Avec son concept Mission-E, le constructeur Porsche promet une recharge rapide en 15 minutes pour 80 % de la batterie avec des chargeurs de 350 kilowatts. Cette recharge équivaudrait à 400 kilomètres sur une autonomie à pleine charge de 500 km.

Charger aussi vite qu’un plein d’essence

CHRONIQUE / Le principal obstacle qui freine les automobilistes à se tourner vers les voitures électriques, c’est la rapidité de la recharge. Sachez qu’il sera possible dans un avenir pas si lointain de recharger sa voiture aussi rapidement qu’un plein d’essence. Oui, mais à quel prix?

En effet, quand on sait qu’une borne de recharge en courant continu (BRCC) du Circuit électrique d’Hydro-Québec ou du réseau Flo — pouvant recharger une voiture électrique à 80 % de sa capacité en 20 minutes — peut coûter entre 60 000 $ et 80 000 $, combien peut coûter une borne qui peut charger encore plus vite?

Cependant, avec l’arrivée de voitures électriques ayant plus d’autonomie, comme le VUS Audi e-tron avec une batterie de 95 kilowatts-heure (kWh) par exemple, de tels dispositifs seront nécessaires.

Une BRCC du Circuit électrique a une puissance maximale de 50 kilowatts (kW). Les bornes Superchargers de Tesla ont une puissance variant entre 120 et 145 kW. Ce qui explique pourquoi une telle voiture ayant près de 500 kilomètres d’autonomie peut s’y recharger en 20 minutes.

Audi prévoit déployer des chargeurs de 150 kW, ce qui aura pour résultat de pouvoir charger la batterie du e-tron à 80 % en 30 minutes.

Avec son concept Mission-E, le constructeur Porsche promet une recharge rapide en 15 minutes pour 80 % de la batterie avec des chargeurs de 350 kilowatts (kW). Cette recharge équivaudrait à 400 km sur une autonomie à pleine charge de 500 km.

Un calcul rapide fait à partir de données glanées sur le Web permet d’estimer la capacité de la batterie de la Mission-E à 81 kWh, peut-être un peu plus.

245 sèche-cheveux

Mais à quoi bon doit ressembler 350 kW de puissance? Jean Gariépy, directeur au développement en électrification des transports chez Bectrol, a une image amusante pour illustrer l’ampleur d’une telle puissance. Il donnait d’ailleurs une conférence sur le sujet au récent Salon du véhicule électrique de Saint-Hyacinthe.

«Un chargeur de 350 kW équivaut à 245 séchoirs à cheveux utilisés en même temps dans un quartier résidentiel d’une superficie de 750 sur 300 mètres», illustre-t-il. «Ou à la puissance d’un [magasin] Costco.»

«En ce moment, le réseau électrique d’Hydro-Québec peut subvenir à un parc d’automobiles électriques d’un million de véhicules à domicile sans avoir à être modifié», ajoute celui dont son entreprise travaille à implanter des BRCC pour le Circuit électrique, notamment.

Il en demeure pas moins que d’installer des chargeurs de 350 kW fait ressortir plusieurs défis techniques. Entre autres, en ce qui concerne l’empreinte au sol.

«Déjà, implanter une BRCC de 50 kW, c’est déjà complexe, imaginez une station de 350 kW. Il y a aussi l’enjeu de la manipulation de cette puissance. Vous aurez dans la main un pistolet qui a la puissance de 245 séchoirs à cheveux ou d’un Costco...»

Accumulateurs

Un autre défi technique est celui de la taille de la batterie pour accumuler une telle puissance. M. Gariépy soutient qu’il pourrait être possible de donner une seconde vie à des batteries usagées. «Mais faut-il s’assurer de rassembler des batteries équivalentes, du même type en nombre suffisant.»

«Hormis toutes ces contraintes, il y a de belles opportunités dans la recharge rapide», conclut-il.