La directrice d'Option-travail, Lanie Desrochers.

40 000 assistés sociaux de moins au Québec

Alors que les employeurs se fendent en quatre pour trouver la main-d’oeuvre dont ils ont besoin pour assurer la poursuite de leurs opérations, le bassin de candidats aptes au travail disponibles à l’aide sociale fond comme neige au soleil.

Le taux d’assistance sociale au Québec a chuté de 6,1 % à 5,9 % entre les mois de mars 2017 et 2018.

Le taux d’assistance sociale, soulignons-le, détermine la proportion de la population qui bénéficie d’un des programmes d’aide financière offerts par l’État aux personnes qui présentent ou pas des contraintes sévères à l’emploi — soit le programme de solidarité sociale ou le programme d’aide sociale — ou encore qui participe au Programme alternative jeunesse.

Ainsi, le nombre de prestataires est passé de 419 527 à 404 551 au cours de la dernière année, indique le Rapport statistique sur la clientèle des programmes d’assistance sociale publié par le ministère du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale.

Et si l’on recule à l’automne 2014, le ministère comptait, à l’époque, exactement 444 351 prestataires. Une diminution de 40 000 de moins en moins de quatre ans.

Le Soleil s’est principalement intéressé aux prestataires âgés de 18 à 64 ans, c’est-à-dire ceux qui pourraient être en mesure de pourvoir des postes vacants dans les entreprises.

Pour cette clientèle, le taux d’assistance sociale est passé de 6,3 % à 6,0 % dans la Belle Province. Ils étaient 330 761 en mars 2017 et 319 537 un an plus tard.

Regardons de plus près la situation dans les régions de la Capitale-Nationale et de la Chaudière-Appalaches, là où la rareté de bras et de cerveaux cause de pénibles maux de tête aux entreprises.

Il est bon de rappeler que les taux de chômage dans la Capitale-Nationale (3,9 %) et la Chaudière-Appalaches étaient les plus bas au Québec (5,4 %) en juin.

Et le taux d’emploi, c’est-à-dire la proportion de personnes disposant d’un emploi parmi celles en âge de travailler, était supérieur à la moyenne du Québec (61,3 %). Il affichait 62,7 % dans la Chaudière-Appalaches et 65,4 % dans la Capitale-Nationale.

Dans cette dernière région, le taux d’assistance sociale des adultes âgés entre 18-64 a chuté de 4,5 % à 4,3 % entre les mois de mars 2017 et 2018. Le ministère du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale dénombrait 20 199 prestataires. À titre comparatif, il y en avait 26 433 en août 2015.

De l’autre côté du fleuve, le nombre de prestataires est de 9905. Il s’établissait à 12 637 au mois d’août 2015. Quant au taux d’assistance sociale, il a très légèrement augmenté, passant de 3,7 % à 3,8 % d’un mois de mars à l’autre en 2017 et 2018.

Bassin pas à sec

Pour Lanie Desrochers, le bassin de candidats à l’aide sociale n’est pas à sec comme peuvent le laisser croire les données sur la clientèle des programmes d’assistance sociale.

«Avec le programme Objectif Emploi, le ministère du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale a mis des choses en place pour aller chercher davantage la clientèle de l’aide sociale, notamment ceux qui sont admissibles pour une première fois au programme d’aide sociale», explique la directrice générale d’Option-travail, un organisme de Québec, dont la mission de favoriser le cheminement et l’intégration socioprofessionnels des personnes en les accompagnant dans leurs démarches permettant le retour au travail.

Selon Mme Desrochers, plus de temps une personne apte au travail passe à l’aide sociale, plus il sera difficile de la remettre en marche afin qu’elle joigne les rangs des travailleurs. «Ce n’est pas toujours évident de leur faire voir la valeur ajoutée du marché du travail.»

«Le problème que nous avons est de rejoindre et de mobiliser cette clientèle qui ne vient pas automatiquement vers les organismes comme le nôtre», explique-t-elle en soulignant que les demandes qui ont été faites auprès du ministère pour obtenir la liste des personnes qui sont «éloignées du marché du travail» depuis plusieurs années sont restées lettre morte.

Lanie Desrochers affirme que les employeurs sont plus «ouverts» à l’idée d’embaucher cette clientèle. «Comme ils sont moins réfractaires à faire appel aux immigrants.»

Pénurie de main-d’oeuvre oblige.