La plus grande erreur que les gens font selon Pierre Fortin, président de Jean Fortin syndic, est de ne pas avoir d’argent de côté pour gérer les imprévus.
La plus grande erreur que les gens font selon Pierre Fortin, président de Jean Fortin syndic, est de ne pas avoir d’argent de côté pour gérer les imprévus.

Attention aux reports de paiements

Simon Roberge, Initiative de journalisme local
Simon Roberge, Initiative de journalisme local
La Tribune
SHERBROOKE — La COVID-19 frappe fort et les finances personnelles n’y échappent pas. Plusieurs personnes se retrouvent dans l’impossibilité d’acquitter tous leurs paiements. Les reports de paiements d’hypothèque, de ceux de cartes de crédit ou de celui des taxes municipales peuvent être une solution, mais il y a plusieurs facteurs à prendre en compte.

Le premier, et peut-être le plus important, est de s’assurer d’avoir une entente écrite avec ses créanciers.

«On met en garde les gens de ne pas présumer que les créanciers ont automatiquement reporté les paiements, explique Pierre Fortin, président de Jean Fortin syndic. Si vous ne faites pas votre paiement de carte de crédit et que vous n’avez pas d’entente, vous allez sortir de la crise avec une mauvaise cote et nuire à votre dossier de crédit. Il faut toujours avoir des ententes confirmées par courriel.»

Il est bien important de comprendre également que les reports ont un coût à long terme qui n’est pas négligeable.

«Une personne avec une hypothèque de 250 000 $ à 3 % d’intérêt, s’il reporte pendant six mois ses paiements, ça lui fait 8000 $ dans ses poches, mentionne M. Fortin. On ajoute toutefois 3800 $ en frais d’intérêt et si la personne ne peut le payer à la sortie de la crise, ce qui sera le cas de 90 % des gens, on ajoute un autre 1200 $ en frais d’intérêt sur 20 ans. On se ramasse donc avec une facture supplémentaire de 5000 $. On le fait si on n’a pas le choix, mais si on l’a, il ne faut pas tomber dans le piège.»

Mais malgré les coûts, le report de paiement, s’il y a une entente claire avec ses créanciers, reste une bonne solution dans un contexte de pandémie.

«Si vous n’avez pas le choix, c’est correct, indique M. Fortin. On est en situation de crise et l’idée c’est d’avoir assez d’argent pour subvenir aux besoins de base. On n’est pas riche avec 2000 $ brut par mois et vaut mieux encourir 500 $ d’intérêt additionnel que de ne pas avoir d’argent pour passer à travers.»

Et bien souvent la situation semble pire qu’elle ne l’est vraiment.

«Il y a beaucoup de personnes qui appellent et dont les problèmes sont dus à une baisse de revenu à la suite de la crise, résume M. Fortin. On leur dit de ne pas paniquer et de ne pas sauter aux conclusions. La pire chose que les gens peuvent faire, c’est de se mettre la tête dans le sable. Bien souvent, le résultat n’est pas si mal.»


Pierre Fortin

L’importance du fond d’urgence

Il y a deux ans, Jean Fortin syndic a évalué 18 000 de ses dossiers et dans 60 % des cas, les problèmes financiers étaient causés par des imprévus. Dans 25 % des dossiers, c’était des divorces, les pertes d’emploi représentaient 25 % et 10 % des cas étaient reliés à une maladie.

On peut donc penser que la pandémie a frappé certains ménages de plein fouet.

«C’est la plus grande lacune, admet Pierre Fortin. Dans les cas comme la COVID, si les gens avaient quelques mois d’avance dans un fond d’urgence sur lequel ils peuvent compter pour assurer les paiements minimums, au moins ces personnes n’auraient pas besoin de reporter des paiements et ils s’en sortiraient beaucoup mieux que quelqu’un qui pousse par en avant.»

M. Fortin admet toutefois que ce n’est pas toujours un manque de volonté.

«C’est plus facile à dire qu’à faire, lance-t-il. C’est parfois un manque de capacité.»

Pierre Fortin conseille un fond d’urgence qui peut supporter les dépenses durant six mois.

«Les premiers sous peuvent aller pour un fond d’urgence et ensuite ça peut devenir un fond de projet, donne-t-il en exemple. Quand ça grossit, ça peut devenir un fond de retraite. L’idée c’est de mettre un peu d’argent de côté à toutes les paies pour se faire un coussin.»

Outre l’absence de fond d’urgence, l’endettement progressif est l’autre fléau majeur.

«Les gens s’endettent tranquillement sans s’en rendre compte, explique M. Fortin. Un moment donné, il y a un point de bascule et dès qu’on dépasse notre seuil on a plus de paiements que d’argent qui rentre. Le double crédit devient alors la seule façon de combler les fins de mois. On conseille aux gens de vérifier leur ratio d’endettement chaque année. Et si vous voyez que ça monte, c’est mauvais signe.»