Le Bureau de la concurrence a décidé d’enquêter sur Amazon afin de déterminer si le géant du commerce en ligne nuit à la concurrence.
Le Bureau de la concurrence a décidé d’enquêter sur Amazon afin de déterminer si le géant du commerce en ligne nuit à la concurrence.

Amazon dans la mire du Bureau de la concurrence, qui enquêtera sur l’entreprise

Christopher Reynolds
La Presse canadienne
OTTAWA — Le Bureau de la concurrence a décidé d’enquêter sur Amazon afin de déterminer si le géant du commerce en ligne nuit à la concurrence.

Cette enquête, qui vise à obtenir des renseignements confidentiels auprès d’entreprises canadiennes, mettra l’accent sur un «potentiel abus de position dominante», a indiqué vendredi l’organisme fédéral dans un communiqué.

«Le Bureau examine la question de savoir si Amazon se livre à un comportement (au Canada par l’entremise du site Amazon.ca) qui affecte la concurrence, au détriment des consommateurs et des entreprises qui font des affaires au Canada», a-t-il souligné.

Plus précisément, le Bureau veut notamment vérifier si les politiques d’Amazon pourraient avoir une influence sur la volonté des commerçants de vendre leurs produits à un prix plus bas sur d’autres plateformes, comme leurs propres sites web et autres sites de vente en ligne.

Il examinera également les efforts ou «toute stratégie» d’Amazon visant à influencer les consommateurs à acheter ses produits plutôt que ceux offerts par d’autres fournisseurs et les obstacles qui se dressent devant les vendeurs lorsqu’ils ne retiennent pas les services d’expédition et de publicité de la multinationale.

Amazon a indiqué coopérer avec l’enquête du Bureau. L’entreprise a souligné qu’elle continuera de soutenir les petites entreprises qui vendent des produits sur sa plateforme. Le Bureau a précisé que son enquête est en cours et qu’»aucune conclusion n’a été tirée quant à des actes répréhensibles pour le moment».

Cette annonce de l’organisme fédéral survient néanmoins dans la foulée de préoccupations croissantes à l’endroit du pouvoir exercé par des géants technologiques.

Le mois dernier, les grands patrons de certains des principaux géants technologiques américains ont été talonnés par les élus du Congrès à propos de leur emprise sur le marché et sur la question visant à déterminer s’ils devaient être réglementés de manière plus stricte - ou même être démantelés.

Le potentiel conflit d’intérêts entre le rôle d’Amazon, qui est à la fois une plateforme de commerce en ligne et un détaillant, soulève plusieurs préoccupations.

«Le principal problème, qui a été soulevé devant le Congrès en juillet, est qu’Amazon peut amasser des données sur ses «concurrents « - c’est-à-dire les commerçants qui font appel à ses services - avant de développer des produits visant à rivaliser avec ces derniers», a souligné Kean Birch, qui dirige programme d’études supérieures en sciences et technologies de l’Université York, dans un courriel.

M. Birch a évoqué le cas de la société de produits pour bébés Diapers.com, qu’Amazon a écarté du marché en réduisant les marques rivales sur Amazon.com en 2009 avant d’acheter le détaillant l’année suivante.

Les dispositions contractuelles restrictives entre Amazon et les commerçants sur sa plateforme peuvent également se retrouver sous la loupe du Bureau de la concurrence.

En juillet 2019, la Commission européenne s’était penchée sur le cas d’Amazon afin de déterminer si son utilisation des données enfreignait les règles de la concurrence. Aux États-Unis, le département de la Justice a décidé d’enquêter sur les géants comme Google, Facebook et Apple.

L’enquête du Bureau, qui a discrètement débuté plus tôt cette année, pourrait mener à un règlement négocié ou se transporter devant le Tribunal de la concurrence - si l’on en vient à la conclusion qu’il y a eu des infractions à la Loi sur la concurrence.

«Les recours en vertu de ces dispositions permettent essentiellement d’ordonner la mise en place de mesures, mais peuvent également se traduire par des sanctions pécuniaires», a souligné le Bureau, dans un courriel.

L’organisme fédéral n’a pas voulu dire si son enquête se penchait sur d’autres géants du secteur technologique.