La Sherbrookoise Chloé Gendron amorçait sa troisième journée de wwoofing au Jardin des Vanupieds lors du passage de La Tribune. Une bouffée d’air frais pour celle qui fait des études en psychologie.
La Sherbrookoise Chloé Gendron amorçait sa troisième journée de wwoofing au Jardin des Vanupieds lors du passage de La Tribune. Une bouffée d’air frais pour celle qui fait des études en psychologie.

Wwoofing: les fermes privées de précieux alliés

Jasmine Rondeau
Jasmine Rondeau
Initiative de journalisme local - La Tribune
Le Jardin des Vanupieds, à Saint-Isidore-de-Clifton, était une destination prisée l’été dernier, particulièrement par des touristes français en quête d’un authentique retour à la terre. Alors que les frontières sont fermées aux wwoofeurs, ces bénévoles de partout dans le monde qui prêtent main-forte sur les fermes biologiques en échange d’un toit, de nourriture et de connaissances, c’est plutôt l’aide qui se laisse désirer par la famille Letourneux-Lefebvre cette année.

« Au début de la saison, tout le monde voulait quitter la ville et aller à la campagne, mais maintenant, ils se sont trouvé autre chose. C’est plus difficile au milieu de l’été. On essaie de trouver l’équilibre entre être débordés au jardin et mettre l’énergie qu’il faut pour trouver des gens », affirme Jeanne Letourneux, qui mène ce projet mi-personnel, mi-commercial de production maraîchère et de transformation alimentaire avec son conjoint Mathieu Lefebvre depuis trois ans.  

Pour cette famille en quête d’autosuffisance, l’apport des wwoofeurs est tout simplement « crucial ».

Sans eux, la culture d’environ un hectare située dans la Coopérative de solidarité Les jardins Victoria n’aurait pas cette ampleur, estime M. Lefebvre. 

« Ça nous permet de pouvoir partir la compagnie et de commencer lentement en continuant d’avoir un autre revenu, sans commencer trop gros et sans nous endetter pour embaucher des employés. Ça permet d’avoir une espèce de lousse et d’avoir du temps libre, tout en ayant un esprit de communauté. C’est aussi un partage », commente Mme Letourneux, qui a elle-même connu son conjoint en faisant du wwoofing chez lui, en Abitibi. « La dernière fois, elle n’est jamais repartie! » ajoute M. Lefebvre. 

Les Letourneux-Lefebvre, qui cultivent le Jardin des Vanupieds sur environ un hectare du terrain de la Coopérative Les jardins de Victoria, peinent à trouver des bénévoles à qui ils peuvent offrir un toit et de la nourriture en échange de leur aide cette année. Habituellement, ce sont des touristes étrangers qui se portent volontaires.

L’engouement des premières semaines de l’été a permis l’accueil d’une dizaine de wwoofeurs québécois au jardin jusqu’à maintenant. L’an dernier, c’est une trentaine de bénévoles internationaux qui ont séjourné sur place pour donner un coup de main. 

Ces derniers demeurent dans l’une des chambres libres de la maison, ou peuvent camper en nature près du jardin. 

« Ils restent habituellement entre une et trois semaines en moyenne. En raison du coronavirus, on demande de prioriser les longs séjours en ce moment. On demande un minimum de quatre heures de travail par jour, alors ils sont souvent libres l’après-midi. Ils peuvent aller se promener en forêt, se baigner et profiter de la campagne », avance Mme Letourneux, qui précise avoir besoin d’assistance jusqu’à la fin octobre. 

« On aimerait peut-être aussi prendre une semaine de vacances », rêve M. Lefebvre.

Privé de son emploi principal pour l’été en raison de la COVID-19, celui-ci peut à tout le moins se consacrer à temps plein à leur projet. « J’éteins des feux », résume celui qui a combattu activement la sécheresse récemment, et qui termine ces jours-ci une clôture qui devrait mettre fin au règne des chevreuils dans le jardin. 

Choisir le champ

La Sherbrookoise Chloé Gendron compte parmi ceux qui ont levé la main pour s’immerger dans la vie des producteurs. Lors du passage de La Tribune, elle amorçait la troisième journée d’une semaine de wwoofing au Jardin des Vanupieds. Au programme pour tous : désherbage des rangs de fraises et chasse aux doryphores en famille avec la fille de M. Lefebvre, Mara, et les deux filles du couple, Miel et Azure. 

« Je ne travaille pas cet été, et j’essaie des choses différentes. C’est une occasion pour moi d’apprendre le jardinage et d’apprendre à connaître Jeanne et Mathieu », avance Chloé, qui a décidé de rallier les rangs des Vanupieds plus longtemps après qu’elle et son groupe d’amis soient venus donner un coup de main pour la fête du solstice.

« Ça me fait du bien, renchérit celle qui envisage de revenir plus tard dans la saison. Je fais des études universitaires assez intellectuelles, en psychologie, alors ça change. Finalement, je pense que j’aspire à quelque chose de plus concret. Je sais pourquoi je travaille quand je suis ici. » 

 « Ça revient souvent comme réflexion, ça », sourit M. Lefebvre. 

Barrière d’entrée

Les wwoofeurs étrangers n’ont habituellement pas besoin de permis de travail pour entrer au Canada, puisqu’ils ne sont pas rémunérés. Cette pratique, qui n’est pas considérée essentielle, ne constitue pas une raison valable pour entrer au pays à l’heure actuelle, même pour les détenteurs d’un permis du programme Expérience internationale Canada (EIC), rapporte WWOOF Canada (Worldwide Opportunities on Organic Farms, Canada), l’organisme qui fait la liaison entre les fermes hôtes du pays et les bénévoles à travers le monde.

Celui-ci affirme que de nombreux hôtes n’ont pas renouvelé leur adhésion au programme en raison de la pandémie. « Certains sont âgés et [leur santé] serait compromise s’ils avaient un étranger avec eux, ils ne sont pas en mesure de les héberger en raison de leur isolement; certains sont tout simplement incapables d’obtenir l’aide dont ils ont besoin en raison de restrictions de voyage, etc. » écrit la coordinatrice pour WWOOF Canada Pam Boyko.