« J’espère que les gouvernements vont penser à faire une campagne nationale pour dire aux gens d’aider leurs commerçants », demande le Pr Jean Roy.
« J’espère que les gouvernements vont penser à faire une campagne nationale pour dire aux gens d’aider leurs commerçants », demande le Pr Jean Roy.

Après pandémie : les commerçants devront faire des efforts

SHERBROOKE — Est-ce que les commerces ayant fait preuve de créativité pour demeurer ouverts seront avantagés lorsque le déconfinement sera annoncé? 

Selon le directeur du département de marketing à l’École de gestion de l’Université de Sherbrooke, le Pr Jean Roy, le réflexe ne sera pas le même pour chaque consommateur. « On ne peut pas généraliser, c’est du cas par cas. En général, quand les consommateurs vont sentir que le commerçant a vraiment fait les efforts, ça va les rapprocher, ce qui sera un avantage », estime-t-il.

« Mais ce n’est pas parce que le Costco et le Walmart ont continué de fonctionner que soudainement, ils seront avantagés. Si on sent qu’il y a un effort sincère d’un commerçant d’aider le consommateur, là, ça va se produire », enchaîne-t-il, citant en exemple les animaleries ou les pharmacies. 

Bon nombre de restaurants sherbrookois ont été créatifs en cette période de pandémie pour offrir des services de livraisons ou de commandes pour emporter, demeurant donc actif. Cependant, d’autres restaurants locaux très connus ont préféré fermer leurs portes temporairement. Selon le Pr Roy, les habitués des restaurants qui ont fermé n’auront pas tous le même réflexe lorsqu’ils rouvriront leurs portes après la pandémie. 

« Les gens qui avaient l’habitude d’aller à ce restaurant une fois par semaine, s’ils veulent encore avoir de la nourriture provenant de l’extérieur de la maison, doivent trouver une autre solution. Ces consommateurs vont découvrir d’autres commerces. Peut-être qu’ils perdront certains consommateurs. Ces commerces devront donner un coup. »

Dur coup

Sans vouloir être prophète de malheur, le Pr Roy doute que la population achète autant de produits locaux lorsque la crise économique post-pandémie arrivera. « Des consommateurs ont des moyens et vont continuer à se faire livrer leur panier bio de légumes. Plusieurs cependant n’auront pas les revenus nécessaires pour acheter du local. Souvent, c’est un peu plus cher, un peu plus de qualité. Les gens en mode survie ont besoin de travailler plus, ou n’ont plus d’argent. Dans les deux cas, ça complique la vie. Quand on veut acheter d’un commerçant local, c’est un peu plus compliqué que d’arrêter à une place et tout acheter, comme au Walmart, où c’est plus efficace », analyse le membre de l’Observatoire de la consommation responsable.

« Sincèrement, quand on regarde les études, quand il y a un ralentissement économique et qu’il y a moins d’argent dans les poches des gens, on pense aux économies, poursuit-il. » 

Solutions

Pour Jean Roy, la solution se trouve dans la publicité. 

« La réalité est très souvent la suivante : quand on va faire la rouverture progressive des commerces, les gens vont recommencer à travailler et à avoir un peu plus d’argent dans leurs poches. Les budgets familiaux vont être plus serrés qu’avant. Aller manger au restaurant ou aller faire du lèche-vitrine, les gens vont avoir moins le goût d’aller à des places où on dépense. Dans ce cas, il faut mettre le paquet en publicités pour rappeler qu’on existe », prévient-il.

« Imaginez comme c’est cruel : vous avez perdu des revenus, vous vous battez pour votre survie et pour assurer votre relance, vous êtes obligé de mettre la main encore dans votre porte-feuilles pour faire de la publicité, ajoute-t-il. J’espère que les gouvernements vont faire des campagnes de sensibilisation pour rappeler aux consommateurs l’importance d’aider les commerçants locaux. »

Et le Panier bleu? « C’est par la répétition que le message finit par entrer. Le Panier bleu a été le spécial de la journée lorsqu’on en a parlé. Ç’a duré une semaine et tranquillement, on va l’oublier, car on va arrêter d’en faire la promotion. C’est pourquoi j’espère que les gouvernements vont penser à faire une campagne nationale pour dire aux gens d’aider leurs commerçants », résume le Pr Roy.