Plus de 6000 camions électriques StreetScooter Work équipent le parc de la Deutsche Post, constitué de près de 50 000 véhicules de livraison.

StreetScooter: si le camion n’existe pas, construis-le

CHRONIQUE / Quand la poste allemande — le Groupe Deutsche Post DHL — a voulu électrifier son parc de camions de livraison, elle s’est d’abord tournée vers les constructeurs nationaux. Alors que ces derniers ne développaient pas de camions électrifiés, la société a donc décidé de prendre le taureau par les cornes et de les construire elle-même.

En 2014, les grands constructeurs allemands — Volkswagen, BMW et Daimler — étaient en retard dans le développement de véhicules électriques correspondant aux exigences de la Deutsche Post.

Celle-ci a fait un peu comme dans le film Le champ des rêves — dans lequel une voix disait au fermier Ray Kinsella : «Si tu le construis, il viendra...» —, et elle a acquis une jeune pousse (startup), StreetScooter, qui se spécialisait dans la conception de véhicules utilitaires électrifiés.

À ce moment, la Deutsche Post souhait améliorer son empreinte carbone, surtout dans ce que l’industrie du transport appelle le «dernier kilomètre». C’est-à-dire le moment où un colis part d’un centre de distribution vers sa destination finale, dans des zones urbaines, généralement congestionnées et sujettes à une réglementation plus sévère au chapitre de la pollution atmosphérique.

StreetScooter a conclu cette année des contrats avec Milk & More (un distributeur laitier britannique) pour 200 véhicules et avec la société énergétique allemande Westnetz, pour un autre 300 camions.

Depuis, plus de 6000 camions électriques StreetScooter Work équipent le parc de la Deutsche Post, constitué de près de 50 000 véhicules de livraison.

Les efforts de StreetScooter ne se limitent pas à la construction de petits camions de livraison. La jeune pousse produit aussi des vélos et des tricycles électriques qui servent aussi aux besoins de livraison de proximité de la Deutsche Post. Qui plus est, un autre véhicule de livraison, le Work XL basé sur la plateforme du fourgon Transit de Ford, a vu le jour dans les usines de StreetScooter.

Les camions Work et Work L ont une autonomie de 80 kilomètres. Ce qui peut sembler peu, mais suffisant pour les besoins de la Deutsche Post. L’autonomie de la version électrifiée du fourgon Transit peut quant à elle atteindre 200 kilomètres, selon la batterie à bord. D’ici la fin de l’année 2018, StreetScooter et Ford devraient avoir construit 2500 unités de Work XL.

Depuis l’acquisition de StreetScooter par le Groupe Deutsche Post DHL, la firme a pu démarrer une seconde usine, augmentant ainsi sa capacité de production à 20 000 unités annuellement en employant jusqu’à 250 personnes.

L’utilisation des camions Work ne se limite pas à la simple société postale allemande. StreetScooter a conclu cette année des contrats avec Milk & More (un distributeur laitier britannique) pour 200 véhicules et avec la société énergétique allemande Westnetz, pour un autre 300 camions. Le prix d’un camion Work commence à 31 950 euros (48 600 $), avant le rabais gouvernemental. En Allemagne, il s’élève à 4000 euros (6000 $).

Ne voulant pas nécessairement être un constructeur de camion, Deutsche Post n’a pas trop donné de détail sur ses intentions quant à StreetScooter. Soit qu’elle garde la firme dans son groupe encore quelques années ou qu’elle envisage une entrée en Bourse, pouvait-on lire dans un article de l’Agence France-Presse.

Un autre véhicule de livraison, le Work XL basé sur la plateforme du fourgon Transit de Ford, a vu le jour dans les usines de StreetScooter.

Effet coup de fouet

Quels résultats ont donné ce coup de barre à la Deutsche Post? En novembre 2017, elle annonçait qu’elle avait réduit de 60 à 80 % ses coûts d’entretien, que ses émissions de CO2 avaient été réduites de 16 000 tonnes, sur un total de 13,5 millions de kilomètres parcourus.

Cette initiative aura eu tout de même un bon effet. Elle aura donné un coup de fouet aux constructeurs allemands qui travaillent à électrifier leurs véhicules à la suite de scandales sur les émissions polluantes.

Pourrait-on voir quelque chose de similaire ici? Par exemple, Postes Canada qui collaborerait avec une jeune pousse d’ici — comme Nordresa, la Compagnie électrique Lion ou EcoTuned — pour fabriquer ou convertir des véhicules? L’expertise est bel et bien présente ici. Seul l’avenir nous dira si ça risque d’arriver...