Le président des États-Unis, Donald Trump, a réalisé lundi un appel téléphonique avec son homologue mexicain, Enrique Pena Nieto.

Accord commercial: entente entre le Mexique et les États-Unis

OTTAWA — Donald Trump a annoncé lundi que les États-Unis et le Mexique avaient conclu une «entente de principe» bilatérale, ce qui pourrait mener à une révision éventuelle de l’Accord de libre-échange nord-américain - ou peut-être à la mort d’un traité commercial à trois.

Le président des États-Unis a également invité le Canada à reprendre les négociations commerciales avec ses partenaires de l’ALENA — tout en menaçant Ottawa de conclure un tel accord, sans quoi le Canada serait frappé de tarifs douaniers dévastateurs sur les importations automobiles.

«Nous commencerons à négocier avec le Canada assez rapidement — ils veulent vraiment négocier», a déclaré M. Trump dans le bureau ovale, lors d’un appel téléphonique avec son homologue mexicain, Enrique Pena Nieto, diffusé par haut-parleur. «Mais d’une manière ou d’une autre, nous avons un accord avec le Canada : ce sera soit des tarifs douaniers sur les voitures, soit un accord négocié. Et franchement, la voie des tarifs serait beaucoup plus facile, mais peut-être l’autre voie serait meilleure pour le Canada.»

Par la voix d’un interprète, le président Pena Nieto a déclaré à plusieurs reprises qu’il espérait que le Canada fasse partie d’un éventuel accord trilatéral, pour remplacer l’ALENA conclu il y a 24 ans.

 «Un nom élégant»

M. Trump, lui, veut déjà donner un nom à cette entente commerciale bilatérale conclue avec le seul Mexique. «J’aime bien appeler cet accord «l’accord commercial États-Unis-Mexique»», a-t-il lancé lundi matin. «Je trouve que c’est un nom élégant. Je pense que l’ALENA comporte beaucoup de connotations négatives pour les États-Unis, parce qu’on s’était fait plumer.

«Le temps venu — je ne peux pas vous dire exactement quand, cela dépendra du Congrès —, je vais mettre fin à l’accord existant et [signer le nouvel] accord», a-t-il déclaré lundi. «Nous cherchons à aider nos voisins. Si nous pouvons aider nos voisins, c’est une bonne chose, pas une mauvaise. Nous allons donc entamer cette négociation incessamment. Je parlerai au premier ministre Trudeau très bientôt.»

Après l’annonce de M. Trump, le cabinet du premier ministre a publié un communiqué indiquant que Justin Trudeau s’était entretenu dimanche avec le président Pena Nieto. Selon le communiqué, les deux hommes «ont fait part de leur engagement commun à obtenir un accord avantageux pour les trois parties».

Le Canada négociera dès mardi

M. Trump a également invité lundi le Canada à négocier équitablement, surtout dans le secteur des produits laitiers.

Le Canada a été absent de la table de négociation de l’ALENA depuis la suspension des pourparlers à trois, au printemps dernier. La ministre des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, se déplacera à Washington dès mardi pour reprendre les négociations avec les États-Unis et le Mexique.

Certains observateurs craignent que l’absence du Canada dans les récents pourparlers puisse mettre Ottawa devant le fait accompli. M. Trudeau répète que son gouvernement ne signera pas un accord qui serait défavorable au Canada.

Adam Austen, un porte-parole de la ministre Freeland, a déclaré lundi que «le Canada (était) encouragé par l’optimisme continu démontré par nos partenaires de négociation», et que «les progrès entre le Mexique et les États-Unis constituaient une condition nécessaire à tout nouvel accord de l’ALENA».

L’accord a réduit depuis un quart de siècle la plupart des barrières commerciales entre les trois voisins nord-américains. Mais le président Trump et d’autres critiques soutiennent que l’ALENA a encouragé les fabricants américains à se déplacer au sud de la frontière pour profiter de la main-d’œuvre mexicaine, moins bien payée.

Les discussions en vue d’une révision de l’accord ont débuté il y a un an et ont été semées d’embûches. L’administration Trump souhaite notamment qu’un pourcentage plus élevé de la production automobile provienne du bloc de l’ALENA avant d’être admissible à l’exemption de tarifs douaniers.

Les pourparlers ont également été freinés par l’insistance de l’administration Trump à adopter une «clause crépusculaire», qui mettrait fin à l’ALENA dans cinq ans à moins que les trois pays n’acceptent de le reconduire. Washington souhaite aussi modifier le mécanisme de règlement des différends.

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DE L'ESPOIR, MAIS AUSSI DES CRAINTES POUR LES INTÉRÊTS DU QUÉBEC

Le dossier de l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) s’est invité dans la campagne électorale québécoise, lundi, et a fait réagir d’autres acteurs économiques et politiques dans la province, qui y voient des sources d’espoir et de craintes pour l’économie du Québec.

Une «entente de principe» bilatérale entre les États-Unis et le Mexique annoncée par le président Donald Trump, lundi, pourrait mener à une révision éventuelle de l’ALENA - ou peut-être à la mort d’un traité commercial à trois. Et M. Trump a déjà prévenu que si le Canada ne parvenait pas à s’entendre avec ses partenaires sur un nouvel accord, des tarifs douaniers dévastateurs seraient imposés sur les importations automobiles.

Le chef du Parti libéral du Québec (PLQ) et premier ministre sortant, Philippe Couillard:

«J’ai parlé bien sûr à (Raymond) Bachand, notre négociateur, à (Dominique) Anglade, qui est en lien avec le cabinet de (la ministre fédérale Chrystia) Freeland, et je viens de parler avec M. Trudeau. D’abord, la première chose à dire est qu’une entente bilatérale Mexique-États-Unis, qui semble porter largement sur le secteur automobile et les règles d’origine, c’est une bonne nouvelle, parce que c’est une avancée très significative dans la négociation.»

«M. Trudeau m’a toujours dit qu’il défendrait la gestion de l’offre et l’exception culturelle. (...) Mais si on devait annoncer une entente qui encoche ou qui diminue la gestion de l’offre, je vais immédiatement indiquer mon opposition.»

«La pression sur le Canada va être énorme. Mais même si la pression est énorme, on va résister de façon très forte. (...) On ne participera pas à une entente qui est contre les intérêts du Québec.»

Le chef de la Coalition avenir Québec (CAQ), François Legault:

«J’aimerais être à la table (...) pour savoir ce qui se passe, parce que c’est un peu surprenant que le Mexique soit capable de conclure une entente avec les États-Unis, quand on connaît les conditions de travail au Mexique. Et qu’on ne soit pas capable de le faire au Canada.»

«Ce sera très grave si on ne conclut pas d’entente entre le Canada, les États-Unis et le Mexique. (...) On est tous d’accord, il ne faut pas toucher à la gestion de l’offre, mais est-ce qu’il y a d’autres dossiers qui bloquent? Quels sont ces dossiers-là? (...) Est-ce que ce sont les bonnes personnes qui sont à la table?»

Le chef du Parti québécois (PQ), Jean-François Lisée:

«Oui, je pense que ce n’est probablement pas une mauvaise chose pour le Québec que cette signature (entre les États-Unis et le Mexique) soit faite, mais là où on entre dans la zone de danger, c’est d’empêcher le Canada de faire payer au Québec des concessions qu’ils veulent obtenir pour l’Ontario, pour l’automobile.»

«Moi, j’ai entendu M. Trudeau dire aux États-Unis qu’il était prêt à être flexible sur la gestion de l’offre, j’ai entendu le ministre fédéral du Canada et le ministre de l’Agriculture des États-Unis dire que le Canada était prêt à faire des concessions sur le lait, alors je suis très, très préoccupé.»

La Fédération des chambres de commerce du Québec (FCCQ):

«L’entente survenue entre les États-Unis et le Mexique envoie le signal que l’administration fédérale américaine est disposée à avancer sur la question des échanges commerciaux avec ses voisins. La relation canado-américaine est unique, par son ampleur, dans l’histoire économique moderne. Il est primordial que les discussions reprennent entre les trois pays, afin de compléter la renégociation de l’Accord de libre-échange nord-américain.»

«La FCCQ croit qu’un retour constructif de toutes les parties à la table des négociations peut mettre un terme à des tensions qui nuisent présentement aux échanges commerciaux.»