M. Lussier confirme qu’il y a eu mésentente quand au moins un des membres du consortium aurait demandé que la Ville cautionne les loyers des organismes à but non lucratif devant emménager dans Well inc., une façon de faire qui ne serait pas permise par la Loi sur les cités et villes.

Well inc. : le consortium abandonne

Le consortium derrière l’important projet immobilier projeté sur le site de l’Hôtel Wellington a retiré sa proposition. Cette décision a été rendue publique samedi dans un communiqué de la Ville de Sherbrooke. L’absence de direction claire pour l’ensemble du projet Well inc. aura fait la différence

Le consortium, composé du Fonds immobilier de la FTQ, de SherWeb et du Groupe Custeau, n’a pourtant pas expliqué sa décision aux élus.

Patrick McQuilken, conseiller aux relations de presse pour le Fonds immobilier de la FTQ, indique que c’est tout le consortium qui a pris la décision. « Les conditions n’étaient pas réunies pour la réalisation du projet. Il n’y avait pas d’échéance pour le Fonds. Nous travaillons toujours avec des partenaires locaux et si un autre projet nous est proposé, nous l’analyserons avec la même rigueur. »

Peter Cassar, président de SherWeb, parle d’une décision d’affaires. « Il y avait absence de consensus des parties prenantes du projet dans sa globalité. Il y avait de l’incertitude sur ce qu’est Well inc. Le projet de revitalisation n’était pas assez clair et le nôtre arrivait peut-être de façon prématurée. C’était trop incertain pour qu’on poursuive. »

Ce ne serait pas un élément en particulier qui aurait fait pencher la balance. « Nous ne voulions pas nous retrouver à être le seul projet au centre-ville. Le succès de notre projet était intimement lié à la revitalisation au complet. »

Le Groupe Custeau n’a pas rappelé La Tribune cette fin de semaine.

La présidente du comité exécutif, Nicole Bergeron, mentionne que « les personnes les mieux placées pour expliquer les raisons de cette décision sont celles qui l’ont prise », mais ajoute : « Je ne suis pas sûre que les membres du consortium se sentaient tellement désirés quand on regardait le traitement médiatique du projet. »

La conseillère Annie Godbout rapporte pour sa part avoir entendu au courant de la dernière semaine de plusieurs sources que la FTQ se retirerait en raison des mésententes du point de vue juridique. « Mais la vraie raison n’est pas claire. » D’autres élus ont aussi entendu les mêmes motifs.

« C’est complètement faux », assure Patrick McQuilken.

Même s’il s’est entretenu avec un représentant du Groupe Custeau, le maire Steve Lussier ne savait toujours pas dimanche pourquoi le consortium s’était désisté. « Il n’a donné aucune raison. »

M. Lussier confirme qu’il y a eu mésentente quand au moins un des membres du consortium aurait demandé que la Ville cautionne les loyers des organismes à but non lucratif devant emménager dans Well inc., une façon de faire qui ne serait pas permise par la Loi sur les cités et villes. « C’est pour ça que je disais qu’il restait des choses à finaliser du point de vue juridique. Nous avions trouvé une autre solution et ce point-là était pas mal réglé. »

Et maintenant?

Le maire affirme que sa porte est toujours ouverte si le consortium souhaite discuter à nouveau. « Je respecte ce choix. Je vais laisser la poussière retomber, mais je vais vouloir les rencontrer. La serviette est loin d’être jetée. Il y a 100 % du conseil qui est pour une revitalisation du centre-ville. On veut avancer rapidement, mais il faut prendre le temps de se revirer de bord. Les consultations prévues en mars restent et je demande aux gens de se mobiliser. On va faire quelque chose de bon ensemble. »

Annie Godbout estime que si les élus sont clairs dans l’énoncé des besoins de la Ville, d’autres investisseurs se présenteront. « Un leadership devra maintenant être exercé pour qu’un projet structurant voie le jour. On sent une urgence d’agir. Il ne faudrait pas perdre les investissements que nous avons faits jusqu’à maintenant. Ça pourrait aller rapidement. Tout ça est une question de volonté politique et de leadership. Il faut continuer d’être une bougie d’allumage. On ne peut pas laisser ça comme ça pendant 10 ans. »

Vincent Boutin, lui, a hâte d’entendre le plan de Steve Lussier. « Il se disait champion du développement économique en campagne électorale. C’est lui qui a la responsabilité de proposer quelque chose. Il faut prendre le temps de tirer des leçons pour bien faire les choses. Il y a un momentum qu’il ne faut pas perdre. Il faudra du temps pour se remettre de ça. »

Pour Pierre Avard, il faudra désormais faire les choses de la bonne façon. « Si on veut attirer des investisseurs et qu’on met sur la table les incitatifs avec lesquels on veut les attirer, les cartes vont tomber plus rapidement. Les citoyens veulent quelque chose sur Wellington Sud, mais pas n’importe quoi et pas à n’importe quel prix. »

Nicole Bergeron veut d’abord prendre acte de la décision du consortium. « Nous sommes tous sonnés. Il faudra voir comment nous pouvons nous relever de ça et voir si d’autres auront l’audace d’investir dans ce quartier. Nous aurons les mêmes défis. Il y a un stationnement à reconstruire et nous voulons amener des commerces et du résidentiel au centre-ville. Ça prendra combien de temps? Je ne sais pas, mais ça retardera considérablement la revitalisation. C’est un état de situation qu’on n’avait pas nécessairement envisagé. »

Les élus devaient se prononcer sur le projet du consortium en séance extraordinaire du conseil municipal le 28 février.

Steve Lussier avait laissé entendre la semaine dernière que l’entreprise L.P. Royer, qui a acheté le terrain de l’ancien Maysen Pub, pourrait retirer son propre projet si celui du consortium était rejeté. Simon La Rochelle, président de L.P. Royer, est à l’extérieur du pays et n’avait pas pris connaissance de la décision du consortium dimanche. Il ne souhaitait donc pas commenter pour le moment. 

Dusseault attendra le bon timing

Philippe Dusseault souhaite toujours investir pour la revitalisation du centre-ville. Il attendra que la poussière retombe avant de présenter un projet qui, selon lui, pourrait répondre davantage aux attentes des citoyens.

Le président des Immeubles Must Urbain avait acheminé une lettre d’intention à la Ville de Sherbrooke le 5 février pour manifester son intérêt à proposer une solution différente de celle du consortium pour la zone prioritaire de développement de la rue Wellington Sud. Il n’a pas voulu commenter la décision du consortium de retirer sa proposition.

« Je serai à l’hôtel de ville demain (lundi) pour voir la réaction des gens. Je veux laisser la poussière retomber et me tenir au fait du mécontentement des citoyens. Je pense que Well inc. était un beau projet. Ce qui était moins apprécié, c’était la façon dans l’entente était attachée », mentionne M. Dusseault.

Le promoteur, à qui la Ville avait suggéré de parler de son projet en cinq minutes à la période de questions des citoyens, lundi, à l’hôtel de ville, n’a pas l’intention de se limiter à cinq minutes. Il attendra qu’on lui offre plus de temps.

« Je ne pense pas que ce soit le bon moment pour proposer quelque chose. Ce n’est pas le temps de mettre de la pression sur les élus. Ils en ont suffisamment eu. Le mieux sera de travailler avec les intervenants du centre-ville qui étaient déjà en poste. Un des gros problèmes, c’est qu’il n’y a pas eu d’appel d’offres ou de concours. Je ne veux pas passer par la porte de côté de l’hôtel de ville. Notre projet cadrera bien au centre-ville et je suis certain qu’il sera bien accueilli. Nous attendrons le bon timing. »

Philippe Dusseault se dit heureux de constater que le maire Steve Lussier ait l’intention « de rester proactif pour le développement du centre-ville ».

SherWeb reste à Sherbrooke

SherWeb n’a pas l’intention de quitter Sherbrooke. Malgré la décision du consortium de retirer sa proposition pour un projet au centre-ville, l’entreprise sherbrookoise établira ses nouveaux bureaux dans la ville qui l’a vue naître.

« En aucun cas nous avons communiqué que nous allions quitter ou que nous avions l’intention de regarder ailleurs », clame Peter Cassar, président de SherWeb.

« Mon frère et moi sommes enracinés à Sherbrooke et nous tenons au succès que nous avons ici. Notre plus grande préoccupation, à travers les défis de recrutement, est d’attirer les plus grands talents à Sherbrooke. »

M. Cassar ne semblait pas échaudé de sa relation récente avec la Ville de Sherbrooke. Aucun secteur de la ville n’a été exclu pour installer les nouveaux bureaux. Même le centre-ville sera considéré. Il est trop tôt pour savoir si SherWeb préférera un édifice neuf ou s’il optera pour des bureaux existants. « Nous analyserons toutes les possibilités. Nous sommes en croissance et nous avons besoin d’espace additionnel. »

SherWeb répondra-t-il à l’invitation du maire Steve Lussier de s’asseoir à une même table pour parler de Well inc.? « C’est le maire de Sherbrooke. S’il veut s’asseoir avec moi pour une énième fois, je vais y aller. »