Pour l’instant, il semble que la transmission sexuelle de la COVID-19 ne soit pas vraiment possible, jusqu’à preuve du contraire.
Pour l’instant, il semble que la transmission sexuelle de la COVID-19 ne soit pas vraiment possible, jusqu’à preuve du contraire.

La COVID-19 peut-elle se transmettre lors d’une relation sexuelle?

Jean-François Cliche
Jean-François Cliche
Le Soleil
Q: «Mon conjoint et moi ne vivons pas ensemble. Nous sortons marcher après le point de presse, en restant éloignés. Alors on se demande si les relations sexuelles deviendraient à risque dans ce contexte? La salive peut être contaminée, mais qu’en est-il des fluides corporels et du toucher de la peau?» demande Claude Bertrand, de Québec.

R: Il y a justement une petite étude qui est parue jeudi dernier au sujet de la présence du virus de la COVID-19 dans le sperme. Les auteurs ont demandé à 38 patients hospitalisés pour cette maladie (et qui avaient testé positif) dans un hôpital de Chine de leur fournir un échantillon de sperme, puis ils y ont cherché le coronavirus. Résultat : son matériel génétique a été détecté dans le sperme de 6 de ces 38 hommes.

Cela ouvre donc une possibilité théorique pour d’éventuelles transmissions sexuelles, mais comme le dit Dr Michel Alary, professeur de médecine et spécialiste des infections sexuellement transmissibles à l’Université Laval, «c’est vraiment très, très, très théorique». D’abord parce que deux personnes faisant l’amour auraient de bien plus fortes chances de se passer le coronavirus par d’autres canaux — échanges de salive, proximité soutenue, respirations fortes, etc. Ensuite, parce que cette étude a porté sur des patients hospitalisés, donc pas vraiment en mesure d’avoir une relation sexuelle. On peut supposer qu’une bonne partie d’entre eux faisaient une infection systémique, ce qui implique une présence forte et plus ou moins généralisée du virus dans l’organisme, poursuit le chercheur. Peut-être que chez les hommes qui font la COVID-19, le virus est incapable de se rendre jusque dans le sperme.

Et c’est sans compter, ajoute Dr Alary, que l’article ne donne pas suffisamment de détails sur la méthode d’échantillonnage pour que l’on puisse exclure la possibilité d’une contamination par leurs mains. On ne sait pas non plus si les virus détectés étaient «vivants» ou si c’était seulement des bouts de virus désactivés. Alors cette étude n’est pas très concluante.

«Ce n’est pas la même situation dans le cas de Zika [ndlr : ce virus qui, en 2016, a causé une vague de microcéphalies chez les bébés dont la mère était infectée], où on avait démontré que certains hommes guéris pouvaient avoir encore le virus dans leur sperme pendant 6 mois, insiste DAlary. Dans le cas de ces études sur la COVID-19, ce sont des patients mal en point, avec un fort niveau de maladie, et on n’a aucune indication que les gens moins malades peuvent en avoir dans le sperme.»

À cet égard, d’ailleurs, une étude en prépublication (donc à prendre avec prudence parce qu’elle n’a pas encore été révisée et «approuvée» pour publication dans une revue savante) a cherché des traces du virus chez 12 hommes infectés, mais qui n’avaient pas fait une forme sévère de la maladie, et n’a rien détecté dans leur sperme.

De toute manière, même si on part du principe que le virus de la COVID-19 peut bel et bien se frayer un chemin dans le sperme, cela n’implique pas que sa transmission sexuelle est automatique, signale Dr Alary. En fait, si le sperme se retrouve dans le tract vaginal, elle est tout simplement impossible : ce coronavirus n’est capable d’infecter nos cellules qu’en s’accrochant à un récepteur particulier sur la membrane cellulaire, nommé ACE2, qui est complètement absent sur les cellules des muqueuses vaginales. D’ailleurs, une autre étude en prépublication (donc encore une fois : à prendre avec des pincettes) datée du mois de mars a analysé les muqueuses vaginales de 35 femmes chinoises atteintes du virus et n’en a pas du tout trouvé.

Les récepteurs ACE2 se trouvent principalement dans les voies respiratoires, ainsi que (dans une moindre mesure) dans les intestins. Cela implique qu’une relation sexuelle buccale ou anale pourrait en principe être contaminante, «mais encore là, je ne suis pas particulièrement convaincu par ce que je vois dans ces études-là», rassure Dr Alary.

Bref, pour l’instant, il semble que la transmission sexuelle de la COVID-19 ne soit pas vraiment possible, jusqu’à preuve du contraire. Et même si des études futures venaient à fournir cette preuve, «ça ne pourra pas être plus qu’un mode de transmission très marginale de cette maladie», estime Dr Alary. Soulignons tout de même de nouveau qu'il n'est question ici que de la possibilité d'une contagion par les fluides sexuels, et que la transmission par gouttelettes et par la salive, elle, serait très forte pour deux personnes qui s'embrassent.

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