Les quelques données disponibles montrent des taux de mortalité trèsélevés pour les patients atteints de la COVID-19 qui doivent être envoyés aux soins intensifs.
Les quelques données disponibles montrent des taux de mortalité trèsélevés pour les patients atteints de la COVID-19 qui doivent être envoyés aux soins intensifs.

Qu’arrive-t-il «après» l’assistance respiratoire?

Q «Y a-t-il une statistique sur le taux de survie des patients atteints de COVID-19 qui sont sous assistance respiratoire? Une fois qu’on est rendu là, est-ce que ça vaut la peine?» demande Sylvain Marcotte, de Québec. Pour sa part, Marie-Dominique Rouleau, elle aussi de Québec, se questionne sur ce qui vient après l’assistance respiratoire : «Qu’arrive-t-il aux poumons de ces patients? Sont-ils endommagés de façon permanente?»

R Il n’existe pas encore de vastes études sur la survie des patients atteints de la COVID-19 qui se rendent jusqu’aux soins intensifs et/ou qui ont besoin d’assistance respiratoire, puisque la maladie est encore très récente, indique Dr Patrick Archambault, intensiviste et chercheur spécialisé sur les maladies respiratoires du CHU de Québec. Les quelques données que l’on a montrent, comme on peut s’y attendre, des taux de mortalité très élevés pour les patients qui doivent être envoyés aux soins intensifs. Ainsi, une toute petite étude faite par une équipe de Seattle sur 21 patients dans un état critique a montré que 11 d’entre eux sont décédés [bit.ly/2wSpR7q]. Une autre étude chinoise, dit Dr Archambault, a rapporté 6 décès sur 36 patients aux soins intensifs, mais cet article-là a été publié alors que certains patients étaient toujours hospitalisés — ses données sont donc incomplètes.

«C’est sûr que ces chiffres-là peuvent avoir l’air épeurant, mais il faut les mettre en perspective», insiste Dr Archambault. Ils ne concernent que les patients les plus mal en point, des personnes en moyenne très âgées et souffrant souvent de plusieurs autres graves problèmes de santé, si bien que leur taux de mortalité est forcément beaucoup, beaucoup plus élevé que la moyenne. Il faut garder en tête que l’on parle d’une maladie, ici, qui ne donne que des symptômes bénins (voire pas de symptômes du tout) dans au moins 80 % des cas, et dont le taux de mortalité général semble pour l’instant être de l’ordre de 1 % — même s’il peut varier d’un pays à l’autre.

Maintenant, la question de savoir si cela «vaut la peine» appartient à chaque patient. Mais l’aide respiratoire elle-même n’endommage pas vraiment les poumons, dit Dr Archambault : «ce sont plus les séquelles musculaires qui peuvent durer chez certains patients. Quand on maintient quelqu’un intubé et alité pendant trois ou quatre semaines, tous les muscles vont s’atrophier et cela peut demander une réadaptation importante par la suite.»

Chez de jeunes patients, la récupération musculaire est généralement rapide, mais passé 75 ou 80 ans, le corps humain fait moins de muscles. «L’autonomie et la capacité de reprendre sa vie comme avant peuvent être fortement affectées chez cette population-là», dit Dr Archambault. Précisons que cela n’a rien de particulier à la COVID-19 : tous les patients qui restent alités longtemps, quelle qu’en soit la raison, voient leurs muscles s’atrophier.

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