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Vos questions sur la COVID-19

Quelques clarifications sur le confinement

Les modalités fines du confinement semblent avoir créé une certaine confusion parmi la population, à en juger par le grand volume de questions que nous recevons à ce sujet. Les gens dans X ou Y situation peuvent-ils sortir marcher ? Doit-on reporter ses rendez-vous médicaux ? Les grands-parents peuvent-ils garder leurs petits-enfants si personne n’a de symptômes ? Voici quelques clarifications, en vrac.

Q : «Certaines personnes soutiennent haut et fort que l’on devrait proscrire même la marche et la course dans des rues où les trottoirs seraient trop étroits pour respecter les règles de la distanciation de 2 mètres. D’autres vont jusqu’à prétendre que le virus circule dans l’air. Alors pouvons-nous sortir faire notre jogging sans risque d’être contaminés ou de contaminer les autres ?», demande David Valentine, de Montréal.

R : Oui, la marche et la course à l’extérieur sont permises pour les personnes qui ne sont pas en confinement obligatoire, me confirme-t-on à l’Institut de la santé publique du Québec (INSPQ). Il va sans dire qu’on ne peut pas le faire en grands groupes et que la règle des 2 mètres s’applique, quitte à marcher/courir une petite distance dans la rue. L’INSPQ recommande de se laver les mains en revenant.

Cependant, la marche, la course et toute sortie à l’extérieur sont strictement interdites pour les personnes qui ont des symptômes grippaux (toux, fièvre, éternuements), ceux qui ont la COVID-19 ou qui sont en attente de leur résultat de test et ceux qui reviennent de voyage. Ceux-là doivent respecter leur quarantaine de 14 jours et ne sortir «sous aucun prétexte», insiste-t-on à l’Institut.

Enfin, au sujet de la propagation du virus par la voie des air, voir cette réponse de la collègue Valérie Borde.

Q : «Faut-il remettre son examen médical annuel à cause de la pandémie ou peut-on s’y rendre comme d’habitude ?», demande Pierre Chartrand, d’Ottawa.

R : De manière générale, oui, tout rendez-vous non-urgent devrait être reporté, que ce soit chez le médecin, le dentiste, l’optométriste ou d’autres professionnels de la santé, répond l’INSPQ.

Maintenant, il y a bien sûr des consultations qui, sans être «urgentes» à proprement parler, sont difficilement reportables — par exemple les suivis de grossesse, les suivis de jeunes enfants de 0-2 ans et les problèmes de santé mentale. Les «télésoins» (par Skype ou d’autres applications du genre) et les consultations par téléphone devraient être priorisés, mais il arrive que cela ne soit pas possible, pour une raison ou pour une autre. La décision de maintenir le rendez-vous en personne doit être évaluée au cas par cas par le médecin et l’équipe soignante.

Q : «Est-ce que les grands-parents de moins de 70 ans peuvent garder un petit-enfant (moins de 2 ans) pour une ou deux nuits si personne ne revient de voyage et si ni l’enfant, ni les parents, ni les grands-parents ne présente de symptômes ? Bien évidemment, on observerait les règles de distanciation entre les adultes lors du transfert de l’enfant», demande Vincent Campbell Allaire, de Montréal.

R : Il est *recommandé* de ne pas entrer en contact rapproché — moins de 2 mètres, passer plusieurs jours ensemble — avec les gens qui ne vivent pas sous le même toit que nous, tous âges confondus, rappelle l’INSPQ. Contrairement au confinement de 14 jours pour les gens qui sont atteints de COVID-19 ou qui en sont soupçonnés (voir les catégories dans la première question), il s’agit-là d’une recommandation, pas d’une obligation légale. Mais quand même, il faut essayer de l’éviter autant que possible.

Si les grands-parents doivent vraiment garder, alors il faut idéalement qu’ils aient moins de 70 ans. Et l’on doit tenter de respecter les mesures de distanciation non seulement entre adultes lors du transfert de l’enfant, mais aussi avec le ou les enfants pendant la garde — même si, on s’entend, cela peut être très difficile. Tout le monde devrait se laver les mains régulièrement, de même que les surfaces et objets fréquemment touchés (jouets, poignées de porte, etc.).

Vos questions sur la COVID-19

Désinfecter les lieux publics?

« Lorsqu’on regarde les nouvelles internationales, nous voyons des travailleurs vaporiser des produits désinfectants dans les lieux publics. Je n’ai rien vu de tel au Québec. Est-ce efficace et, si oui, pourquoi ce n’est pas utilisé ici? », demande Linda Lefort, de Gatineau.

Les images de nuages de désinfectants vaporisés dans les rues dans plusieurs pays sont impressionnantes, mais la plupart des experts qui se sont prononcés à ce sujet pensent qu’il ne s’agit pas d’une bonne manière de lutter contre le virus. « Personnellement, je ne vois pas l’intérêt de faire une telle chose », estime Caroline Duchaine, professeure à l’Université Laval et spécialiste en aérovirologie, qui étudie la manière dont les virus se propagent. « Les gouvernements ont raison de mettre leur énergie ailleurs », ajoute l’expert en décontamination Christian L. Jacob, président de l’Association des microbiologistes du Québec.

On sait que le virus se propage à partir des gouttes de mucus que les personnes malades expulsent de leur corps lorsqu’elles toussent ou éternuent, qui peuvent se déposer jusqu’à une distance d’un mètre. Il peut rester plusieurs jours sur des surfaces, comme l’a montré une étude réalisée en laboratoire. Mais en extérieur, cependant, le virus a toutes les chances de devenir inactif beaucoup plus rapidement, à cause du soleil, du vent ou de la pluie. Il n’est pas équipé pour jouer dehors! « La charge virale qui subsiste dans l’environnement est sûrement négligeable », affirme Caroline Duchaine.

Par ailleurs, comme le virus ne voyage pas dans l’air, il faut qu’il ait un « chemin » fait de différents contacts à partir d’une surface contaminée pour qu’il puisse rejoindre le système respiratoire d’une personne et l’infecter. Or certains de ces chemins sont bien moins probables que d’autres. On ne met pas souvent les mains par terre dans la rue juste avant de se gratter le nez. Et comme l’a dit le Dr Arruda en conférence de presse, habituellement, on ne « liche » pas les bancs. 

En Chine et en Corée, les autorités ont, d’après les médias, vaporisé une solution diluée d’eau de Javel. Un déploiement bien impressionnant et possiblement rassurant pour la population, mais que même des experts chinois ont condamné. En résumé, procéder de cette manière est à peu près inutile, très inefficace, potentiellement toxique, et dangereux dans le contexte actuel. Inutile, puisque les probabilités d’attraper le virus dans l’environnement extérieur sont très minces, au-delà de la distance de 2 mètres à respecter vis-à-vis des autres personnes. Inefficace, car la vaporisation dans l’air n’est pas un bon moyen de désinfecter les surfaces : une bonne partie de la solution vaporisée s’évapore dans l’air et, pour nettoyer quelque chose, rien ne vaut le frottage. Toxique, car rejeter des quantités massives d’eau de Javel dans l’environnement peut avoir bien des impacts, sur le milieu naturel mais aussi sur la qualité de l’eau (au passage, le virus ne se propage pas par l’eau). Dangereux, surtout, car cela mobiliserait des équipements de protection à haut risque de pénurie, qu’on doit avant tout réserver au réseau de la santé où la charge virale est en certains endroits infiniment plus élevée que sur du mobilier urbain extérieur, et les risques de contamination beaucoup plus élevés. Sans équipements de protection, les travailleurs chargés du nettoyage extérieur s’exposeraient à des risques élevés de maladies respiratoires, et à de possibles intoxications. Quand bien même on croulerait sous le matériel de protection, il n’est pas dit que faire parcourir la ville à des travailleurs pour aller s’équiper et désinfecter du mobilier urbain serait au final plus bénéfique que de leur permettre de rester chez eux. 

L’Agence de santé publique du Canada a mis à jour le 23 mars ses consignes de nettoyage et désinfection des espaces publics. Ses recommandations visent les lieux intérieurs ainsi que les poignées de porte sur lesquelles beaucoup de gens déposent leurs mains au même endroit. Plusieurs villes ont aussi décidé d’elles-mêmes de condamner des bancs publics, en plus des terrains de jeux qui, eux, constituent un risque beaucoup plus élevé car ils sont faits pour être touchés et favorisent les contacts étroits.

Là où les bancs sont encore utilisables, rien ne vous empêche, si vous voulez vous y asseoir, d’y passer avant un linge avec du nettoyant ménager ou une lingette imbibée (à condition de ne pas la jeter par terre après!), ou de laver vos vêtements en rentrant si vous voulez minimiser vos risques. Évitez d’y mettre vos mains, tout comme sur les rambardes des escaliers, sauf dans des situations périlleuses (vous n’avez pas besoin de vous blesser en tombant ces jours-ci!). Mais surtout, la consigne numéro un reste inchangée : quoi que vous fassiez, lavez-vous les mains régulièrement.

Vos questions sur la COVID-19

Qu’arrive-t-il «après» l’assistance respiratoire?

Q «Y a-t-il une statistique sur le taux de survie des patients atteints de COVID-19 qui sont sous assistance respiratoire? Une fois qu’on est rendu là, est-ce que ça vaut la peine?» demande Sylvain Marcotte, de Québec. Pour sa part, Marie-Dominique Rouleau, elle aussi de Québec, se questionne sur ce qui vient après l’assistance respiratoire : «Qu’arrive-t-il aux poumons de ces patients? Sont-ils endommagés de façon permanente?»

R Il n’existe pas encore de vastes études sur la survie des patients atteints de la COVID-19 qui se rendent jusqu’aux soins intensifs et/ou qui ont besoin d’assistance respiratoire, puisque la maladie est encore très récente, indique Dr Patrick Archambault, intensiviste et chercheur spécialisé sur les maladies respiratoires du CHU de Québec. Les quelques données que l’on a montrent, comme on peut s’y attendre, des taux de mortalité très élevés pour les patients qui doivent être envoyés aux soins intensifs. Ainsi, une toute petite étude faite par une équipe de Seattle sur 21 patients dans un état critique a montré que 11 d’entre eux sont décédés [bit.ly/2wSpR7q]. Une autre étude chinoise, dit Dr Archambault, a rapporté 6 décès sur 36 patients aux soins intensifs, mais cet article-là a été publié alors que certains patients étaient toujours hospitalisés — ses données sont donc incomplètes.

«C’est sûr que ces chiffres-là peuvent avoir l’air épeurant, mais il faut les mettre en perspective», insiste Dr Archambault. Ils ne concernent que les patients les plus mal en point, des personnes en moyenne très âgées et souffrant souvent de plusieurs autres graves problèmes de santé, si bien que leur taux de mortalité est forcément beaucoup, beaucoup plus élevé que la moyenne. Il faut garder en tête que l’on parle d’une maladie, ici, qui ne donne que des symptômes bénins (voire pas de symptômes du tout) dans au moins 80 % des cas, et dont le taux de mortalité général semble pour l’instant être de l’ordre de 1 % — même s’il peut varier d’un pays à l’autre.

Maintenant, la question de savoir si cela «vaut la peine» appartient à chaque patient. Mais l’aide respiratoire elle-même n’endommage pas vraiment les poumons, dit Dr Archambault : «ce sont plus les séquelles musculaires qui peuvent durer chez certains patients. Quand on maintient quelqu’un intubé et alité pendant trois ou quatre semaines, tous les muscles vont s’atrophier et cela peut demander une réadaptation importante par la suite.»

Chez de jeunes patients, la récupération musculaire est généralement rapide, mais passé 75 ou 80 ans, le corps humain fait moins de muscles. «L’autonomie et la capacité de reprendre sa vie comme avant peuvent être fortement affectées chez cette population-là», dit Dr Archambault. Précisons que cela n’a rien de particulier à la COVID-19 : tous les patients qui restent alités longtemps, quelle qu’en soit la raison, voient leurs muscles s’atrophier.

Vos questions sur la COVID-19

Une dépouille peut-elle transmettre la COVID-19?

Q : «Est-ce qu’un mort peut transmettre la COVID-19?», s’interroge Thérèse Bouchard.

R : Oui, mais les risques sont très faibles d’être infecté de cette façon. D’ailleurs, jusqu’à présent, l’Organisation mondiale de la santé ne rapporte aucun cas d’infection à la suite de la manipulation du corps d’une personne décédée de la COVID-19.

Cependant, le virus peut survivre même après le décès de son hôte. Le risque de contamination, même s’il est jugé faible, existe comme le souligne Richard Côté, médecin-conseil à l’Institut national de la santé publique (INSPQ). «Après la mort, les particules virales peuvent survivre dans le sang, les selles et les tissus pendant des heures selon la température et la partie du corps concernée. Le sang ou les selles contaminés, par exemple, peuvent à leur tour souiller les surfaces ou les mains.»

Le plus grand risque pour les professionnels qui s’occupent d’une personne décédée, selon le médecin-conseil de l’INSPQ, serait de manipuler la dépouille de telle sorte que le thorax soit comprimé et expulserait ainsi des gouttelettes contaminées vers le professionnel lui-même, mais aussi vers d’autres personnes à proximité, s’il y en a.

C’est pour minimiser les risques d’exposition que l’INSPQ a publié le document Mesures de prévention et de protection pour les entreprises de services funéraires le 24 mars. Les interventions permises y sont réduites au maximum. On ne peut donc pas procéder, par exemple, à l’embaumement et à la toilette funéraire de la dépouille. La famille du défunt ne peut pas non plus avoir un contact direct avec la personne décédée.

À la Corporation des thanatologues du Québec, la directrice générale Annie Saint-Pierre souligne que des mesures de protection supplémentaires sont appliquées lors de la manipulation d’une dépouille dont le décès est attribué à la COVID-19, au même titre que d’autres maladies infectieuses.

Vos questions sur la COVID-19

Quand le vaccin arrivera, sera-t-il déjà «périmé»?

Q : «Comme le virus se reproduit avec grand succès à travers le monde, il doit nécessairement changer quelque peu par mutation au fil du temps. Se pourrait-il qu’une forme encore plus agressive apparaisse ? Si oui, est-ce qu’un vaccin découvert pour combattre le virus serait toujours efficace contre cette forme mutée ?», demande Pierre Hudon, de Knowlton.

R : Effectivement, tous les virus «mutent», c’est-à-dire que d’une génération à l’autre, leur matériel génétique change petit à petit, ce qui va modifier les protéines à leur surface. Comme les anticorps que notre système immunitaire «apprend» à fabriquer visent justement ces protéines-là, ils deviennent inefficaces si le virus mute trop.

À ce petit jeu, certains virus sont plus rapides que d’autres : une étude parue en 2010 dans le Journal of Virology a trouvé des taux de mutation variant par un facteur de 10 000 d’un type de virus à l’autre. Mais il n’y a pas que le taux de mutation qui compte : les protéines de certains virus deviennent facilement «dysfonctionnelles» à la moindre mutation alors que d’autres virus se montrent plus «tolérants» aux mutations. La variole, par exemple, mute à un rythme environ deux fois supérieur à l’influenza, mais elle tolère beaucoup moins bien ces mutations, qui la rendent incapable d’infecter des cellules. En bout de ligne, c’est donc toujours la même «version» de la variole qui perdure, et c’est pourquoi le vaccin contre la variole reste efficace pendant toute la vie contrairement à celui contre la grippe, qui doit être renouvelé annuellement.

En ce qui concerne le virus de la COVID-19, ce qu’on sait pour l’instant est qu’il est un «virus à ARN» (l’ARN est une forme de matériel génétique moins stable que l’ADN), indique Dr Guy Boivin, de la Chaire de recherche sur les virus émergents de l’Université Laval, ce qui signifie qu’il mute rapidement. Ce qui n’est évidemment pas une bonne nouvelle.

Mais d’un autre côté, ajoute son collègue de l’UQAC, le virologue Tarek Bouhali, «certaines cellules, comme celles des humains, sont munies d’une sorte de «système de révision» qui fait des corrections quand des erreurs sont commises lors de la copie du matériel génétique [ndlr : ce qui prévient les mutations jusqu’à un certain point]. Et le virus de la COVID-19 possède lui aussi cette capacité-là. C’est pour ça qu’on pense qu’il ne change pas beaucoup. Ça reste seulement une hypothèse pour l’instant parce que ce virus-là, on est encore en train de le découvrir. Mais jusqu’à maintenant, on n’a pas trouvé des grosses différences entre les souches du virus en Chine et celles qui circulent ailleurs dans le monde».

Voilà qui est plutôt encourageant. On ignore toutefois si la COVID-19 est un virus dont les protéines peuvent rester fonctionnelles malgré un certain degré de mutation, indique M. Bouhali. «Nous sommes en train d’apprendre», résume-t-il.

En outre, ajoute-t-il, il reste une autre inconnue dans tout ceci. «En ce moment, nous sommes presque tous «naïfs» face à ce virus [ndlr : très peu de gens ont une immunité]. Mais à mesure que des gens seront infectés et auront des anticorps, ils vont développer une immunité, et un éventuel vaccin aura le même genre d’effet. À partir du moment où il y aura une immunité populationnelle, peut-être qu’il y aura une sélection naturelle qui va s’exercer sur le virus.»

Voilà qui, dit M. Bouhali, pourra faire évoluer le virus. À l’heure actuelle, la COVID-19 peut nous infecter facilement puisque très peu de gens sont immunisés. Il a donc moins besoin d’avoir des caractéristiques particulières pour se reproduire, ce qui signifie que la pression de sélection est faible. Mais une sélection plus intense pourra éventuellement le faire changer.

Reste à voir si cela arrivera — et si tel est le cas, comment cela le fera évoluer.

Vos questions sur la COVID-19

Comment gérer les conflits?

Q : Plusieurs lecteurs nous ont écrit qu’ils sont en conflit avec leurs conjoints, leurs adolescents ou leurs parents sur les comportements à adopter face à la pandémie. Comment trouver un terrain d’entente?

R :  Promiscuité, exacerbation des problèmes préexistants et augmentation de l’anxiété : voilà le cocktail toxique qui met nos nerfs à dure épreuve et fait éclore des conflits dans les couples et les familles. La recherche a clairement démontré que ces trois facteurs, même pris individuellement, augmentent les risques de dispute et de séparation, et leur combinaison est particulièrement lourde à supporter. En Chine, le nombre de divorces aurait déjà grimpé en flèche après le confinement.

La promiscuité est en soi un facteur de conflit, même lorsque tout va bien et lorsqu’elle réunit des gens qui s’aiment. L’argent est, chez les riches comme chez les pauvres, une des principales sources de mésentente dans les couples, et celle qui provoque le plus de conflits pernicieux et difficiles à résoudre. L’explosion du chômage et la dégringolade de la Bourse augmentent évidemment les incertitudes financières et les tensions.

Contrairement à la peur que l’on manifeste face à une menace définie et bien réelle, l’anxiété est une réponse à une menace vague ou inconnue telle que celle que l’on vit avec la COVID-19. « L’anxiété a ceci de particulier qu’elle s’exprime de manières très différentes d’une personne à une autre », explique Geneviève Beaulieu-Pelletier, psychologue clinicienne et professeure associée à l’UQAM. Les manifestations de l’anxiété sont bien connues : on sait que certaines personnes vont se réfugier dans le déni, minimisant l’ampleur de la crise ou les risques, d’autres dans la colère, d’autres encore vont devenir fébriles en se lançant dans quantités de projets, d’autres encore vont s’inquiéter excessivement de risques pourtant jugés très minces par les spécialistes. Il n’y a pas de bonne ou de mauvaise manière de réagir, mais les différences de réaction d’une personne à l’autre peuvent créer des tensions.

Dans ce contexte, comment éviter les disputes quand un jeune veut continuer de voir ses amis ou son amoureux mais que ses parents ne veulent pas en entendre parler? Comment s’entendre sur le fonctionnement au quotidien quand l’un fait un métier à risque pendant que l’autre fait l’épicerie pour ses parents âgés? Pour minimiser les conflits, les psychologues préconisent des stratégies basées sur ce que l’on connait des relations interpersonnelles en temps de crise.

 « Il faut d’abord essayer de garder à l’esprit que la réaction de l’autre à ce qui se passe est aussi teintée par son anxiété. Faire preuve d’empathie aide à diminuer les tensions », explique Geneviève Beaulieu-Pelletier. Elle conseille ensuite de regarder ensemble les faits rapportés par des sources d’informations crédibles, pour ouvrir un espace de discussion sur des bases communes. « Enfin, chacun doit aussi essayer de nommer précisément ses angoisses pour être capable d’expliquer, à soi-même et à l’autre, ce qui l’inquiète vraiment, ce qui va aider à trouver un terrain d’entente », ajoute-t-elle. L’idée est de sortir de la spirale infernale du « et si telle ou telle chose se passait… » en se demandant plutôt « qu’est-ce qui me fait vraiment peur là-dedans ». Mettre son angoisse en mots suffit à la faire baisser.

La crise actuelle est particulièrement difficile pour les adolescents, insistent les psychologues, qui préconisent de miser sur la responsabilisation. « À cet âge, comme on l’a vu récemment avec les manifestations pour le climat, les jeunes ont une grande capacité à se mobiliser. Il faut les aider à comprendre qu’en restant chacun chez soi, loin de ses amis ou de son amoureux pour une période qui ne durera qu’un temps, ils agissent en personnes responsables qui aident à dénouer la crise », dit Geneviève Beaulieu-Pelletier. Le message à passer : vous êtes ensemble, chacun chez vous, même si c’est ennuyeux et difficile, mais ce faisant, vous agissez. La chercheure a aussi produit, avec un de ses collègues, un guide pour aider les parents à expliquer la COVID-19 aux enfants en tenant compte de ses impacts psychologiques. 

Plus les semaines passent, plus malheureusement la détresse va augmenter, et plus il sera difficile de modifier les comportements familiaux. « C’est le moment, maintenant, de dire nos besoins aux autres, de revoir nos priorités ensemble, et de se construire de nouveaux repères», indique Geneviève Beaulieu-Pelletier. Se bâtir une nouvelle routine familiale va beaucoup aider à affronter les temps difficiles, mais ce n’est pas le moment d’appliquer des consignes strictes, au-delà de celles imposées par les autorités de santé publiques, car tout le monde a besoin de flexibilité.

Idéalement, chacun doit pouvoir compter sur un espace qui lui appartient et sur du temps qu’il peut passer seul. Puis ajouter à la nouvelle routine certaines des activités dont on sait qu’elles contribuent à diminuer l’anxiété: faire de l’exercice, être en contact avec la nature, faire de la relaxation, garder un temps pour les activités qu’on aime et qu’on peut toujours faire… En règle générale, agir fait baisser les tensions.

« Et puis, surtout, n’hésitez jamais à aller chercher de l’aide, car il y a de multiples ressources, même à distance », insiste Geneviève Beaulieu-Pelletier. L’Ordre des psychologues du Québec peut vous orienter, tout comme votre CLSC. Les lignes Tel-Aide (pour tous), Tel-Jeunes, Ligne-Parents, Tel-Écoute, Tel-Ainés, SOS Violence conjugale sont aussi là pour nous. Même si plusieurs de ces services sont débordés, cela vaut toujours la peine de s’essayer, car leur capacité d’intervention pourrait être accrues grâce aux aides gouvernementales et privées. 

Pour aller plus loin et comprendre les enjeux de santé mentale posés par la COVID-19, on peut aussi explorer les documents réunis par l’Ordre des psychologues du Québec et l’Association canadienne pour la santé mentale.

Vos questions sur la COVID-19

La vitamine C peut-elle aider?

Q: «On nous a enseigné depuis longtemps que la vitamine C constituait un bon moyen de maintenir notre système immunitaire alerte et efficace. Pourtant, personne ne semble en parler actuellement. Comment expliquer cela?» demande Bertrand Bouchard, de Québec.

R: Pour prévenir la COVID-19, il ne sert à rien d’augmenter vos apports en vitamine C ou de prendre des suppléments, à moins de faire partie de la toute petite minorité de gens qui en consomment moins que les recommandations nutritionnelles. Si vous attrapez le virus, la vitamine C ne vous aidera probablement pas à vous en débarrasser. Et même les malades aux soins intensifs à qui certains médecins injectent des doses massives de vitamine C ont bien peu de chances d’être sauvés de cette manière. 

Au Canada, moins de 3 % de la population a une carence en vitamine C, selon la dernière analyse de Statistique Canada. Si vous ne mangez jamais de fruits et légumes crus, ne buvez ni jus ni même de boissons à saveur de fruits et si vous fumez, alors peut-être faites-vous partie de cette petite minorité. Sinon, vous n’avez pas besoin de suppléments! La quantité de vitamine C que vous tenez de votre alimentation habituelle est parfaite pour votre système immunitaire. Même les gens âgés ne manquent pas plus de vitamine C que les jeunes.

Le système immunitaire n’est pas un muscle qu’on peut entraîner, mais un système ultracomplexe qui fait travailler ensemble de multiples cellules et molécules à l’intérieur de notre corps. Rien ne peut le «booster» : ni la vitamine C, ni le jeûne, ni quoi que ce soit d’autre. Les gens qui ont un système immunitaire qui réagit plus fortement aux infections ne sont pas avantagés : ils ont au contraire plus souvent des maladies inflammatoires et auto-immunes, liées justement au fait que leur système immunitaire est trop réactif. 

Certes, la vitamine C, comme de nombreux autres nutriments, est mobilisée par le système immunitaire lorsqu’il combat une infection. Mais en prendre plus ne dope pas la réponse immunitaire. Prendre des doses massives de vitamine C ne change d’ailleurs pas grand-chose aux quantités que le corps retient et utilise. Au-delà d’un gramme par jour, au moins la moitié de la vitamine C ingérée est évacuée directement par l’urine! Quand bien même vous auriez plus de vitamine C dans le corps, cela ne veut pas dire que votre système immunitaire fonctionnerait mieux.

De multiples études ont été menées sur l’effet des suppléments de vitamine C sur le rhume. Leur compilation par la collaboration Cochrane, une coalition internationale de scientifiques qui réalise des méta-analyses de toutes les études déjà publiées, a montré que la supplémentation ne diminue pas le risque d’attraper cette infection. Certaines études ont trouvé que la vitamine C pouvait diminuer la durée (et non l’intensité) des symptômes, mais d’autres n’ont vu aucun effet curatif. On n’a pas non plus de preuve que la vitamine C réduirait le risque de pneumonie, selon une autre méta-analyse de la collaboration Cochrane

L’idée que la vitamine C puisse aider à lutter contre le rhume et même contre les cancers a été lancée par le chimiste américain Linus Pauling dans les années 70. Prix Nobel de chimie en 1954 pour ses découvertes sur la nature des liaisons chimiques entre les atomes, Pauling s’est ensuite improvisé clinicien et a réalisé plusieurs études sur la vitamine C qu’il a réussi à publier en jouant de son aura de Prix Nobel. Ses prétentions ont rapidement été contredites, car ses études étaient très mal faites et ne prouvaient strictement rien.

Mais l’idée était lancée, et les fabricants et vendeurs de suppléments et de jus se sont jetés dessus comme la misère sur le pauvre monde, flairant la bonne aubaine. La vitamine C, c’est très facile à fabriquer, et très payant! Beaucoup, beaucoup de gens se sont fait avoir par leurs prétentions répétées ad nauseam.

De multiples études sur la vitamine C ont été publiées depuis, mais les résultats se suivent et se ressemblent : dès lors que les études deviennent assez crédibles pour fournir des preuves solides, elles ne trouvent pas d’effet bénéfique à la vitamine C autre que pour la guérison du scorbut – la maladie causée par une carence en vitamine C. Ni les infections, ni les maladies cardiovasculaires, ni les cancers ne peuvent être prévenus par la vitamine C. 

Aucune étude ne permet de penser que la vitamine C pourrait prévenir la COVID-19. Mais pourrait-elle aider à guérir les malades? 

En Chine, quelques médecins ont donné des doses massives de vitamine C à des malades de la COVID-19 dans un état critique. C’est maintenant au tour de médecins new-yorkais d’essayer. Mais dans les faits, aucune étude, même anecdotique, n’a rapporté de bénéfice à ce genre de traitement. Trouver que quelques malades se sont sentis mieux après ces injections ne prouve strictement rien, puisque l’amélioration de leur état de santé pourrait être liée à tout autre chose.

En février, des chercheurs chinois ont lancé un essai clinique sur les injections massives de vitamine C aux personnes en soins intensifs, essai dont les vendeurs et adeptes de la vitamine C se sont aussitôt fait l’écho. La rumeur a même couru que l’État de Shanghai avait rendu ce traitement obligatoire, ce qui est absolument faux! Lancer un essai clinique ne prouve pas que ce soit une piste particulièrement intéressante, surtout dans le contexte actuel ou des dizaines d’essais sur des médicaments et des produits naturels se sont mis en branle dans les dernières semaines, car le financement ne manque pas. Tant que les résultats n’ont pas été publiés, cela n’indique rien.

Si on se fie à une étude publiée en octobre dernier, les chances que cela fonctionne semblent même bien minces. Pour cette étude publiée dans le Journal of the American Medical Association, des chercheurs ont analysé les effets de l’injection de vitamine C à des patients en état de choc septique ou de détresse respiratoire aiguë, hospitalisés en soins intensifs dans sept hôpitaux américains. Aucun des 167 patients qui ont participé à l’étude n’était atteint de la COVID-19 puisque les analyses ont été menées entre 2014 et 2017, mais ils avaient le même genre de problèmes que ceux qui sont aujourd’hui frappés par le coronavirus. Du point de vue scientifique, c’est une expérience solide, puisqu’il s’agit d’une étude contre placébo, randomisée et en double aveugle. Résultat? L’injection de vitamine C n’a eu aucun effet. 

Vos questions sur la COVID-19

Si le SRAS est disparu en 2003, pourquoi pas la COVID-19?

Q: «Comment explique-t-on la disparition soudaine du SRAS en 2003 et pourquoi cela ne se produit-il pas avec la COVID-19? Il y a t-il une différence notable entre ces deux souches qui explique cela?» demande Guillaume Lemieux, de Québec.

R: On entend souvent dire que le syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS) qui a infecté 8000 personnes en 2002-2003, dont près de 800 sont décédées, est un proche parent de la COVID-19 — à raison d’ailleurs, comme l’ont montré des analyses génétiques. Alors en effet : comment diable a-t-on pu venir à bout du SRAS (aucun cas depuis 2003) avec des mesures de quarantaines localisées alors que la COVID-19 se propage malgré la quasi paralysie planétaire actuelle?

C’est que malgré leur parenté, ces deux virus ont des caractéristiques très différentes. D’abord, le SRAS avait tendance à infecter le bas des voies respiratoires alors que la COVID-19 reste dans le haut, ce qui la rend plus facilement transmissible. À cet égard, le fameux «R0» (le nombre moyen de personnes qu’un patient va infecter) de la COVID-19 semble pour l’instant être dans les mêmes eaux que celui du SRAS, soit entre 2 et 3 nouvelles infections par personne atteinte. Cependant, il y a fort à parier que les chiffres actuellement disponibles sous-estiment la contagiosité de la COVID-19, avertit Dr Guy Boivin, titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur les virus émergents à l’Université Laval.

Les données «officielles» ne tiennent compte que des cas «confirmés en laboratoire», mais on sait qu’un grand nombre de cas sont passés inaperçus parce que chez bien des gens, le coronavirus n’a donné qu’un «petit rhume», pour ainsi dire. Une étude parue récemment dans Science a conclu que dans la ville chinoise de Wuhan avant sa mise en quarantaine le 23 janvier, seulement 1 cas sur 7 a été détecté. D’autres travaux encore non publiés, donc à considérer avec prudence, avancent le chiffre de 1 sur 4 dans la province chinoise de Hubei (où se trouve Wuhan, d’où est partie l’épidémie) en date du 11 février.

Il faudra de grandes études sérologiques, qui détectent les anticorps chez ceux qui ont été exposés à la COVID-19, pour savoir combien de gens exactement l’ont eu, dit Dr Boivin. (Ce qui fera également diminuer les taux de mortalité, mais c’est une autre histoire.)

Ce qu’on sait pour l’instant suggère que la COVID-19 est plus transmissible que le SRAS, confirme son collègue de l’UQAC, le virologue Tarek Bouhali : «Le problème avec ce nouveau virus-là, c’est qu’il se fixe dans le haut des voies respiratoires, c’est pour ça qu’il est si infectieux [...alors que] le SRAS, lui, descendait plus profondément dans les poumons.»

En outre, comme ce dernier était beaucoup plus virulent, il y avait beaucoup moins de cas qui risquaient de passer inaperçus. «La plupart des patients [atteints du SRAS] développent une pneumonie», lit-on sur le site de la santé publique américaine, et autour de 10 % en meurt. Par comparaison, au bas mot 80 % des gens qui contractent le coronavirus n’ont que des symptômes bénins, voire pas de symptômes du tout.

Sans compter, ajoute DBoivin, que «pour le SRAS, il n’y avait pas d’excrétion virale avant le début des symptômes alors qu’il semble y en avoir pour la COVID-19, ce qui complique les mesures de la santé publique». Mine de rien, cela fait potentiellement beaucoup de monde qui peuvent être des vecteurs de la maladie sans le savoir — beaucoup plus que dans le cas du SRAS, en tout cas.

Voilà pourquoi un de ces deux virus a pu être complètement endigué alors que l’autre court toujours, et possiblement pour longtemps...

Vos questions sur la COVID-19

De quoi meurent les gens happés par le coronavirus?

Q: «J’aimerais savoir précisément de quoi meurent les gens qui décèdent des suites du coronavirus. Comme c’est le cas parfois pour d’autres virus, se peut-il que celui-ci entraîne des complications, comme par exemple la pneumonie, lesquelles entraînent la mort chez les personnes affaiblies. Est-ce effectivement le cas ? Est-ce la même cause (par exemple, la pneumonie) pour tous les décès ou cela peut-il être différent selon la situation de la personne?» demande François Lefebvre, de Québec.

Rappelons d’abord que 80 % des personnes atteintes de la COVID-19 ont des symptômes légers. Pour le reste des malades, ce sont les complications pulmonaires qui surviennent en premier et nécessitent parfois une hospitalisation. Environ 5 % à 10 % des malades ont besoin de soins intensifs et d’une assistance respiratoire.

Lorsque le virus entre dans les cellules, il les «pirate» pour leur faire produire et assembler des copies de virus. Chaque cellule peut produire des millions de ces nouveaux «virions» avant d’éclater et de mourir. La destruction des cellules qui tapissent les voies respiratoires rend la respiration plus difficile. Les débris cellulaires et les fluides s’accumulent et un syndrome de détresse respiratoire aigu peut survenir. C’est la première chose.

Mais ce n’est pas tout. Cette destruction déclenche une réaction immunitaire locale, qui a elle-même des effets collatéraux et peut aggraver les symptômes.

En particulier, les cellules immunitaires activées relâchent de grandes quantités de cytokines, des substances qui jouent de nombreux rôles dans la défense contre une infection (il existe une cinquantaine de cytokines). Certaines «attirent» les renforts de globules blancs sur le site de l’infection, d’autres activent les macrophages (des cellules responsables du «nettoyage» des intrus et débris), d’autres encore inhibent la réplication des virus, etc. Si le «dosage» est mal contrôlé, le déferlement dans les poumons de cellules immunitaires elles-mêmes suractivées aggrave les choses.

C’est probablement cette hyperinflammation qui a tué beaucoup de malades atteints de la grippe espagnole, et elle est aussi observée dans les cas graves de COVID-19. On parle de «tempête de cytokines» ou d’orage cytokinique.

Pire, l’inflammation peut se propager à tout l’organisme. Peuvent s’ensuivre une septicémie voire un choc septique, qui sont associés à une mortalité élevée. Il s’agit de complications liées à une réaction inflammatoire qui devient systémique en réponse à l’infection (plutôt que d’être localisée aux poumons). Ce syndrome entraîne une baisse de l’oxygénation des différents organes, et peut provoquer une insuffisance rénale, des troubles hépatiques, et une hypotension artérielle très graves.

Les quelques études détaillant les causes de la mort des malades atteints de COVID-19 indiquent justement que le coronavirus peut jouer sur tous ces tableaux.

Une étude parue dans The Lancet et portant sur 54 décès à Wuhan rapporte que la septicémie était la complication la plus fréquente, suivie d’une détresse respiratoire, d’une insuffisance cardiaque et d’un choc septique. La surinfection était également très fréquente (50 % des cas).

Selon la même étude, les complications cardiaques (insuffisance cardiaque, arythmie, infarctus du myocarde) étaient aussi plus fréquentes chez les patients ayant une pneumonie grave et 3 % des patients n’ayant pas survécu ont fait un arrêt cardiaque.

Pourquoi certaines personnes ont des symptômes graves et pas d’autres? Hormis l’âge et l’existence de comorbidités, des facteurs génétiques pourraient expliquer pourquoi la réponse immunitaire est disproportionnée chez certaines personnes. Des variations individuelles dans le gène du récepteur ACE2, la «porte» par laquelle le virus pénètre dans les cellules, pourraient par exemple expliquer pourquoi certaines personnes sont plus vulnérables, pensent les chercheurs.

Monde

Manger à l’ère du coronavirus: la sécurité alimentaire mondiale en question

PARIS — Perturbations des marchés des denrées agricoles, manque de bras dans les champs, protection déficiente des salariés de l’agroalimentaire face au coronavirus : dans un rare communiqué commun, les dirigeants des trois organisations multilatérales chargées de l’alimentation, de la santé, et du commerce, FAO, OMS et OMC, mettent en garde contre un risque de crise alimentaire mondiale.


Si certains pays exportateurs de céréales de base étaient tentés de retenir leurs récoltes par crainte de manquer ou pour faire baisser les prix, d’autres, plus fragiles, à l’autre bout de la chaîne alimentaire mondialisée, risquent de traverser des pénuries graves, préviennent les trois organisations.

«Les incertitudes liées à la disponibilité de nourriture peuvent déclencher une vague de restrictions à l’exportation», provoquant elle-même «une pénurie sur le marché mondial», soulignent le Chinois Qu Dongyu, qui dirige l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), l’Éthiopien Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur général de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et le Brésilien Roberto Azevedo, dirigeant de l’Organisation mondiale du commerce (OMC).

Selon eux, il est «important» d’assurer les échanges commerciaux, «afin d’éviter des pénuries alimentaires» notamment dans les pays les plus pauvres.

Peut-être visée par cet avertissement, la Russie, premier exportateur mondial de blé, dont le ministre de l’Économie et celui de l’Agriculture ont défendu en début de semaine un projet de limiter les exportations russes de céréales à 7 millions de tonnes entre avril et juin, ont indiqué à l’AFP plusieurs cabinets de courtage sur le marché européen du blé.

Mercredi, dans l’attente de l’approbation par le gouvernement de cette proposition, la Russie a décidé de vendre un million de tonnes de blé issu de ses propres stocks de réserve sur son marché domestique pour limiter la hausse de ses prix intérieurs, rapportait le cabinet Agritel mercredi matin. De quoi faire redescendre la pression.

Pour les experts de la FAO, l’agence onusienne chargée de l’agriculture et de l’alimentation, les «restrictions à l’exportation» débouchent parfois sur des famines dans d’autres coins du globe.

Vos questions sur la COVID-19

Le rince-bouche peut-il tuer la COVID-19?

Q: «J’ai lu que le virus pouvait rester en surface des tissus jusqu’à trois heures avant de s’y infiltrer. Alors est-ce que ce serait donc une bonne idée de se rincer la gorge avec un produit assez fort pour tenter de les tuer, comme du Listerine ou un autre gargarisant? Est-ce que ça peut réduire le risque d’infection?» demande Jacques Sauvé, de Gatineau.

R: Non, cela n’aide pas.

Il existe plusieurs sortes de rince-bouche, et tous n’ont pas des propriétés antimicrobiennes. Mais certains contiennent bel et bien des ingrédients qui tuent les germes — les fabricants n’ont d’ailleurs pas le droit d’inscrire de telles prétentions sans raison sur les emballages. Et l’on peut trouver facilement de nombreuses études qui prouvent que ces produits détruisent non seulement les bactéries comme celles qui donnent la mauvaise haleine, mais aussi des virus. Pour tout dire, une étude parue en 2018 dans Infectious Diseases and Therapy a même trouvé que certains rince-bouche semblent efficaces contre des coronavirus dans des tests en éprouvettes.

Cependant, pour tuer des virus le rince-bouche doit entrer en contact direct avec eux. Or le coronavirus se reproduit surtout dans les voies nasales et les voies respiratoires jusque dans les poumons, soit des endroits qui sont hors d’atteinte pour tout gargarisme. Et même si on parvenait à rendre le rince-bouche jusque là (ce qui serait probablement très désagréable, dans le meilleur des cas), une partie des virus se trouve à l’intérieur des cellules et ne seraient donc pas affectés.

Alors il est possible que des rince-bouche tuent les coronavirus qu’ils «croisent» dans la bouche et la gorge, mais c’est largement insuffisant pour combattre la COVID-19. En fait, a indiqué l’Organisation mondiale de la santé dans une récente série de «mythes à déboulonner», même avec des produits beaucoup plus forts (et dangereux pour les muqueuses) que des rince-bouche comme l’eau de Javel, se gargariser ne donne rien.

Vos questions sur la COVID-19

Attraper la COVID-19 dans l’air?

Plusieurs lecteurs s’inquiètent d’attraper le virus dans l’air, parce qu’il leur arrive de croiser des gens à moins de deux mètres de distance, ou que l’échangeur d’air des voisins diffuse vers chez eux. Alors qu’est-ce qui est sécuritaire?

Respirez un bon coup, on vous explique tout ça! Pour toutes les infections respiratoires comme la COVID-19, l’influenza ou la tuberculose, c’est dans les parties infectées du corps des malades —la gorge ou les poumons, par exemple — que l’on retrouve les plus grandes concentrations du micro-organisme qui cause la maladie, car c’est là qu’il se reproduit. Comme le corps se défend, il cherche à l’en expulser par diverses sécrétions : toux, éternuement, crachat, vomi… tout cela contient l’agent infectieux en quantité, et est donc susceptible de transmettre la maladie à une autre personne.

Toux et éternuements propagent un cocktail de particules dans l’air, qu’on classe en deux grandes catégories en fonction de leur taille. Les «grosses» gouttelettes de mucus, dont le diamètre dépasse la dizaine de micromètres, sont assez lourdes pour tomber au sol ou sur les objets environnants peu après avoir été expulsées. Selon l’Organisation mondiale de la santé, qui a compilé les études sur les modes de transmission des maladies respiratoires, les gouttelettes ne sont pas diffusées à plus d’un mètre de la personne qui tousse ou éternue.

Les plus petites particules, elles, restent en suspension dans l’air où elles forment des aérosols – littéralement, un mélange dans l’air. «Sitôt vaporisées dans l’air, qui est bien plus sec que l’intérieur de notre corps, ces particules se dessèchent et forment ce que l’on appelle des noyaux de gouttelettes», explique Caroline Duchaine, directrice du laboratoire de recherche sur les bioaérosols à l’Institut universitaire de cardiologie et de pneumologie de Québec. Les microorganismes survivent mal sans eau et seule une toute petite proportion des virus restent actifs dans ces bioaérosols, qui peuvent voyager sur de grandes distances, puisqu’ils restent dans l’air.

«On pourrait croire intuitivement que des maladies respiratoires hautement infectieuses voyagent facilement par la voie des airs, mais ce n’est vraiment pas le cas», insiste Caroline Duchaine. Parmi ces maladies, certaines se propagent presque exclusivement par les gouttelettes, d’autres, comme la légionellose ou la tuberculose, forment des aérosols suffisamment stables pour pouvoir transmettre l’agent infectieux.

Plusieurs études ont déjà établi que la COVID-19, comme l’influenza, est d’abord et avant tout transmise par les gouttelettes, même si des cas de transmission par des aérosols ne sont pas exclus. Les preuves sont déjà assez solides et résultent de deux types d’études.

D’une part, certains chercheurs ont regardé de grands groupes de malades et analysé par des études épidémiologiques comment le virus se propage dans la population. Une compilation réalisée début mars par l’OMS en Chine sur 75 465 patients n’a pas trouvé de preuve que l’épidémie ait pu se propager par des aérosols.

D’autre part, plusieurs équipes de chercheurs ont analysé l’air dans les chambres de malades pour voir si on pouvait y retrouver des aérosols contenant le virus. À Singapour, par exemple, des chercheurs ont recherché des traces de l’ARN du virus dans l’air et sur les surfaces des chambres où étaient isolées trois personnes infectées ainsi que sur le matériel médical utilisé pour les soigner et sur le sol de la chambre et de l’antichambre. Ils n’ont retrouvé aucune trace du virus dans l’air, alors qu’il était bien présent sur les surfaces fréquemment touchées par les malades, y compris sur la cuvette des toilettes. La désinfection avec des produits courants a toutefois suffi à éliminer le virus des surfaces. D’autres chercheurs de Hong Kong sont arrivés aux mêmes conclusions.

S’il n’y a pas de traces du virus dans l’air de la chambre d’un malade en confinement, il y a vraiment très très peu de chances qu’il y en ait ailleurs. «On ne peut pas exclure complètement qu’il puisse y avoir une transmission du virus par des aérosols, par exemple dans un avion ou via un échangeur d’air dans un immeuble, mais je crois que vous avez largement plus de chances de gagner à la 6/49 que d’attraper le virus de cette manière!» indique Caroline Duchaine. Si vous avez peur que l’air de chez vous soit contaminé, vous pouvez aussi aérer régulièrement, ce qui vous permettra en outre de garder une bonne qualité de l’air intérieur.

Pour plus de sécurité, et parce que ce n’est pas une grande contrainte supplémentaire, le Québec a décidé d’imposer une distance de 2 mètres entre les individus, qui nous donne de meilleures chances de couper rapidement court à toute contagion par les gouttelettes, et à nous éloigner des sources potentielles d’aérosols. Il faut respecter cette consigne, que Caroline Duchaine trouve justifiée. Si vous êtes malade ou à risque parce que vous rentrez de voyage, restez chez vous, c’est la loi. Mais si vous êtes en santé et qu’il vous arrive quelquefois de croiser dans la rue quelqu’un d’un peu plus près, ne paniquez pas! Un temps de contact très court, et le fait que les malades ne sont pas censés sortir de chez eux, font que le risque que vous courez est minime. Évitez autant que possible les lieux les plus achalandés, et bonne promenade!

Affaires

Prix du carburant: peut-on connaître d’autres baisses?

Depuis quelque temps, le prix de l’essence au litre a chuté dramatiquement pour se situer bien en deçà du dollar. Est-ce une situation qui perdurera ou est-ce que le prix continuera à dégringoler?

Selon le Relevé quotidien des prix de l’essence ordinaire de la Régie de l’Énergie du Québec, le prix moyen du litre d’essence ordinaire se situe entre 81 ¢ et 84 ¢ dans la région de la Capitale-Nationale et en Estrie, à environ 74 ¢ au Saguenay, à 79 ¢ dans la Côte-Nord, à 86 ¢ en Mauricie et entre 81 ¢ et 86 ¢ en Outaouais. Des prix jamais vus depuis 2003.

De plus, ces prix sont les prix «officiels» de la Régie de l’Énergie. Il est probable que les pompes à essence affichent un prix plus bas. À Québec, sur le boulevard Hamel près du centre commercial Fleur de Lys, le poste d’essence Petro-Canada affichait 80,4 ¢ le litre d’essence ordinaire, la station Ultramar voisine, 80,9 ¢.

«Il s’agit d’une situation extrêmement volatile», explique Carol Montreuil, vice-président pour l’Est du Canada de l’Association canadienne des carburants (ACC). «Ça peut descendre aussi bas qu’à la fin de 1999, où le prix de l’essence ordinaire était à moins de 60 ¢ le litre! Personne n’a de boule de cristal», ajoute-t-il.

Le plus ironique dans tout cela, c’est que cette dégringolade généralisée du coût du carburant survient au moment où tout le monde (ou presque) est forcé à demeurer chez soi. En plus de la guerre de prix entre l’Arabie Saoudite et la Russie, qui a causé la récente chute du prix du brut, la baisse de demande causée par les mesures de confinement obligatoire a fait tomber le prix des carburants fossiles.

«Ça, on ignore quand ça va arrêter. Est-ce que les mesures de confinement vont durer deux mois? Six mois? On ne le sait pas. On ne sait pas non plus lorsque les gens pourront sortir à nouveau de chez eux s’il y aura une explosion de la demande. Est-ce que la période des vacances causera une hausse de la demande? On espère atteindre quand même le point d’équilibre assez rapidement», plaide M. Montreuil.

Le porte-parole de l’ACC souligne que l’aviation a pratiquement réduit à néant son trafic. Les mouvements des véhicules de particuliers se situent sous la moitié d’avant la crise de la COVID-19. «Il y a juste le diesel qui n’a pas connu de baisse de demande, à peu près 20 à 25 % de moins, car les compagnies de camionnage continuent malgré tout de transporter des denrées», analyse-t-il. «Cela devient un cauchemar logistique, notamment pour les raffineries.»

M. Montreuil s’inquiète notamment de la surproduction dans les raffineries et surtout quand devront-elles ralentir la cadence, voire stopper la production de carburant. «La question est : quelles raffineries devront fermer? Il y en a eu une qui a été mise en veille à Terre-Neuve-et-Labrador récemment. Ces usines-là doivent fonctionner minimalement à 50 ou 55 % de leur capacité. Sinon, elles doivent s’arrêter si ça descend en bas de ce seuil. Et quand une raffinerie ferme, elle ne risque pas de repartir ensuite.»

Vos questions sur la COVID-19

Les tests de COVID-19 «échappent»-ils des cas?

Q: «Est-ce que le test sur la COVID-19 est fiable à 100% ? Est-ce qu’une personne peut l’avoir et le test ne pas le révéler?» demande Jean Côté, de Saguenay.

R: Les tests utilisés «cherchent» le matériel génétique du virus dans des secrétions prélevées dans le nez et la gorge, grâce à une technique nommée PCR, pour polymerase chain reaction, qui amplifie le matériel génétique afin d’en faciliter la détection et l’analyse. Il s’agit d’une technologie qui remonte aux années 1980, qui est largement utilisée pour la détection de nombreux virus et qui est considérée comme très fiable de manière générale, même s’il peut toujours y avoir un certain degré d’inconnu quand on l’applique à un nouveau pathogène.

«Comme dans tous les tests, il peut quand même y avoir des faux négatifs [ndlr : des tests qui disent que le virus n’est pas là alors qu’il l’est], si le spécimen est mal prélevé, par exemple, dit Dre Judith Fafard, médecin-conseil et microbiologiste-infectiologue au Laboratoire de santé publique du Québec. Il peut aussi arriver que la quantité de virus soit trop faible pour être détectée si les gens consultent très tôt ou très tard dans la maladie.»

Cependant, tout indique que c’est très rare. Quand un test revient négatif chez un patient que l’on soupçonne fort d’avoir la COVID-19 (quand on sait qu’il a des proches infectés, par exemple), le personnel soignant demande souvent un second test, histoire d’être sûr que l’on n’a pas affaire à un faux négatif. Or quand je lui ai parlé la semaine dernière, Dre Fafard disait qu’«on a presque 300 cas comme ça pour qui on a répété le test, et un seul s’est avéré positif. Quand on est retourné voir ce patient-là, il s’agissait d’une personne qui avait été testée moins de 12 heures après l’apparition des symptômes».

Vos questions sur la COVID-19

L’immunité collective peut-elle nous protéger?

Q: «Pourquoi la Suède adopte-t-elle une conduite différente de la nôtre alors qu’il y a un nombre plus élevé de cas pour une population qui ressemble à celle du Québec?» demande Suzanne Dionne, Lac Brome.

R: La Suède, comme quelques autres pays, n’a pas encore confiné sa population, même si elle multiplie les restrictions jour après jour. Le premier ministre Stefan Löfven pense encore le pays capable de faire face à l’afflux de malades (2275 cas confirmés et 36 morts en date du 25 mars), mais il est critiqué de toutes parts, y compris par ses propres autorités de santé publique. Les experts pensent plutôt que seul le confinement rigoureux va «aplatir la courbe» et éviter des millions de morts.

Le bruit court que le gouvernement suédois laisse libre cours au virus en espérant en venir à bout grâce au phénomène de l’immunité collective, qui fait en sorte qu’un virus ne peut plus engendrer d’épidémie. Voilà comment ça fonctionne et pourquoi, dans l’état actuel de nos connaissances sur la COVID-19, une telle stratégie est extrêmement risquée.

Quand quelqu’un attrape un virus, comme le coronavirus SARS-CoV-2 qui donne la COVID-19, ce sont ses globules blancs qui s’y attaquent. Certains participent à la réaction immunitaire innée, une sorte de guérilla tous azimuts contre l’ennemi, qui vise à détruire le virus en le découpant en petits bouts. Cette réponse inflammatoire donne les symptômes de l’infection : fièvre, douleur, enflure des tissus touchés, sécrétion de liquide, etc. L’infection déclenche aussi la réponse immunitaire adaptative : d’autres globules blancs se mettent à fabriquer des anticorps, des molécules qui ciblent spécifiquement le virus et l’attaquent de manière encore plus agressive. Un troisième bataillon de globules blancs va, lui, se charger d’emmagasiner cette réponse en mémoire, de manière à pouvoir la déployer illico si le micro-organisme pointe à nouveau son nez.

Si le système immunitaire remporte sa bataille, la personne devient alors immunisée, pour un certain temps et avec une certaine efficacité dépendamment des virus. Un vaccin déclenche le même processus de mémorisation de la menace, avec un gros avantage : il ne rend pas malade.

On ne sait pas pour combien de temps, ni à quel point, les personnes qui ont déjà eu la COVID-19 sont immunisées, pour une raison très simple : on ne sait pas encore doser leurs anticorps! N’oublions pas que le virus est nouveau, et qu’on ne comprend pas encore tous les détails de la réponse immunitaire qu’il provoque. Impossible donc de savoir, pour l’instant, si les gens qui ont déjà eu la COVID-19 peuvent l’avoir une deuxième fois, ni quand cela pourrait leur arriver, ni avec quels symptômes.

Si le nombre de gens vraiment immunisés augmentait dans la population, le virus pourrait – peut-être – finir par avoir de la difficulté à se propager. Au-delà d’un certain seuil, il pourrait donc ne plus trouver assez d’hôtes pour causer une épidémie. La population serait alors protégée par cette immunité collective : même les individus qui n’ont pas d’anticorps seraient à l’abri, car le virus ne circulerait plus.

Le seuil d’immunité collective n’est pas le même pour toutes les maladies virales. Il dépend entre autres du taux de reproduction de base du virus, qu’on appelle le R0, qui indique le nombre moyen de personnes qu’un individu infecté contamine. Pour l’instant, on estime que le RO de la COVID-19 est quelque part entre 2 et 3.

Pour la rougeole, une maladie ultracontagieuse avec un R0 situé entre 12 et 18, le seuil d’immunité collective est estimé à 85 %, un pourcentage qu’on essaye de maintenir grâce à la vaccination. Pour la COVID-19, le seuil d’immunité collective est inconnu. Selon les estimations encore très grossières réalisées par plusieurs équipes d’épidémiologistes, il se situerait quelque part entre 30 et 70 %. Il faudrait donc, croit-on, qu’au moins le tiers de la population soit immunisé pour que la pandémie soit contenue. Comme il n’y aura pas au mieux de vaccin avant 12 à 18 mois, cela signifie que d’ici là, les seules personnes possiblement immunisées seront celles qui auront eu déjà le virus SARS-CoV-2 et qui y auront survécu.

Combien cette stratégie ferait-elle de morts? On ne connaît pas encore le pourcentage de gens qui meurent parmi ceux qui ont contracté le virus, car les personnes infectées qui n’ont pas ou peu de symptômes passent pour l’instant sous le radar. Et comme on ne sait pas doser leurs anticorps, on n’a aucun moyen de les repérer! Chose certaine, les cas graves sont tellement nombreux qu’ils peuvent mettre KO des systèmes de santé comme celui de l’Italie, un des plus performants au monde selon différents classements. Pour le seul Royaume-Uni, qui a tardé à opter pour le confinement, le virologue Jeremy Rossman a estimé que la stratégie d’immunité collective pourrait faire un million de morts.

On y verra beaucoup plus clair quand on saura doser les anticorps et qu’on pourra tester le degré d’immunité de la population à grande échelle.

Plusieurs équipes de recherche à travers le monde sont en train de développer des tests à toute vitesse. Le 18 mars, des chercheurs américains ont par exemple publié une première étude à ce sujet, qui n’a pas encore été révisée par d’autres chercheurs et reste donc très préliminaire, mais qui est encourageante.

Entre temps, on n’a malheureusement pas le choix : on doit isoler les gens les uns des autres pendant un certain temps pour acheter du temps et sauver des vies.

Vos questions sur la COVID-19

Peut-on être certain de ne pas être atteint de la COVID-19 après 14 jours de confinement?

Q: «Une fois que l’on a fait nos 14 jours de confinement et qu’on n’a aucun symptôme, peut-on être certain qu’on n’est pas atteint de la COVID-19?» demande Pauline Leblond.

R: A priori oui, à moins que vous n’ayez contracté le virus pendant votre quarantaine de façon indirecte, en touchant à des objets contaminés, comme des articles d’épicerie ou des journaux (ce qui est très peu probable, comme nous l’expliquions).

Au début de l’épidémie, les chercheurs avaient peu d’informations sur le temps d’incubation de la COVID-19. Plusieurs études ont depuis été publiées et toutes concordent : les symptômes apparaissent en général entre 2 et 14 jours après l’exposition au virus. C’est ce faisceau de preuves qui justifie la durée de 14 jours imposée par plusieurs gouvernements aux voyageurs par exemple.

Une étude publiée récemment par des chercheurs de l’École de santé publique Johns Hopkins Bloomberg dans The Annals of Internal Medicine s’est penchée sur 181 cas en Chine dont la date d’exposition au virus était connue. La période d’incubation médiane était de 5,1 jours, et 97,5 % des personnes qui présentaient des symptômes les ont développés dans les 11,5 jours suivant l’infection.

Cela étant, il n’est pas complètement impossible qu’une personne ait des symptômes plus de 14 jours après la date de son infection. Toujours selon la même étude, et selon des estimations purement statistiques, seuls 101 cas sur 10 000 développeraient des symptômes après 14 jours. L’acceptabilité de ce risque peut être sujette à débat, selon les auteurs, qui assurent cependant qu’une durée de quarantaine de 14 jours est fondée sur des données solides.

Toutefois, «il pourrait y avoir des scénarios à haut risque (par exemple celui d’un professionnel de la santé qui s’est occupé d’un patient COVID-19 sans équipement de protection) pour lesquels il serait prudent d’étendre la période de surveillance», notent les auteurs dans leur publication.

Néanmoins, le fait que des personnes infectées, mais sans aucun symptôme puissent transmettre la maladie complique le tableau. En effet, «il n’y a pas besoin d’éternuer ou de tousser pour propager des gouttelettes contaminantes. Le simple fait de parler, en particulier de prononcer les consonnes plosives (comme le b et le p) génère des gouttelettes qui peuvent contenir le virus. C’est un phénomène bien documenté dans les études sur la grippe», explique Vincent Racaniello, du département de microbiologie et d’immunologie de l’Université Columbia, à New York (qui n’est pas impliqué dans l’étude citée).

Cela rend plus difficile de «retracer» les cas et d’estimer la date de contact avec le virus, et donc de déterminer à partir de quel moment doit débuter l’isolement de 14 jours.

Enfin, même si votre quarantaine est terminée, n’oubliez pas que les mesures de précaution et de distanciation sociale continuent de s’appliquer.

Vos questions sur la COVID-19

Non, il n’y avait pas de COVID-19 au Québec en janvier

Q: «Se peut-il que j’aie eu le coronavirus une semaine avant qu’on commence à voir la possibilité de contamination au Québec et que les médecins soignants, n’étant pas à l’affût à ce moment-là, m’ont soigné comme une simple inflammation pulmonaire, bronchite et grippe?» demande Jean-Pierre Arcand, de Sherbrooke.

Il s’agit-là d’une question qui nous a été envoyée plusieurs fois, certaines personnes se demandant même si des symptômes (toux sèche, fièvre, etc.) qu’elles ont eus en décembre dernier ne pourraient pas avoir été causés par ce fameux coronavirus.

R: Le premier cas officiellement détecté au Québec remonte au 27 février, et serait bien étonnant que la COVID-19 ait commencé à circuler chez nous beaucoup avant cela, répond Dre Judith Fafard, médecin-conseil et microbiologiste-infectiologue au Laboratoire de santé publique du Québec. «On n’est jamais à l'abri d’un cas anecdotique qui nous aurait filé entre les doigts, mais de notre côté, on teste depuis la mi-janvier et les hôpitaux font aussi des tests pour les pneumonies atypiques. Et malgré cela, nous n’avons trouvé aucun cas avant le 27 février», dit-elle.

Un autre signe convaincant que ce virus n’était pas présent au Québec jusqu’à grosso modo la fin de février est l’évolution du nombre de cas après la découverte du premier. Dans les pays où l’on soupçonne la COVID-19 d’avoir circulé pendant des semaines avant d’être détectée, les tests positifs se sont très rapidement multipliés après la découverte du premier cas «officiel». En Italie, par exemple, le premier test positif est survenu le 20 février, mais pas moins de 35 autres cas ont été découverts dans les 24 heures suivantes, ce qui suggérait fortement une propagation déjà large, lisait-on récemment dans le Journal of the American Medical Association. Des analyses génétiques rendues publiques par la suite indiquent que le virus aurait été présent dans le nord de l’Italie pendant environ un mois avant d’être décelé.

Au Québec, cependant, le nombre de cas confirmés n’a pas connu ce genre de progression. Après celui du 27 février, il a fallu attendre jusqu’au 5 mars avant la découverte d’une seconde personne infectée, puis jusqu’au 9 mars pour avoir les 3e et 4e cas. C’est entièrement cohérent avec l’idée que le coronavirus ne circulait pas ici avant la fin de février.

Santé

COVID-19: Santé Canada met en garde contre certains produits

OTTAWA — Santé Canada émet une mise en garde contre les risques associés à l'achat de produits de santé qui sont assortis d'allégations fausses et trompeuses sur leur capacité à prévenir, à traiter ou à guérir la COVID-19, une mise en marché qui est illégale.

Santé Canada dit avoir reçu des signalements au sujet de tels produits. Le ministère a d'ailleurs envoyé des lettres à plusieurs entreprises pour leur ordonner de retirer immédiatement ces allégations de leurs sites web et de leur matériel publicitaire.

Les autorités déplorent qu'une vaste gamme de produits sont visés : des masques, de l'argent colloïdal, certains désinfectants, des élixirs et formules à base de plantes, des désinfectants pour les mains, des mélanges de champignons Chaga, des lampes à ultraviolets et de l'huile d'origan.

Une liste d'antiseptiques pour les mains et de désinfectants qui satisfont aux exigences de Santé Canada a été mise en ligne, de même que des instructions sur l'utilisation de masques et de respirateurs pendant l'épidémie de COVID-19.

Pour savoir si un médicament ou un produit de santé naturel ainsi que ses allégations ont été autorisés par Santé Canada, les Canadiens sont invités à rechercher un numéro d'identification de médicament (DIN), un numéro de produit naturel (NPN) ou un numéro de médicament homéopathique (DIN-HM) à huit chiffres.

Les gens peuvent aussi faire une recherche dans la Base de données sur les produits pharmaceutiques et la Base de données sur les produits de santé naturels homologués.

Vos questions sur la COVID-19

Pourquoi tant de tests négatifs?

Q  «Pourquoi y a-t-il tant de tests négatifs? Est-ce le signe qu’on teste trop? Est-ce parce qu’il y a panique et que des gens se font tester sans symptômes seulement parce qu’ils reviennent de voyage?» demande Josée Langlois, de Stoneham.

R  La vaste majorité des tests effectués pour dépister la COVID-19 sont effectivement négatifs, c’est-à-dire ils indiquent l’absence du virus recherché. Au Québec par exemple, en date de vendredi, sur près de 34 500 tests réalisés, seulement 2021 avaient trouvé la présence du coronavirus, soit 5,8 % — et à l’échelle canadienne, c’est seulement 2,5 % environ des patients testés qui s’avèrent avoir la COVID-19. Les taux de positifs varient d’un pays à l’autre selon la progression de la maladie et l’intensité des efforts de détection — en date du 20 mars, l’Italie avait près de 20 % de positifs et les États-Unis, autour de 15 % —, mais partout les tests sont très majoritairement négatifs.

On ne doit cependant pas en déduire que l’on teste «trop», explique Dre Judith Fafard, médecin-conseil et microbiologiste-infectiologue au Laboratoire de santé publique du Québec. De manière générale, on ne fait pas passer le dépistage à n’importe qui : ce sont surtout des personnes montrant déjà des symptômes «suspects» qui y ont droit (avec certaines clientèles plus à risque qui ont priorité sur d’autres, mais c’est une autre question).

Or justement, «les symptômes de la COVID-19 ne sont pas spécifiques du tout», signale Dre Fafard. On parle ici principalement de fièvre et de toux, soit des symptômes qui peuvent être causés par beaucoup d’autres microbes. Il peut d’agir de l’influenza, ou d’un coronavirus autre que celui de la COVID-19 (il en existe quatre autres types différents qui sont présents chez l’humain depuis longtemps qui causent le rhume), ou du virus respiratoire syncytial, ou d’autres pathogènes encore. Et comme ces virus-là sont très communs — littéralement des millions de personnes les contractent chaque année au Québec seulement —, particulièrement pendant la saison froide, il s’ensuit qu’en testant (grosso modo) ceux qui toussent et font de la fièvre, on ramasse forcément beaucoup d’autres choses que la COVID-19. D’où la forte proportion de tests négatifs.

Un autre facteur à considérer est l’état d’avancement de l’épidémie : on ne peut tout simplement pas détecter beaucoup de cas s’il n’y en a pas encore beaucoup dans une population donnée. À cet égard, mentionnons que Dre Fafard s’attend à voir la proportion de positifs augmenter au Québec au cours des prochains jours ou semaines, à mesure que la maladie se propagera.

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La COVID-19 suscite énormément de questions. Afin de répondre au plus grand nombre, des journalistes scientifiques ont décidé d’unir leurs forces. Les médias membres de la Coopérative nationale de l’information indépendante (Le Soleil, Le Droit, La Tribune, Le Nouvelliste, Le Quotidien et La Voix de l’Est), Québec Science et le Centre Déclic s’associent pour répondre à vos questions. Vous en avez? Écrivez-nous. Ce projet est réalisé grâce à une contribution du Scientifique en chef du Québec, qui vous invite à le suivre sur Facebook, Twitter et Instagram.

Vos questions sur la COVID-19

Vers une seconde vague?

Q : «Une fois la pandémie passée au Québec, le virus n’aura pas disparu. Lorsque les activités normales reprendront, n’est-il pas logique de penser qu’elle reprendra de plus belle malgré qu’une faible proportion d’humains auront développés des anticorps ?», demande Pascal Renauld.

R : C’est une question qui a pris une tournure très concrète au cours de la dernière semaine. En effet, lit-on dans un rapport du College impérial de Londres, «pour la première fois depuis le début de l’éclosion, il n’y a eu aucun nouveau cas confirmé en Chine qui a été causé par une transmission locale [ndlr : l’arrivée de cas provenant de l’étranger est autre chose], et ce pour cinq jours consécutifs en date du 23 mars 2020».

Comme la Chine a levé au cours des dernières semaines une partie des sévères mesures de quarantaine qu’elle avait implantées au plus fort de l’épidémie, le document examine quels sont les effets d’une reprise au moins partielle des mouvements à l’intérieur de plusieurs villes chinoises ainsi qu’à Hong Kong. Sa conclusion est qu’il semble possible de reprendre un certain niveau d’activité économique (et donc de déplacements) sans relancer l’épidémie sur une croissance exponentielle dangereuse.

«Ces résultats n’écartent pas la possibilité de futures épidémies en Chine, ni n’indiquent le niveau maximal d’activité économique qui sera repris à moyen terme. Mais ils suggèrent qu’après une période d’isolement social très intense qui a permis de contenir la propagation, la Chine est parvenue à sortir de ses politiques strictes d’isolement social avec un certain degré de succès», conclut le texte.

Ce sont-là des résultats encourageants, mais il reste encore une inconnue de taille dans toute cette histoire, a commenté le chercheur en pathogénèse microbienne Brendan Wren, de la London School of Hygiene and Tropical Medicine : «nous n’avons toujours aucune idée de la proportion de la population qui est immunologiquement naïve [ndlr : sans anticorps contre la COVID-19] et toujours vulnérable à une ré-éclosion potentielle du virus.»

Alors oui, une deuxième vague demeure possible. Selon le nombre de gens qui auront été infectés lors de la première, elle sera un peu ou beaucoup moins pire. Mais il faut dire ici que le but des mesures d’isolement en place n’est pas vraiment d’éviter une deuxième vague. C’est plutôt d’«aplanir la courbe», comme on dit sur les réseaux sociaux : étaler les cas dans le temps afin qu’il n’y ait pas, d’un seul coup, plus de malades que le réseau de la santé ne peut en prendre. Et de ce point de vue, il semble que l’isolement fonctionne bien.

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Vos questions sur la Covid-19

Y a-t-il un risque de transmission de la COVID-19 lors d'une livraison ?

La question vous a peut-être traversé l'esprit quand vous avez récupéré une commande d'épicerie, un café lors d'une commande à l'auto ou encore une pizza livrée : le risque de contamination à la COVID-19 est-il important lorsque vous recevez une livraison de nourriture ?

Si les chances de transmission du virus par le livreur sont minces, les experts croient qu'un certain nombre de précautions peuvent aider à minimiser les risques et offrir une tranquillité d'esprit.

Lors de livraison à domicile, par exemple, il est fortement recommandé de garder une bonne distance entre le livreur et vous.

«Vous n'avez qu'à lui demander de laisser la commande à la porte, a dit un professeur en science alimentaire à l'Université de Guelph Keith Warriner. Vous avez plus de chances d'être infecté par une personne que par un paquet.»

Une recherche publiée dans un journal médical de la Nouvelle-Angleterre la semaine dernière suggérait que le virus peut vivre jusqu'à 24 heures sur du carton, et même jusqu'à 72 heures sur d'autres types de surface, dont le plastique.

S'il y a de faibles probabilités qu'une personne infectée ait éternué ou toussé tout en manipulant la commande de nourriture, les chances que le virus soit transmis par l'emballage sont minces, a insisté M. Warriner.

Il a ajouté que le lavage fréquent des mains, particulièrement avant ou après avoir manipulé la nourriture et le contenant, pouvait aussi réduire les risques. Manipuler la boîte de pizza ne devrait donc pas causer d'inquiétudes.

«Quand on parle de la survie du virus, ce n'est qu'un aspect. Il doit aussi être transmis, a rappelé M. Warriner. Le risque est relativement faible. Il ne faut pas s'en faire avec ça.»

En ce qui concerne la commande à l'auto, il y a aussi de minces chances qu'une personne infectée eut toussé ou éternué près de votre nourriture ou de votre breuvage, a noté M. Warriner.

Si vous êtes inquiets, vous pouvez prendre certaines mesures une fois rendus à la maison, a-t-il indiqué. La nourriture ou le breuvage peut être réchauffé et vous pouvez laver vos mains avant de les manipuler.

«Je crois que le risque est faible, a dit le directeur associé du centre pour les vaccins contre les maladies évitables de l'Université de Toronto, Jeff Kwong. Ils manipulent très peu la nourriture avant de vous la remettre. […] C'est probablement sécuritaire.»

La professeure adjointe à la faculté des sciences de l'agriculture et de l'environnement à l'Université McGill Jennifer Ronholm a mentionné que les résultats des recherches pour répondre à ces questions ne font que commencer à rentrer.

Mais comme les autres experts, elle ne croit pas qu'il y ait de risques importants.

«Il n'y a que très peu, ou pas, de preuves que les personnes sont infectées de cette manière, a-t-elle dit. Si c'était le cas, nous aurions probablement déjà découvert qu'il s'agissait d'un moyen de transmission majeur.

«En ce qui concerne la quantification du faible risque, il est présentement impossible de donner un chiffre exact.»

Vos question sur la COVID-19

COVID-19: le ralentissement économique a-t-il un effet sur les GES?

Q : «D’un point de vue positif, avec la réduction des activités due à la COVID-19, il y aura surement un impact favorable sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Commence-t-on à avoir de l’information à ce sujet? Et d’un point de vue négatif, le réchauffement climatique aurait-il un impact sur l’apparition de pandémies? Pensons au SRAS et au H1N1», demande Daniel Guilbault, de Saint-Augustin-de-Desmaures.

R : La pandémie paralyse la planète au complet et confine les gens chez eux. Du point de vue environnemental, il serait tentant de croire que l’important ralentissement économique aide à réduire le niveau de pollution. Dans les faits, oui… mais pour un moment seulement.

Des chercheurs de l’Université Bocconi, en Italie, ont rapporté une amélioration de la qualité de l’air en examinant les données du satellite Sentinel-5P de l’Agence spatiale européenne. Celui-ci a enregistré les concentrations en dioxyde d’azote (NO2), un gaz polluant émis notamment par les véhicules et les centrales au charbon. Entre décembre et mars, il y a eu une diminution de 10 à 30% des concentrations en NO2 au-dessus de la plupart des grandes villes en quarantaine de Chine et d’Italie, ainsi que des particules fines.

Claude Villeneuve, professeur et directeur de la Chaire en éco-conseil à l’Université du Québec à Chicoutimi, constate aussi ce ralentissement en étudiant les données compilées par la National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA). «On remarque un plateau entre décembre et février correspondant à la diminution d’à peu près 25% des émissions de carbone en Chine. On est présentement à 414 ppm au niveau global alors qu’on devrait être à environ 415 ppm en se fiant aux tendances», explique-t-il.

Selon lui, dépendamment de la longueur de cette pause forcée, 2020 pourrait être une année où il n’y aura pas de hausse globale de nos émissions de gaz à effet de serre. Cependant, le chercheur souligne qu’il est très difficile de prévoir ce qui se passera au cours des prochains mois.

Lors de la récession économique mondiale de 2007, il y a également eu une diminution des émissions de gaz à effet de serre, rappelle M. Villeneuve. Mais ces périodes d’accalmie sont temporaires.

«La réaction semble unanime de la part des gouvernements : ils promettent de relancer la machine une fois la pandémie passée pour rattraper la croissance perdue». Cela reste à voir, mais la reprise frénétique des activités économiques devrait faire remonter les émissions polluantes au même point qu’avant la pandémie.

Effet des changements climatiques

Les changements climatiques ont un effet certain sur la façon dont les maladies infectieuses se propagent.

C’est surtout le cas pour les pathogènes transmis par des vecteurs (moustiques ou tiques), comme ceux qui causent la malaria, le Zika ou la maladie de Lyme.  L’aire de répartition de ces vecteurs s’agrandit avec le réchauffement climatique.

L’effet est différent pour les virus propagés par les humains comme ceux de la grippe et de la COVID-19. Il n’est pas possible d’établir de lien entre les changements climatiques et l’émergence de ce nouveau coronavirus.

Plusieurs études suggèrent toutefois que le risque d’épidémie augmente à mesure que des régions deviennent moins habitables, forçant la migration de certains animaux, comme les chauve-souris. La destruction des écosystèmes et en particulier la déforestation peut aussi accélérer la transmission de maladies, en augmentant les contacts avec la faune sauvage.

Enfin, dans une étude publiée en 2019 dans Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS), des chercheurs japonais démontraient que l’exposition de souris à une température ambiante plus élevée (36 °C)  «altérait leur réponse immunitaire face à l’infection du virus de la grippe». Bien que l’étude ait été réalisée chez la souris, les scientifiques pointent vers de possibles problèmes de santé publique chez l’humain dans un monde de plus en plus chaud.

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Vos questions sur la COVID-19

Par quoi remplacer le Purell?

Q «Pourriez-vous donner une recette pour fabriquer un gel hydroalcoolique à partir d’alcool et d’autres ingrédients disponibles à la pharmacie? On trouve toutes sortes d’informations plus ou moins fiables sur Internet et les ingrédients ne sont pas toujours disponibles. Par exemple : est-ce qu’on peut mélanger de la crème à main et de l’alcool 99 % dans un rapport 7:3? Est-ce que ça sera efficace?» demande Caroline Fortin, de Québec.

Voilà une question qui tombe bien puisque Magalie Lavoie, elle aussi de Québec, aimerait pour sa part savoir «si le parfum et l’eau de toilette ne pourraient pas être des bons produits de remplacement puisqu’ils sont composés d’alcool éthylique à 70 % [et que le Purell est lui-même un mélange d’alcool, de glycérine et de fragrance]».

R Il est vrai que le Purell est difficile à trouver sur les étagères des commerces par les temps qui courent. Mais la première chose à garder en tête à cet égard n’est pas une recette de désinfectant maison. C’est plutôt, dit le pharmacien d’hôpital et fondateur du site Questionpourunpharmacien.com Alexandre Chagnon, que «l’eau et le savon, eux, ne sont pas en rupture d’inventaire et sont au moins aussi efficaces que le gel hydroalcoolique [lorsqu’on savonne les mains pendant au moins 20 secondes]».

Cela dit, pour ceux qui tiennent à traîner leur petit contenant avec eux, l’Internet regorge de formules dont les auteurs assurent tous qu’elles fonctionnent à merveille —, mais ce n’est pas toujours vrai, comme le soupçonne avec raison Mme Fortin. 

La plus fiable, et sans doute une des plus simples puisqu’elle a été mise au point pour être fabriquée en grande quantité dans des pays qui ont peu de moyens, est sans doute celle de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), dit M. Chagnon. Elle consiste à mélanger :

  • 150 ml d’alcool à 90 %
  • 10 ml de peroxyde d’hydrogène
  • 5 ml de glycérine
  • huile essentielle

On peut trouver des instructions plus complètes (ainsi qu’une seconde recette) sur le site de l’OMS : bit.ly/2UGtdCz.

Il y a toutefois quelques petites choses à savoir à ce sujet, ajoute le chimiste de l’Université Laval Normand Voyer. 

«Dans cette recette-là, le peroxyde sert uniquement à dégrader les micro-organismes qu’il y a dans les récipients où on fait le mélange, parce qu’ils ne sont pas stériles. Et c’est important de laisser le temps au peroxyde de faire son travail, même si les instructions qu’on voit sur Internet ne le mentionnent pas souvent : il faut attendre de 24 à 72 heures avant d’utiliser le désinfectant maison.»

La glycérine, elle, n’a aucun pouvoir désinfectant. «C’est juste que ça rend le mélange plus visqueux et ça permet de se frotter les mains pendant 20 secondes, comme on est supposé faire», dit M. Voyer. La glycérine est habituellement disponible en pharmacie.

C’est l’alcool qui fait le travail de désinfection des mains, poursuit-il. Idéalement, on prend de l’éthanol (ou «alcool éthylique», soit le même qu’il y a dans les boissons alcoolisées) pur à 90 %, mais c’est un produit qui commence à se faire rare, lui aussi. «Et non, contrairement à la croyance populaire, la vodka et les autres “forts” ne sont pas des bons désinfectants, leur concentration en alcool n’est pas assez élevée pour cela. Il faut vraiment de l’alcool à 90-95 %», précise M. Voyer.

On peut toutefois remplacer l’éthanol par de l’alcool à friction (ou «alcool isopropylique»). «C’est moins efficace que l’éthanol, mais ça marche quand même et le reste de la recette reste pareil, dit le chimiste. L’essentiel, c’est qu’il faut s’assurer d’avoir une concentration d’alcool de 60 à 80 % une fois que c’est mélangé aux autres ingrédients. En bas de 60 %, l’effet antiseptique n’est pas suffisant parce que l’alcool est moins efficace que le savon pour dissoudre la membrane des virus. Et ça ne sert à rien d’aller en haut de 80 %, ça n’améliore pas l’effet antiseptique et comme on a de la misère à trouver de la matière première, c’est important de ne pas la gaspiller.»

Pour calculer la concentration finale d’alcool, il suffit de ramener le volume réel d’alcool sur le volume total. 

Dans l’exemple mentionné par M. Chagnon, la quantité réelle d’alcool est de 135 ml (soit 90 % de 150 ml). En supposant que l’on ajoute 10 ml d’huile essentielle, cela nous fait un volume total de 175 ml (soit : 150 ml d’alcool 90 % + 10 ml de peroxyde + 5 ml de glycérine + 10 ml d’huile essentielle). Le taux d’alcool du mélange est donc de 135 ml ÷ 175 ml x 100 = 77 %, ce qui est suffisant.

Cependant, dans l’exemple proposé par Mme Fortin de mélanger de la crème à main à de l’alcool 99 % dans un rapport de 7 pour 3, la part réelle d’alcool serait de 99 % x 0,3 = 29,7 %, donc pas assez.

Enfin, tout cela signifie que oui, en principe, la plupart des parfums ont une concentration suffisante en éthanol pour servir d’antiseptique. 

Mais il faut faire attention, car les recettes varient d’un parfum à l’autre, et dans tous les cas, les eaux de toilette n’ont pas assez d’alcool pour cela, dit M. Voyer. «Les parfums ont une concentration plus élevée, un bon 60-70 %. Mais je ne vois pas pourquoi on s’en servirait comme désinfectant, ce n’est tout simplement pas fait pour ça», tranche-t-il.

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Vos questions sur la COVID-19

Laver les masques «usagés»?

Q «J’ai entendu aux nouvelles que les hôpitaux manquaient de masques N95, mais j’ai vu une étude de Stanford disant qu’ils peuvent être lavés, est-ce que ce serait une solution à la pénurie?» demande Pierre Chartrand, de Montréal.

R Aux dernières nouvelles, il n’y a pas actuellement de pénurie de masques N95 au Québec, mais les autorités se préparent à cette éventualité, comme partout dans le monde.

Le masque N95 est utilisé pour protéger les professionnels de la santé en cas de contact avec des pathogènes présents dans les aérosols produits par des individus infectés par des virus ou des bactéries. Il est constitué de polypropylène. Il génère de l’électricité statique qui lui permet de retenir des très petites particules, jusqu’à 0,3 micromètre de diamètre. Un masque respirateur est appelé N95 quand il répond à la norme édictée par le National Institute for Occupational Safety and Health (NIOSH) américain. Pour être approuvé, il doit pouvoir filtrer au moins 95 % des particules dans l’air exemptes d’huile (d’où le N) lors de mises à l’essai avec des particules de 0,3 micromètre de diamètre. Il doit être ajusté très fermement au visage et n’est pas efficace si la personne porte une barbe.

Le masque doit être remplacé au plus toutes les huit heures, ou quand on sort d’une zone à haut risque, ou quand il devient trop gênant pour la respiration. Selon le NIOSH, il n’y a pas de méthode permettant de déterminer si un masque est encore efficace ou pas, et de nombreux paramètres peuvent influencer la vitesse à laquelle il pourrait perdre de son efficacité : la contamination ambiante, la température et l’humidité, le fait que la personne qui le porte touche plus ou moins au masque avec des mains ou des gants plus ou moins contaminés, etc.

Dans le cadre de ses travaux de préparation à une pandémie, le NIOSH avait émis un avis détaillé sur les meilleures pratiques à adopter pour économiser des masques, qui sert aujourd’hui de référence à beaucoup de gens. Les Centers for Disease Control and Prevention (CDC) américains proposent aussi une stratégie à adopter dans le contexte actuel.

L’étude dont vous parlez est en fait un bilan des connaissances réalisé en temps réel par des médecins chercheurs de l’Université Stanford, destiné à aider les anesthésistes dans leur prise de décision dans le contexte de la COVID-19. La version que j’ai consultée est celle du 25 mars, mais cela vaut la peine de vérifier les mises à jour. Leur premier conseil aux soignants : suivre les directives de leur hôpital.

Une méthode de lavage efficace pour les masques doit à la fois détruire le virus sur le masque, ne pas être toxique pour la personne qui va porter le masque nettoyé et ne pas endommager la capacité du masque à filtrer les particules.

Les chercheurs de Stanford rapportent dans un tableau les essais réalisés récemment par la compagnie 4C Air avec différentes techniques. Passer le masque 30 minutes à l’air chaud à 70 degrés, ou 10 minutes à la vapeur d’eau bouillante semble efficace pour éliminer le virus, et préserver la capacité du masque à filtrer l’air. La désinfection avec le chlore ou de l’alcool a par contre grandement réduit l’efficacité des masques, et les chercheurs disent aux anesthésistes de ne pas procéder de cette manière.

Ils rapportent aussi les résultats d’une étude publiée en 2009 sur cinq méthodes de décontamination des masques N95 — preuve que le sujet est dans l’air, si on peut dire, depuis déjà un certain temps. Les chercheurs avaient alors testé notamment la décontamination par des traitements aux micro-ondes, au chlore, au peroxyde d’hydrogène, aux UV et à l’oxyde d’éthylène, mais sans évaluer la charge virale résiduelle.

Tout ceci est cependant susceptible d’évoluer, car deux études ne constituent pas une preuve très solide.

Vendredi dernier, le Journal of the American Medical Association a lancé un appel à la communauté scientifique pour réaliser rapidement de nouvelles études à ce sujet et les publications scientifiques vont sans doute se multiplier rapidement, car l’enjeu est crucial.

En résumé, donc, oui, il y a probablement des méthodes efficaces pour réutiliser les masques, seulement, en date d’aujourd’hui, on n’a pas encore les données fiables qui permettraient d’identifier la meilleure technique, mais ça s’en vient. 

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Italie: non, ce n’est pas la faute aux immigrants chinois

Q: «J’ai entendu dire que la raison principale de la catastrophe italienne vient des usines de vêtements là-bas. La Lombardie, la région la plus touchée, a plusieurs de ces usines qui emploient des Chinois et ceux-ci auraient migré avec leurs familles vers l’Italie. Les autorités italiennes auraient réagi trop tard… Pouvez-vous vérifier cet info ?», demande Jean Parent, de Québec.

R : À la suite de ma chronique de mardi («Pourquoi est-ce pire en Italie ?»), plusieurs lecteurs ont soulevé la possibilité que ce seraient des immigrants chinois qui seraient responsables de l’épidémie de COVID-19 qui frappe si durement l’Italie depuis quelques semaines. Cette idée-là circule aussi très largement sur le web par les temps qui courent. Alors il vaut la peine d’y revenir.

Quand on y regarde rapidement, on peut être tenté de faire un lien entre les ressortissants de l’Empire du Milieu vivant dans le nord de l’Italie — la principale communauté chinoise du pays se trouve à Milan — et l’épidémie actuelle, puisque le coronavirus est d’abord apparu en Chine. Cela «plaît à l’esprit», comme on dit. Mais quand on y pense plus sérieusement, on se rend vite compte que la présence de citoyens chinois en Italie, même s’ils sont nombreux (environ 300 000), n’implique pas forcément que ce sont eux qui ont «ramené» la COVID-19 en Lombardie. Après tout, plusieurs autres pays du monde accueillent également de forts contingents chinois sans souffrir autant que l’Italie — que l’on songe notamment à l’Allemagne, où vivent 200 000 ressortissants chinois, ou au Canada, qui compte environ 650 000 immigrants provenant de Chine continentale.

En outre, rien dans les enquêtes des autorités sanitaires italiennes ne permet de croire que la communauté chinoise de Lombardie serait en cause. Ainsi, dans un article du 21 février au sujet des 15 premiers cas rapportés dans le nord de l’Italie, l’agence de presse Reuters indiquait qu’«aucune des personnes infectées n’aurait voyagé en Chine».

On ignore qui fut la première personne à l’origine de l’éclosion dans le nord de l’Italie, et il est fort possible que nous ne le sachions jamais. Le premier patient connu dans cette région est un homme de 38 ans admis à l’hôpital le 20 février, mais pas moins de 36 autres cas ont été trouvés dans les 24 heures suivantes, ce qui suggère fortement que cet homme n’a pas «importé» la maladie en Italie, mais l’a contractée parce qu’elle y circulait déjà, rapportaient des médecins italiens dans le Journal of the American Medical Association.

Cependant, les éléments d’information dont on dispose pour l’instant sur l’origine de l’éclosion ne pointent pas vers la Chine, mais plutôt vers l’Allemagne, d’après une étude disponible sur le site medRxiv. Comme celle-ci n’est pas encore passée à travers le processus de révision scientifique, il faut considérer ses résultats avec prudence, mais elle fut menée par des gens sérieux, notamment le spécialiste des maladies infectieuses de l’Université de Milan Massimo Galli. 

Les auteurs ont analysé le génome du coronavirus de trois patients parmi les premiers qui furent traités en Italie — apparition des symptômes à la mi-février — et les ont comparés avec d’autres génomes de la COVID-19 dans le monde. Le lien de parenté le plus proche qu’ils ont trouvé est avec une souche qui circulait en Allemagne.

Ces données génétiques ne donnent pas le sens de la transmission, lit-on dans l’article, mais Dr Galli a déclaré à Reuters que «la séquence [génétique] la plus proche du début de cette branche [généalogique du virus], qui a probablement précédé les autres, est venue d’une personne qui a été infectée à Munich probablement entre le 19 et le 22 janvier».

Fait intéressant, il s’agit-là d’un cas qui avait déjà été décrit dans la littérature scientifique, au début mars dans le New England Journal of Medicine. C’est un homme d’affaire allemand dans la trentaine qui a développé des symptômes (fièvre, toux, mal de gorge, etc.) à partir du 24 janvier après avoir participé à des réunions avec une partenaire d’affaires de Shanghai au cours des jours précédents. La femme en question ne montrait à ce moment aucun symptôme de la maladie, et ce cas-là avait soulevé la possibilité (inquiétante) d’une transmission lors de l’incubation. On ignore comment cette souche-là se serait ensuite frayé un chemin jusqu’en Italie, mais il semble qu’elle serait d’abord passée par l’Allemagne.

Évidemment, le fait que cette femme d’affaires venait de Shanghai établit un lien avec la Chine — lien qui est de toute manière inévitable puisque le virus est apparu là-bas il y a à peine plus de trois mois. Mais tout cela montre bien que, jusqu’à preuve du contraire, la communauté chinoise de Lombardie est pointée du doigt bien injustement dans cette histoire.

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Vos questions sur la COVID-19

Dois-je désinfecter... pitou et minou ?

Q : « Nos animaux de compagnie sont-ils des vecteurs de transmission? », demande Sylvie Guertin, de Saint-Lambert.

R : La question inquiète beaucoup de gens! Mais jusqu’à présent, les experts sont unanimes : les animaux domestiques comme les chiens et les chats ne sont pas des vecteurs de transmission de la COVID-19. Le plus récent avis à ce sujet a été publié en fin de semaine par l’Organisation mondiale de la santé animale. 

Le 5 mars, le Département de l’Agriculture, des pêcheries et de la conservation de Hong Kong avait signalé avoir trouvé des petites quantités de l’ARN du virus dans le nez et la gueule d’un chien qui vivait avec une personne atteinte de la COVID-19. Mais il ne faut pas interpréter ça comme un signe que les animaux peuvent tomber malades ou transmettre la maladie.

Le coronavirus est un virus à ARN, ce qui signifie que son matériel génétique est fait d’acide ribonucléique et pas d’ADN, comme le nôtre. L’ARN du virus est enfermé dans ce qu’on appelle une capside, une espèce de coquille de protéines qui forment des piquots à sa surface, que l’on voit sur l’image de boule grise à pointes rouges qui circule un peu partout. Le virus a besoin d’avoir son ARN et sa capside intacte pour être contagieux et pouvoir éventuellement infecter des cellules d’autres êtres vivants.

Avoir trouvé quelques petits bouts de l’ARN du virus dans la gueule et le nez du chien ne signifie pas que le virus y était en entier. Des petits bouts d’ARN tout seuls ne sont pas contagieux.

D’après les chercheurs qui ont fait ces analyses, il est probable que le virus ait effectivement été transmis au chien par la personne malade. Le chien était cependant très peu infecté et il n’était pas malade. 

Les chercheurs qui ont fait cette découverte, ainsi que les autres experts, ont insisté pour dire que ces analyses ne signifient aucunement que les mammifères comme les chiens et les chats peuvent contracter ou transmettre de la COVID-19. 

On n’a cependant pas encore de certitude totale à ce sujet, car la propagation du virus est trop récente pour que des études probantes aient été développées sur tous les impacts qu’il peut avoir dans nos vies. Il convient donc d’être prudent, même si tout indique que l’épidémie se propage par les humains. Aucun cas d’animal domestique malade de la COVID-19 n’a été rapporté sur la planète.

Si votre chat ou chien sort dehors, peut-il avoir des virus qui se déposent sur ses poils et vous rendre malade avec? Improbable. Le virus ne peut pas se multiplier en dehors du corps d’une personne. Or dans la rue ou sur nos murs, il n’y a pas de fortes quantités de virus, même là où des gens malades auraient pu tousser récemment. Dehors, la brise, la pluie et le temps qui passe diminuent très rapidement le nombre de virus intacts et donc aptes à contaminer éventuellement quelqu’un. Transporter le virus sous ses chaussures en marchant dehors et tomber malade avec est aussi hautement improbable.

Pour que Pitou ou Minou puisse vous contaminer en sortant dehors, il faudrait que tout ceci se produise :

  • qu’une personne malade tousse longuement tout près du sol du bas d’un mur, et pas dans son coude évidemment; 
  • que votre animal passe très peu de temps après pile à cet endroit, s’y frotte et que des grandes quantités de virus s’accrochent à ses poils;
  • ou bien que quelqu’un de malade tousse directement sur lui, ou le flatte longuement avec ses mains sales;
  • que vous le flattiez peu de temps après pile à l’endroit sur son pelage où aurait atterri le virus, à condition que celui-ci ne se soit pas décomposé entre temps et que l’animal ne se soit pas léché pour se laver;
  • que vous ne vous soyez pas lavé les mains avant de les porter à votre visage;
  • que le virus passe de votre visage à vos voies respiratoires;
  • que vous développiez une infection.

Bref, il y a très peu de chances que cela arrive, surtout si vous appliquez les consignes de base : rester loin des gens qui n’habitent pas avec vous, lavez-vous souvent les mains et ne sortez pas de chez vous si vous avez le virus.

L’Association canadienne des médecins vétérinaires rappelle par ailleurs que « les animaux de compagnie contribuent à notre bonheur et à notre bien-être, surtout en période de stress. Si vous vous sentez bien (pas de symptômes de COVID-19) et n’êtes pas en auto-isolation en raison de la COVID-19, le fait de faire des promenades avec votre chien et/ou de passer d’autres temps avec votre animal de compagnie peut contribuer à garder à la fois vous et votre animal de compagnie en bonne santé. » Profitez-en!

Les services vétérinaires d’urgence restent ouverts; plus de détails et de conseils sur la page de l’Ordre des médecins vétérinaires du Québec.

Pour suivre l’évolution de la situation et la mise à jour des recommandations : https://www.quebec.ca/sante/problemes-de-sante/a-z/coronavirus-2019/

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La COVID-19 suscite énormément de questions. Afin de répondre au plus grand nombre, des journalistes scientifiques ont décidé d’unir leurs forces. Les médias membres de la Coopérative nationale de l’information indépendante (Le Soleil, Le Droit, La Tribune, Le Nouvelliste, Le Quotidien et La Voix de l’Est), Québec Science et le Centre Déclic s’associent pour répondre à vos questions. Vous en avez? Écrivez-nous. Ce projet est réalisé grâce à une contribution du Scientifique en chef du Québec, qui vous invite à le suivre sur Facebook, Twitter et Instagram.

Actualités

Prestation canadienne d’urgence: les réponses à vos questions

OTTAWA — Le gouvernement fédéral a annoncé mercredi une nouvelle Prestation canadienne d’urgence (PCU) qui viendrait remplacer les allocations de soins d’urgence et de soutien d’urgence annoncées la semaine dernière.

Cette mesure d’urgence vient aider les personnes qui n’ont plus de salaire à cause de la pandémie de la COVID-19. Le fédéral s’attend à être submergé de demandes. Il s’est donc tourné vers l’Agence de revenu du Canada pour les traiter, en promettant un processus simple, rapide et flexible.

La Presse canadienne tente de répondre à vos nombreuses questions au sujet de la PCU.

Qu’est-ce que c’est?

Une prestation temporaire imposable de 2000 $ qui serait versée à toutes les quatre semaines pour un maximum de 16 semaines. Elle serait disponible du 15 mars 2020 au 3 octobre 2020. L’argent est rétroactif au 15 mars.

Qui y a droit?

Tous les travailleurs qui ont perdu ou perdront leur revenu à cause de la pandémie de la COVID-19, qu’ils soient salariés, travailleurs contractuels ou travailleurs autonomes, qu’ils soient admissibles à l’assurance-emploi ou non. Sont admissibles ceux qui ont 15 ans et plus et ont eu des revenus de plus de 5000 $ l’année précédente.

La PCU est offerte aux Canadiens qui ont perdu leur emploi, qui tombent malades, qui sont mis en quarantaine ou qui prennent soin d’une personne atteinte de la COVID-19. Elle est aussi disponible pour les parents qui n’ont plus de salaire parce qu’ils doivent cesser de travailler pour s’occuper d’enfants malades ou rester à la maison en raison de la fermeture des écoles et des garderies.

Il est à noter, cependant, que les demandeurs devront prouver qu’ils n’ont pas eu de revenus pendant 14 jours consécutifs par période de quatre semaines.

Mon employeur doit-il me mettre à pied pour recevoir la PCU?

Non. Les travailleurs qui ont toujours un emploi, mais ne reçoivent plus de revenu en raison des interruptions de travail causées par la COVID-19, sont admissibles à la PCU. Le fédéral a indiqué qu’il souhaite garder le lien d’embauche entre les employés et les entreprises.

Si je démissionne, est-ce que j’ai droit à la PCU?

La PCU a été créée pour les travailleurs qui n’ont plus de revenu à cause de la pandémie de COVID-19.

Le gouvernement n’a toutefois pas été en mesure d’indiquer ce qui sera exigé dans le formulaire d’application pour prouver votre perte d’emploi ou la perte de votre salaire.

Si mes heures sont réduites, est-ce que je me qualifie pour la PCU?

Non. Vous pourriez cependant vous qualifier pour d’autres mesures de soutien financier à venir au mois de mai.

Les parents recevront 300 $ de plus par enfant par l’intermédiaire de l’Allocation canadienne pour enfants, alors que les familles à revenu faible ou modeste bénéficieront d’un crédit pour la taxe sur les produits et services (TPS). Vous n’aurez pas besoin de présenter une demande pour ces mesures.

Devrais-je faire une demande pour des prestations d’assurance-emploi et une autre pour la PCU?

Vous n’aurez pas besoin de le faire. Les Canadiens qui touchent déjà des prestations de l’assurance-emploi continueront de les recevoir. Si votre demande d’assurance-emploi n’a pas encore été traitée, elle sera transférée automatiquement à la PCU.

Si vos prestations d’assurance-emploi prennent fin avant le 3 octobre 2020 et que vous n’êtes pas en mesure de retourner au travail en raison de la COVID-19, vous pouvez présenter une demande de PCU une fois que vos prestations prendront fin.

Comment est-ce que je fais une demande?

Un portail en ligne sera mis en place d’ici le 6 avril pour cette nouvelle aide fédérale prise en charge par l’Agence de revenu du Canada (ARC). Le fédéral indique que l’argent sera envoyé dans les 10 jours suivant la demande.

Une ligne téléphonique automatisée et un numéro sans frais seront également disponibles pour les demandeurs.

Le fédéral recommande de s’inscrire à «Mon dossier», sur le site de l’ARC, afin de recevoir un dépôt direct. L’argent pourra aussi être envoyé par chèque, mais il n’est pas garanti qu’il soit reçu dans les délais prévus.

Vos questions sur la COVID-19

Les vaccins contre la pneumonie peuvent-ils limiter les dégâts?

Q : « Est-ce que les vaccins contre la pneumonie qu’on donne aux aînés ou à d’autres personnes peuvent empêcher l’infection à la COVID-19 d’évoluer vers une pneumonie et limiter les dégâts?» demande Lorraine Dietrich, de Shawinigan.

Malheureusement non. Les vaccins dont vous parlez préviennent seulement les pneumonies résultant d’infections par des bactéries appelées pneumocoques. Contre la COVID-19, il va falloir mettre au point un vaccin qui cible précisément le coronavirus SARS-CoV-2.

Lors de certaines infections par des virus, il arrive que des bactéries en profitent pour donner une surinfection. Est-ce que l’infection par le coronavirus pourrait s’accompagner d’une surinfection par un pneumocoque contre lequel ces vaccins protégeraient? Les études menées à date, notamment celle-ci publiée le 11 mars dans la revue The Lancet, montrent plutôt que les pneumonies de la COVID-19 sont principalement causées par le virus lui-même, et pas par des surinfections bactériennes. 

L’idée que les vaccins contre le pneumocoque ou la grippe protègent de la COVID-19 figure dans la liste des mythes que l’Organisation mondiale de la santé tente de combattre. 

Un vaccin, qu’il soit contre la grippe, le zona, la rougeole, les pneumonies à pneumocoques ou n’importe quelle autre maladie infectieuse, ne peut que prévenir une infection par le ou les micro-organismes contre lesquels il a été conçu.

Le vaccin déclenche ce qu’on appelle la réponse immunitaire adaptative. Il contient une toute petite quantité du micro-organisme visé, rendu inactif ou atténué, ou bien même seulement des fragments de celui-ci. Quand cette menace est repérée par le système immunitaire, certains globules blancs se mettent à fabriquer des anticorps qui sont ciblés spécifiquement contre la menace, et d’autres globules blancs emmagasinent la réponse en mémoire de manière à pouvoir la déployer si le micro-organisme pointe à nouveau son nez. Mais si c’est un autre microbe qui passe à l’attaque, ça ne marche pas! 

Les pneumonies sont des infections respiratoires sévères qui provoquent une inflammation dans les poumons, plus particulièrement dans les alvéoles. Les alvéoles ressemblent à de petites grappes de raisin situées au bout de chaque bronche et permettent à l’oxygène de l’air qu’on respire de passer dans notre sang. Lors d’une pneumonie, les alvéoles se remplissent de liquide inflammatoire qui empêche l’air d’y rentrer. Les pneumonies sont le plus souvent dues à des pneumocoques, mais elles peuvent aussi être causées par d’autres bactéries, et par des virus comme celui de l’influenza ou de la COVID-19.

Les vaccins contre les pneumonies ciblent tous des pneumocoques. Au Québec, le Synflorix, qui protège contre 10 types de pneumocoques sur la quarantaine susceptibles de donner des pneumonies, est principalement administré aux enfants en trois doses à l’âge de 2, 4 et 12 mois. Le Pneumovax, qui protège contre 23 types de pneumocoques, est surtout donné aux aînés et aux personnes dont l’état de santé les met plus à risque de contracter une infection ou de ne pouvoir la combattre efficacement.

La recherche d’un vaccin contre la COVID-19 a déjà démarré, et des premiers essais sont en cours, mais les spécialistes pensent qu’aucun vaccin ne pourra être disponible avant 12 à 18 mois. Entre temps, on cherche aussi des moyens de rendre le virus moins mortel avec différents médicaments comme des antiviraux, et on tente au maximum de gagner du temps en ralentissant la propagation du virus par la distanciation sociale et le lavage des mains. On va l’avoir! 

Vos questions sur la COVID-19

Faut-il avoir peur… des journaux?

Q : «On sait que la COVID-19 peut rester active sur du carton pendant 24 heures. On peut donc supposer qu’il en va de même pour le papier. Quelles sont les mesures prises par Le Soleil et les autres journaux pour éviter la propagation par les copies en papier? Les camelots ont-ils des consignes à respecter à cet égard ?» demande Ariane Nantel, de Sainte-Brigitte-de-Laval.

R : Je suis bien évidemment en conflit d’intérêts patent pour répondre à cette question. Mais tout de même : ce qu’on sait de ce coronavirus est plutôt rassurant à cet égard. Il y a bien une étude parue la semaine dernière dans le New England Journal of Medicine qui a trouvé que la COVID-19 peut survivre jusqu’à 24 heures sur des surfaces en carton, mais il faut savoir que c’est moins de 1 % des virus qui persistent aussi longtemps. En fait, sur du carton, le nombre de virus de la COVID-19 diminue de moitié à toutes les 3h30 environ, lit-on dans cet article.

Comme il faut un bon 6 heures pour imprimer un journal et le livrer (dans les meilleurs cas), cela signifie que beaucoup de virus ont le temps de mourir, mais que oui, il peut en principe en rester encore sur le journal quand nos abonnés vont prendre leur copie le matin. Cependant, ce risque est surtout théorique parce que ce coronavirus ne survit pas bien hors du corps humain et que la contagion indirecte via d’abord du papier, puis les mains et la bouche, n’est pas du tout son mode naturel de transmission (qui est plutôt les gouttelettes expulsées lors de la toux ou des éternuements). À cause de cela, il est très improbable de contracter la COVID-19 en se faisant livrer le journal. 

Notez que, conflit d’intérêts oblige, j’ai soumis cette manière de résumer les choses à deux experts indépendants — Dr Guy Boivin, titulaire de la Chaire de recherche sur les virus émergents de l’Université Laval, et Pierre Talbot, spécialiste des coronavirus de l’Institut Armand-Frappier (INRS) — qui m’ont tous deux confirmé qu’elle était valable. Tout cela, précise Dr Boivin, «peut être plus problématique dans des restaurants où un même journal est partagé par plusieurs personnes en un court laps de temps. Cependant, les commerces et restaurants étant fermés, le risque est minime».

Cela dit, on ne peut pas présumer non plus que le risque est de zéro, si bien que des mesures spéciales d’hygiène ont été prises, me dit Stéphane Lavallée, dg de la Coopérative nationale de l’information indépendante, dont font partie Le Soleil, Le Droit, Le Nouvelliste, La Voix de l’Est, La Tribune et Le Quotidien. «Notre imprimeur, TC Transcontinental, a interdit l’accès à ses usines à toute personne qui ne fait pas partie de son personnel», indique M. Lavallée, qui ajoute que l’entreprise demande aussi à ses employés de respecter des consignes additionnelles de sécurité (lavage des mains, désinfection des équipements, etc.).

La manipulation des copies a également été réduite, poursuit-il : les journaux sont regroupés en paquets de manière automatisée, paquets qui sont ensuite enveloppés d’un couche de papier. Enfin, les livreurs doivent désormais prendre les copies sans sortir de leur camion, et le chargement se fait mécaniquement.

Du côté du Soleil et des journaux du groupe des coops, «livreurs et camelots ont reçu la semaine dernière des indications claires pour le respect des consignes de la santé publique : lavage fréquent de mains, toux dans le coude, etc. (…) Lors de la livraison, nous leur demandons de limiter au minimum les contacts avec le papier», indique M. Lavallée.