Les militaires ont été déployés graduellement à partir du 22 avril, et à moins d’un revirement de taille, leur mission doit prendre fin le 12 juin.
Les militaires ont été déployés graduellement à partir du 22 avril, et à moins d’un revirement de taille, leur mission doit prendre fin le 12 juin.

Combien coûteront les militaires en CHSLD?

Élisabeth Fleury
Élisabeth Fleury
Le Soleil
Combien coûte le déploiement des militaires dans les CHSLD? Quelles indemnités de risque reçoivent-ils? Le ministère de la Défense est incapable de nous le dire, des discussions étant «toujours en cours» à ce sujet.

Selon le ministère de la Défense, en date de mardi, 1299 membres des Forces armées canadiennes (FAC) soutenaient les autorités civiles dans 21 CHSLD au Québec. Le premier ministre François Legault parle plutôt de 1130 militaires, dont 780 sont vraiment dans les CHSLD, les 350 autres travaillant en support à l’extérieur. 

Les militaires de l’opération LASER ont été déployés graduellement à partir du 22 avril, et à moins d’un revirement de taille, leur mission doit prendre fin le 12 juin.

«Les membres des FAC déployés ont été répartis en équipes de renfort aux soins de santé civils comprenant un responsable médical supérieur, des préposés aux soins personnels et des troupes de soutien. La composition précise de chaque équipe est déterminée par les besoins de chaque établissement, besoins déterminés pendant la phase de reconnaissance. Chaque établissement peut compter sur les services d’entre 14 et 60 militaires, et ceux-ci collaborent avec les responsables médicaux civils sur place», détaille par courriel une porte-parole du ministère de la Défense, Jessica Lamirande.

Impossible d’obtenir une ventilation des militaires déployés par grade ou par catégorie de rémunération, cette liste n’étant pas disponible «en ce moment».

«Comme dans toutes les organisations, le salaire d’un employé est un peu différent dans chaque cas. Donc pour obtenir ces informations, il faudrait passer à travers la liste de tous les membres déployés un par un», explique Mme Lamirande,

«Mais c’est important de se rappeler que les membres de la Force régulière sont payés leur salaire normal, qu’ils soient déployés ou non», souligne la porte-parole du ministère de la Défense.

Les coûts associés à une opération comme LASER sont «différentiels», indique encore Jessica Lamirande. «Le coût différentiel pour le ministère de la Défense nationale est le coût supplémentaire en personnel et en équipement directement attribuable à une opération des Forces armées canadiennes», définit-elle.

«En particulier, les coûts différentiels englobent le coût supplémentaire qu’entraînent le déploiement des troupes et de l’équipement, la poursuite des travaux de maintenance et la prestation d’un soutien continu pendant le déroulement propre à l’opération qui s’impose, en plus de tout entraînement spécialisé requis pour l’opération», détaille-t-elle. 

Les coûts différentiels n’incluent donc pas le salaire régulier des membres des Forces canadiennes ou le coût de l’équipement que celles-ci possèdent déjà, par exemple. 

Et quels sont ces coûts? Mystère. Comme pour toutes les missions des FAC, ils seront calculés 90 jours après la fin de la mission, indique Mme Lamirande.

La question des primes «en discussion»

Autre inconnue, et non la moindre : l’indemnité versée aux militaires pour compenser les risques associés au travail spécifique qu’ils font dans les CHSLD. «Cette approche est en ligne avec les primes offertes aux membres lors de déploiements à risque à l’extérieur du Canada», explique Mme Lamirande. 

Selon la porte-parole du ministère de la Défense, «des discussions sont encore en cours et aucune décision n’a été prise à ce sujet pour le moment».

Est-ce que le coût anticipé du déploiement de militaires en CHSLD et le montant des primes de risque qui pourrait devoir être versé expliquent le refus du gouvernement fédéral de prolonger l’opération LASER au-delà du 12 juin? La porte-parole du ministère de la Défense assure que non.

«Depuis le début, nos priorités sont de fournir l’aide nécessaire aux établissements de soins de longue durée confrontés à des défis sans précédent et de soutenir les travailleurs de la santé et les résidents de ces établissements», écrit Mme Lamirande.

À la Chambre des communes, mardi, le premier ministre Justin Trudeau a écarté catégoriquement l’idée de prolonger la présence des militaires dans les CHSLD québécois jusqu’au 15 septembre, comme le réclamait François Legault. 

Samedi, La Presse rapportait que le ministre de la Défense, Harjit Sajjan, s’opposait farouchement à la demande de Québec. Selon le ministre Sajjan, les militaires ont d’autres obligations qui ne peuvent être mises de côté pendant la pandémie. Ils doivent, entre autres, se préparer à la saison des incendies de forêt ou encore donner un coup de main aux régions d’autres provinces qui pourraient être touchées par les inondations, soutient-il.

Dans une lettre ouverte publiée notamment dans le Huffington Post et La Presse, l’ex-officier supérieur des services de santé des FAC Dave Blackburn écrit que «le ministre de la Défense nationale ne joue pas franc-jeu en disant que les FAC n’ont pas le personnel suffisant pour répondre aux demandes et aux besoins du Québec». 

«Il y a 1444 militaires actuellement déployés au Québec. Les FAC comptent environ 68 000 membres de la Force régulière et 27 000 membres de la Réserve. Je suis convaincu que si cela devenait nécessaire, il serait possible de faire une rotation (au même titre que les rotations pour d’autres opérations) des 1444 militaires déployés», souligne M. Blackburn, selon qui «les militaires qui participent à l’opération LASER travaillent très fort pour combattre la pandémie, mais cela est comparable à d’autres missions». 

«Les militaires des FAC doivent absolument demeurer déployés dans les CHSLD jusqu’au 15 septembre ou plus, et non seulement parce que ‘‘le Québec paie sa part pour l’armée’’ [comme l’a souligné François Legault], mais bien parce que c’est un besoin essentiel», estime Dave Blackburn.