et les voyageurs qui doivent se rendre plus à l’est devront prendre le métro ou un autobus. Pour l’heure, les autobus de Transdev-Limocar se rendent jusqu’à la gare d’autobus sur la rue Berri, plus à l’est, avec des arrêts à certains endroits sur le boulevard René-Lévesque.

Du côté des dirigeants de Transdev-Limocar, on ne semblait pas au courant du retrait de la voie réservée pour les autobus qui entrent à Montréal lors de la période de pointe du matin. « Des gens ont des scénarios en tête, mais on ne nous a pas informés de ce qui allait arriver », a indiqué Marie-Céline Bourgault, porte-parole de l’entreprise.

La direction de Transdev-Limocar n’a pas eu de rencontre avec les responsables du nouveau pont et aucune rencontre n’est prévue, a dit Mme Bourgault en entrevue en début de semaine. Elle a reconnu que la compagnie devra revoir son mode de fonctionnement. « Tous les usagers vont être impactés d’une façon ou d’une autre, mais on ne sait pas comment. »

L’entreprise propose cinq départs quotidiens à partir de la sortie 74 de l’autoroute 10, à Bromont, en direction de Montréal.

La Société des ponts Jacques-Cartier et Champlain a mis en place en 1982 une voie réservée pour les autobus sur le pont Champlain. De 5 h 30 à 9 h 30, tous les matins de la semaine, les autobus des sociétés de transport municipaux franchissent le pont en utilisant la voie de gauche de la travée en direction de la Rive-Sud. Cette permission est également accordée à des compagnies privées d’autobus.

Contrat de 754,2 M $

Le nouveau pont Samuel-De Champlain devrait être ouvert à la circulation avant la fin de l’année, soutient le consortium. Le REM ne sera pas en service avant 2021 ou 2022, selon les prévisions de la CDPQ. D’ici là, les autobus de transport de la Rive-Sud ainsi que ceux des compagnies privées pourront utiliser l’accotement du nouveau pont pour circuler lors des périodes de pointe du matin (en direction de Montréal) et de l’après-midi (en direction de la Rive-Sud), a dit Mme Fournier.

Le Groupe Signature sur le Saint-Laurent recevra 754,2 millions de dollars du gouvernement fédéral, propriétaire du nouveau pont Samuel-De Champlain, pour s’occuper de l’infrastructure pour les trois prochaines décennies.

«ON NE PEUT PAS ACCEPTER ÇA», AFFIRME BONNARDEL

Les passagers des autobus privés qui utilisent déjà la voie réservée du pont Champlain doivent pouvoir bénéficier du même service pour rallier le centre-ville de Montréal, affirme le ministre des Transports, François Bonnardel. Interdire l’accès à ces autobus à la voie réservée du futur pont Samuel-De Champlain va à l’encontre de la mobilité durable, insiste-t-il. « On ne peut pas accepter ça. »

Le ministre dit avoir « un malaise » avec la décision de Signature sur le Saint-Laurent d’empêcher des autobus d’emprunter la voie réservée lors de la période de pointe le matin. Il doute que le REM puisse répondre aux besoins de tous les gens qui transitent vers Montréal. « Il va falloir me prouver que c’est plus rapide quand les gens sont déjà dans le bus. Je suis certain que ça va être très efficace, mais il faut que ça soit facile pour les gens de voyager. Si ça ne l’est pas, ils vont prendre leur automobile et ce n’est pas ce que l’on souhaite », a-t-il souligné vendredi après-midi à La Voix de l’Est.

Le grand objectif de tout projet en transport est d’améliorer la fluidité de la circulation, soutient M. Bonnardel. Dans le cas du transport en commun, note-t-il, trois principes sont impératifs pour les usagers : la rapidité, le confort et le coût. Les autobus qui arrivent de l’extérieur respectent ces principes, croit-il.

M. Bonnardel, dont la circonscription de Granby est desservie par Transdev-Limocar, est d’avis que « des cas d’exception » pourraient être envisagés pour les autobus qui empruntent le pont Champlain lors des périodes de pointe.

La situation est très complexe parce que plusieurs organismes sont concernés dans l’organisation du transport en commun dans la grande région de Montréal. Il faut ajouter à cela que le nouveau pont appartient au gouvernement fédéral et qu’il est géré par une entreprise privée. « Ça fait beaucoup de monde à qui parler, c’est vrai », concède M. Bonnardel.

« Le REM va être fonctionnel en 2021. Il nous reste du temps pour travailler. On va avoir des discussions et trouver les meilleures solutions possible qui répondent le mieux aux besoins des gens », dit le ministre Bonnardel.