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Watson, un chien pour soutenir les enfants de la DPJ

Marie-Christine Bouchard
Marie-Christine Bouchard
La Tribune
Emma* raconte le moment où son intervenante lui a dit qu’elle devait déménager dans une autre unité à Val-du-lac, le centre de réadaptation pour les jeunes où elle habite. Elle garde la tête basse, elle parle tout doucement. Les émotions sont encore vives. Pour Emma, c’était un moment très difficile à vivre, un bouleversement important dans sa jeune vie. L’adolescente avait envie d’exploser. Mais elle ne l’a pas fait. Si elle a pu contenir ses émotions, si elle a même réussi à voir le bon côté des choses dans le grand changement qui l’attendait, c’est notamment grâce à la présence de Watson.

« Watson m’a permis de garder mon calme. Elle m’a apaisée », souligne en entrevue la fort timide adolescente de 14 ans sans cesser de flatter la tête du chien calmement étendu à ses pieds.

Mais qui est Watson? Il s’agit d’une chienne labernoise enjouée de deux ans. La chienne a été formée par la Fondation Mira comme chien d’assistance en soutien émotionnel. Depuis deux mois, elle a commencé son intégration à Val-du-lac, le centre de réadaptation pour les jeunes de la direction de la protection de la jeunesse (DPJ) de l’Estrie.

L’idée d’intégrer un chien à Val-du-lac est celle de Sarah Trépanier, spécialiste en activités cliniques à Val-du-lac. Elle est la responsable de Watson, qui habite chez elle en compagnie de sa famille. Les chiens de soutien se transforment en chiens de maison tout ce qu’il y a de plus normal une fois la journée terminée. Mme Trépanier doit aussi l’accompagner pendant l’ensemble de ses interventions auprès des enfants et des adolescents hébergés à Val-du-lac.

Les façons d’aider les enfants avec un chien Mira sont nombreuses.

« J’avais déjà utilisé les services de Kanak, le chien d’assistance en soutien émotionnel du Service de police de Sherbrooke (SPS) et j’avais vu les bienfaits que ça pouvait faire aux jeunes victimes. J’ai vu l’apaisement que le chien pouvait apporter dans des situations très lourdes, dans un stress extrême. Une fois par exemple, une de nos jeunes a été interrogée et contre interrogée pendant sept heures au tribunal. Une affaire vraiment difficile, je vous épargne les détails… Kanak a passé sept heures couchée à ses pieds. C’était incroyable. Ç’a fait toute la différence dans la possibilité de la jeune victime de rendre son témoignage en face de son agresseur », se rappelle Sarah Trépanier.

« La présence du chien ouvre aussi parfois l’accès à de beaux souvenirs positifs que les enfants ont vécu dans leur vie », explique Anne-Marie Lebrun, psychoéducatrice et marraine de Watson.

Le SPS a été la première organisation policière au Québec à introduire un tel chien parmi ses outils de travail il y a six ans. Depuis, plusieurs autres corps policiers du Québec ont emboîté le pas. C’est aussi le cas de six autres directions régionales de la protection de la jeunesse qui utilisent les services d’un tel chien afin de soutenir les victimes vulnérables qui ont souvent de très grands tumultes à traverser.

Anne-Marie Lebrun et Sarah Trépanier, qui sont respectivement la marraine et la responsable de la chienne Watson, sont très fières des bénéfices qui peuvent être apportés aux enfants hébergés à Val-du-lac grâce à Watson, comme c’est le cas ici pour Emma*.

Belles réalisations

Présente à Val-du-lac depuis deux mois, Watson a déjà permis de très belles réalisations. Il y a déjà tout plein d’exemples pour illustrer l’apport de ce chien dont les services ont été financés par la Fondation du Centre jeunesse de l’Estrie.

« Une journée, nous avions une jeune qui devait se présenter devant le tribunal, qui est en visioconférence maintenant en raison de la pandémie. Elle ne pouvait pas se rendre, elle n’était pas capable d’affronter sa peur, elle ne pouvait pas bouger. Finalement, juste de marcher en compagnie de Watson lui a permis de se rendre par elle-même, en marchant, et d’être présente au tribunal. Le chien a détourné son attention de façon positive. Il a permis à cette jeune de diminuer son niveau de stress », souligne avec fierté Anne-Marie Lebrun, psychoéducatrice et aussi marraine de Watson, c’est-à-dire que Watson peut aussi aller chez elle afin d’offrir du répit de façon occasionnelle à Mme Trépanier.

Ou encore : certains enfants ont peur des prises de sang ou des médecins, et ça devient très difficile pour les intervenants de Val-du-lac de les amener à collaborer pour ces rendez-vous, pourtant essentiels pour leur santé. « La présence du chien nous aide beaucoup à ce que les enfants collaborent mieux », ajoute Mme Lebrun.

Watson offre aussi un accès à des émotions qui, autrement, n’auraient peut-être pas été possibles pour les enfants. « Ça rend les enfants disponibles à leur rééducation », explique Sarah Trépanier. « La présence du chien ouvre aussi parfois l’accès à de beaux souvenirs positifs que les enfants ont vécu dans leur vie », ajoute Mme Lebrun.

D’autres chiens Mira aident d’autres clientèles du CIUSSS de l’Estrie-CHUS. C’est notamment le cas au Centre de réadaptation de l’Estrie où l’on soutient les personnes aux prises avec des situations de handicap physique ou visuel. Un autre chien né dans la même portée que Watson est aussi en intégration au département de psychiatrie adulte de l’Hôpital de Granby depuis deux mois.

* Le prénom est fictif afin de protéger l’identité de la jeune fille, comme le prévoit la loi.