Le coronavirus ne survivrait pas longtemps sur les surfaces, selon de nouvelles études

Science

Le coronavirus ne survivrait pas longtemps sur les surfaces, selon de nouvelles études

La Presse Canadienne
MONTRÉAL - La durée de survie du coronavirus sur les surfaces serait somme toute limitée, s’il faut en croire deux nouvelles recherches.

Lors de la première étude, des scientifiques allemands ont cherché des traces du virus sur les surfaces de résidences où habitait au moins une personne infectée.

Ils ont détecté l’ARN du virus sur seulement 3 % des surfaces les plus fréquemment touchées, comme les poignées de porte, et sur 15 % des surfaces de la salle de bain. Ils n’ont pas été en mesure de cultiver le virus en laboratoire à partir de ces échantillons.

L’ARN du virus n’a pas été détecté dans des particules en suspension dans l’air, mais les chercheurs préviennent que la méthode utilisée signifie que ces résultats doivent être interprétés avec prudence.

Par ailleurs, des chercheurs indiens croient qu’un temps chaud réduira la durée de survie du virus sur des surfaces, puisque la chaleur fera s’évaporer les gouttelettes qui le contiennent. Le virus séchera ensuite et mourra.

En revanche, préviennent-ils, un temps très humide pourrait protéger les gouttelettes et, du fait même, le virus.

Ils ajoutent en terminant que des surfaces comme le bois ou encore les écrans de téléphone doivent être nettoyées plus souvent que l’acier et le verre, par exemple. Ces surfaces permettraient aux gouttelettes de s’accumuler, ce qui augmente les chances de survie du virus.

Pourquoi la pandémie ne recule pas aux États-Unis comme en Europe?

Monde

Pourquoi la pandémie ne recule pas aux États-Unis comme en Europe?

Ivan Couronne
Agence France-Presse
Issam Ahmed
Agence France-Presse
WASHINGTON — La courbe du coronavirus retombe en Europe, mais les États-Unis sont bloqués depuis deux mois sur un «plateau», signe selon les experts que l’épidémie américaine en cache plusieurs, gérées de façons diverses selon les régions et les affinités politiques.

Deux épidémies

Avec 30 000 nouveaux cas détectés par jour en avril et plus de 20 000 depuis début mai, les États-Unis stagnent, car une partie du pays a pris le relais de l’autre.

«Nous n’avons pas agi assez vite et fort pour empêcher le virus de se propager au départ, et il s’est apparemment déplacé des foyers initiaux à d’autres zones urbaines et rurales», dit Tom Frieden, ancien directeur des Centres de prévention et de lutte contre les maladies (CDC).

Il y a d’un côté cinq États du Nord-Est, du New Jersey au Massachusetts avec New York au milieu, où la moitié des morts américains de la COVID-19 ont été enregistrées. Cette région, grande comme un pays européen, a largement engagé la descente — New York a 2600 personnes hospitalisées contre 19 000 à la mi-avril, selon le gouverneur.

Ces États, marqués au vif, ont aussi été les plus prudents dans le déconfinement. Les masques sont omniprésents. La réouverture de New York n’a commencé que lundi, les restaurants restent fermés.

À l’inverse, les régions moins urbanisées, le Midwest, le Sud et une partie de l’Ouest n’ont pas connu les engorgements des urgences et des morgues. Ces États ont ordonné le confinement plus tard et l’ont levé plus tôt. C’est là qu’aujourd’hui le virus circule le plus.

Fossé politique 

La politisation de la pandémie a renforcé le phénomène: les gouverneurs des États «rouges», c’est-à-dire républicains, ont eu tendance à minimiser le risque comme le président Donald Trump.

«Les États bleus sont plus appliqués que les États rouges pour pratiquer une réouverture en sécurité», observe Sten Vermund, doyen de l’école de santé publique de l’université Yale, qui ajoute qu’idéologiquement, «la plupart des Américains n’aiment pas qu’on leur dise quoi faire».

En Géorgie, en Floride, au Texas, on voit peu de gens masqués, y compris dans les restaurants et les magasins, même chez les employés.

Au Texas et en Caroline du Nord, il y a actuellement plus de malades de la COVID-19 hospitalisés qu’il y a un mois.

La Caroline du Sud est aussi au «pire» de son épidémie aujourd’hui, dit Melissa Nolan, professeure d’épidémiologie à l’université de Caroline du Sud, en notant des foyers d’infection dans les populations marginalisées comme les ouvriers hispaniques.

Les données des téléphones portables confirment que la distanciation physique est diversement respectée: au plus fort du confinement, les déplacements des habitants de New York ou de Washington ont baissé de près de 90 % pendant plusieurs semaines, contre 50 % ou moins dans de nombreuses zones du Sud, selon la société Unacast.

Jean-François Cliche
Le Soleil
Jean-François Cliche
La COVID-19 peut-elle laisser des séquelles psychologiques ?

Science

La COVID-19 peut-elle laisser des séquelles psychologiques ?

SCIENCE AU QUOTIDIEN / «Mon père de 96 ans est officiellement rétabli de la COVID-19 depuis le 24 mai, après 3 semaines à l’hôpital et une semaine malade à sa résidence. Il n’a jamais été aux soins intensifs. Cependant, il aurait dû débuter un peu de physiothérapie la semaine dernière mais a catégoriquement refusé à chaque essai. On nous dit qu’il crie de le laisser tranquille, qu’il est malade et trop fatigué. Il a même fait peur à une préposée avec son attitude. Ça ne ressemble pas du tout à mon père, qui a toujours été un homme aimable, cohérent et actif. Alors est-ce que la COVID-19 laisse des traces psychologiques ? Ou une espèce de traumatisme ?», demande Suzanne Perrault, de Saint-Lambert.

La revue médicale The Lancet a publié à la mi-mai une revue des études sur les conséquences psychologiques liées à trois coronavirus graves : le «syndrome respiratoire aigu sévère» (SRAS), qui a infecté 8000 personnes et en a tué environ 800 en 2002-2003 ; le syndrome respiratoire du Moyen-Orient (MERS), apparu en 2012 avec un taux de létalité de 35 % ; et la fameuse COVID-19 à laquelle on a affaire depuis quelques mois. Il n’y a presque pas de travaux publiés sur cette dernière pour l’instant mais, écrivent les auteurs du Lancet, si la COVID-19 suit à peu près le même cours que le SRAS et le MERS, il semble que la «plupart des patients devraient récupérer sans éprouver de maladie mentale».

Cependant, cette étude a aussi trouvé des symptômes d’anxiété, de dépression et de stress post-traumatique (SPT) chez une proportion importante des survivants, même une fois remis du SRAS ou du MERS. Un an après avoir reçu leur congé de l’hôpital, 29 % montraient des symptômes «de niveau clinique» pour la dépression, 34% pour l’anxiété et autant pour le SPT. On parle ici de symptômes comme une humeur maussade, de l’insomnie, de l’irritabilité, etc. Si bien que les auteurs de l’étude avertissent les médecins de garder un œil sur cet aspect de la chose.

Et ce n’est pas particulièrement étonnant, souligne Geneviève Belleville, chercheuse en psychologie à l’Université Laval qui mène des travaux sur (notamment) le syndrome de stress post-traumatique. «Le SPT qui serait causé par une maladie ou un séjour à l’hôpital, c’est une chose qui existe, c’est clair. Même chose pour la dépression : ce sont des réactions qu’on peut avoir quand on est exposé à un danger qui met notre vie en péril», dit-elle. Ça n'a rien de spécifique à la COVID-19, mais celle-ci comme n'importe quelle autre maladie grave peut déboucher sur des séquelles psychologiques.

Mme Belleville ne peut pas se prononcer sur un cas individuel, mais elle note que la perte de plaisir et d’intérêt envers les choses de la vie peut être un symptôme de dépression. L’irritabilité, elle, peut à la fois être un symptôme de dépression et de STP. «La capacité d’avoir du plaisir et de ressentir émotions positives est toujours très affectée quand on a ce genre de trouble», dit-elle.

Si (et je dis bien «si», parce que c’est au personnel médical à se prononcer) le père de Mme Perrault souffre bien d’un de ces problèmes, il serait loin — mais alors là très, très loin — d’être la première personne qui sort d’un hôpital déprimée, anxieuse ou plus ou moins traumatisée. Que ce soit à cause de la maladie elle-même, le fait de frôler la mort, le séjour prolongé en milieux hospitaliers (qui malgré les meilleurs efforts du personnel ne sont pas des endroits particulièrement gais) ou d’autres choses encore, plusieurs études l’ont constaté. Celle-ci, par exemple, a trouvé que 34 % de patients âgés admis dans une unité de soins cardiaques intensifs montraient des signes significatifs de dépression pendant leur hospitalisation, mais que un mois après leur sortie, ils n’étaient plus que 17 % à en souffrir. Cet autre article paru en 2018 a trouvé que sur près de 5000 patients admis aux soins intensifs pour diverses raisons au Royaume-Uni de 2008 à 2010, plus de la moitié montraient des «signes significatifs» de dépression, d’anxiété ou de SPT. Et l’on pourrait allonger cette liste pendant longtemps : quand on est hospitalisé, c’est habituellement parce que quelque chose va très mal, alors il n’y a rien d’anormal à en sortir plus ou moins amoché mentalement. — même si on n’est pas passé par les soins intensifs, comme le père de Mme Perrault.

La bonne nouvelle, c’est que ces problèmes se traitent, et ce, à tous les âges. «C’est malheureusement un stéréotype important, déplore Mme Belleville : on va souvent supposer que le changement d’humeur chez une personne âgée est causé par le vieillissement et qu’il n’y a donc rien à faire. Mais ce n’est pas vrai, surtout quand il ne semble pas y avoir de cause physiologique derrière, comme un début de démence. Chez une personne âgée qui a un niveau de santé acceptable, il n’y a pas de raison de ne pas traiter les troubles de santé mentale. (…) Ça se traite, peut importe l’âge. Il peut y avoir des médications qui vont être données avec plus de prudence à cause de la fragilité qui vient avec la vieillesse, mais si on parle de psychothérapie, ça se fait même à un âge avancé.»

Combien coûteront les militaires en CHSLD?

COVID-19

Combien coûteront les militaires en CHSLD?

Élisabeth Fleury
Élisabeth Fleury
Le Soleil
Combien coûte le déploiement des militaires dans les CHSLD? Quelles indemnités de risque reçoivent-ils? Le ministère de la Défense est incapable de nous le dire, des discussions étant «toujours en cours» à ce sujet.

Selon le ministère de la Défense, en date de mardi, 1299 membres des Forces armées canadiennes (FAC) soutenaient les autorités civiles dans 21 CHSLD au Québec. Le premier ministre François Legault parle plutôt de 1130 militaires, dont 780 sont vraiment dans les CHSLD, les 350 autres travaillant en support à l’extérieur. 

Les militaires de l’opération LASER ont été déployés graduellement à partir du 22 avril, et à moins d’un revirement de taille, leur mission doit prendre fin le 12 juin.

«Les membres des FAC déployés ont été répartis en équipes de renfort aux soins de santé civils comprenant un responsable médical supérieur, des préposés aux soins personnels et des troupes de soutien. La composition précise de chaque équipe est déterminée par les besoins de chaque établissement, besoins déterminés pendant la phase de reconnaissance. Chaque établissement peut compter sur les services d’entre 14 et 60 militaires, et ceux-ci collaborent avec les responsables médicaux civils sur place», détaille par courriel une porte-parole du ministère de la Défense, Jessica Lamirande.

Impossible d’obtenir une ventilation des militaires déployés par grade ou par catégorie de rémunération, cette liste n’étant pas disponible «en ce moment».

«Comme dans toutes les organisations, le salaire d’un employé est un peu différent dans chaque cas. Donc pour obtenir ces informations, il faudrait passer à travers la liste de tous les membres déployés un par un», explique Mme Lamirande,

«Mais c’est important de se rappeler que les membres de la Force régulière sont payés leur salaire normal, qu’ils soient déployés ou non», souligne la porte-parole du ministère de la Défense.

Les coûts associés à une opération comme LASER sont «différentiels», indique encore Jessica Lamirande. «Le coût différentiel pour le ministère de la Défense nationale est le coût supplémentaire en personnel et en équipement directement attribuable à une opération des Forces armées canadiennes», définit-elle.

«En particulier, les coûts différentiels englobent le coût supplémentaire qu’entraînent le déploiement des troupes et de l’équipement, la poursuite des travaux de maintenance et la prestation d’un soutien continu pendant le déroulement propre à l’opération qui s’impose, en plus de tout entraînement spécialisé requis pour l’opération», détaille-t-elle. 

Les coûts différentiels n’incluent donc pas le salaire régulier des membres des Forces canadiennes ou le coût de l’équipement que celles-ci possèdent déjà, par exemple. 

Et quels sont ces coûts? Mystère. Comme pour toutes les missions des FAC, ils seront calculés 90 jours après la fin de la mission, indique Mme Lamirande.

La question des primes «en discussion»

Autre inconnue, et non la moindre : l’indemnité versée aux militaires pour compenser les risques associés au travail spécifique qu’ils font dans les CHSLD. «Cette approche est en ligne avec les primes offertes aux membres lors de déploiements à risque à l’extérieur du Canada», explique Mme Lamirande. 

Selon la porte-parole du ministère de la Défense, «des discussions sont encore en cours et aucune décision n’a été prise à ce sujet pour le moment».

Est-ce que le coût anticipé du déploiement de militaires en CHSLD et le montant des primes de risque qui pourrait devoir être versé expliquent le refus du gouvernement fédéral de prolonger l’opération LASER au-delà du 12 juin? La porte-parole du ministère de la Défense assure que non.

«Depuis le début, nos priorités sont de fournir l’aide nécessaire aux établissements de soins de longue durée confrontés à des défis sans précédent et de soutenir les travailleurs de la santé et les résidents de ces établissements», écrit Mme Lamirande.

À la Chambre des communes, mardi, le premier ministre Justin Trudeau a écarté catégoriquement l’idée de prolonger la présence des militaires dans les CHSLD québécois jusqu’au 15 septembre, comme le réclamait François Legault. 

Samedi, La Presse rapportait que le ministre de la Défense, Harjit Sajjan, s’opposait farouchement à la demande de Québec. Selon le ministre Sajjan, les militaires ont d’autres obligations qui ne peuvent être mises de côté pendant la pandémie. Ils doivent, entre autres, se préparer à la saison des incendies de forêt ou encore donner un coup de main aux régions d’autres provinces qui pourraient être touchées par les inondations, soutient-il.

Dans une lettre ouverte publiée notamment dans le Huffington Post et La Presse, l’ex-officier supérieur des services de santé des FAC Dave Blackburn écrit que «le ministre de la Défense nationale ne joue pas franc-jeu en disant que les FAC n’ont pas le personnel suffisant pour répondre aux demandes et aux besoins du Québec». 

«Il y a 1444 militaires actuellement déployés au Québec. Les FAC comptent environ 68 000 membres de la Force régulière et 27 000 membres de la Réserve. Je suis convaincu que si cela devenait nécessaire, il serait possible de faire une rotation (au même titre que les rotations pour d’autres opérations) des 1444 militaires déployés», souligne M. Blackburn, selon qui «les militaires qui participent à l’opération LASER travaillent très fort pour combattre la pandémie, mais cela est comparable à d’autres missions». 

«Les militaires des FAC doivent absolument demeurer déployés dans les CHSLD jusqu’au 15 septembre ou plus, et non seulement parce que ‘‘le Québec paie sa part pour l’armée’’ [comme l’a souligné François Legault], mais bien parce que c’est un besoin essentiel», estime Dave Blackburn.

Survol de certaines recherches liées à la COVID-19 menées dans le monde [3 juin]

Science

Survol de certaines recherches liées à la COVID-19 menées dans le monde [3 juin]

Bob Weber
La Presse Canadienne
Des milliers de scientifiques dans le monde entier sont à pied d’oeuvre pour tenter de lutter contre la pandémie de COVID-19. Voici un résumé de certaines recherches récentes, qui ont été menées par des revues académiques ou des agences scientifiques, et qui ont généralement été révisées par des pairs:

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Le «Journal de l’Association médicale canadienne» a analysé les forces et les limites du traçage numérique des contacts comme moyen de lutter contre la propagation de la COVID-19. Le journal conclut que les applications de téléphonie mobile traçant les mouvements et les contacts ne sont utiles que si elles sont adoptées par un grand pourcentage de la population. Cela signifie que leur efficacité dépend de leur acceptation par le public. Le journal affirme que les gouvernements comme l’Alberta qui envisagent de rechercher les contacts numériques doivent veiller à ce que ces applications respectent la vie privée, utilisent des seuils raisonnables pour mesurer l’exposition et soient coordonnées entre les différentes agences de santé publique. Les auteurs préviennent que de telles mesures ne remplacent pas des tests fréquents et précis.

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Des recherches publiées dans le «Journal de l’Association médicale canadienne» suggèrent que le taux de mortalité chez les patients plus âgés atteints de la COVID-19 pourrait ne pas être aussi élevé qu’on le pensait. Les premières études menées en Chine, en Italie et aux États-Unis ont montré une mortalité variant de 23 à 62 % chez les patients gravement malades. Une enquête auprès de 117 patients atteints de la COVID-19 aux soins intensifs à Vancouver, cependant, a montré un taux de mortalité de 15%, même si l’âge médian était de 69 ans et près des trois quarts des patients avaient des problèmes de santé sous-jacents.

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Le blogue scientifique «Retraction Watch» souligne qu’un article largement diffusé qui jette le doute sur la capacité des masques à empêcher la propagation du nouveau coronavirus a été retiré. Le journal a été largement cité dans les médias et les médias sociaux après sa publication, mais la revue «Annals of Internal Medicine» l’a par la suite supprimé. La revue a cité des problèmes de taille d’échantillon - quatre participants - et le fait que les auteurs n’aient pas considéré les limites du test qu’ils utilisaient pour détecter le virus. «Retraction Watch», qui surveille les recherches sur la pandémie depuis qu’elle a commencé, répertorie plus d’une douzaine d’articles sur la COVID-19 qui ont été retirés, tant sur des sites de prépublications non évaluées par des pairs et sur les sites de revues prestigieuses telles que «The Lancet».

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La Société canadienne de thoracologie publie des lignes directrices sur l’asthme et la COVID-19. Les asthmatiques ne courent pas plus de risques de contracter le nouveau coronavirus, indiquent les lignes directrices, soulignant de grandes études montrant que le pourcentage d’asthmatiques parmi les patients atteints de COVID-19 correspond à leur part de la population générale. La société affirme que l’asthme pourrait bien être exacerbé par la maladie, mais cela n’a pas été directement prouvé jusqu’ici. Il n’y a pas non plus de preuve solide que les asthmatiques aient un risque plus élevé de maladie grave ou de décès en raison du virus. La société encourage les asthmatiques à poursuivre leur traitement régulier.

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La revue «Biomedicines» a publié des recherches montrant que les compléments alimentaires, dont la vitamine D et la quercétine (un flavonoïde présent dans les plantes), pourraient jouer un rôle dans le traitement des personnes souffrant de la COVID-19. Il a été constaté que la quercétine modifiait l’activité de nombreux gènes qui encodent les protéines ciblées par le virus, interférant ainsi potentiellement avec les fonctions de 85 % des protéines virales dans les cellules humaines. On pense que la vitamine D a un impact similaire. Les auteurs suggèrent qu’une carence en vitamine D associée à l’âge pourrait contribuer à la mortalité élevée des personnes âgées atteintes de COVID-19. Les auteurs suggèrent d’autres recherches et essais cliniques.

Pas simple, de faire un vrai bon masque...

COVID-19

Pas simple, de faire un vrai bon masque...

Jean-François Cliche
Jean-François Cliche
Le Soleil
Le coton ou polyester? Les filtres à café, est-ce que ça «marche»? Un coup parti, pourquoi ne pas essayer les filtres d’aspirateur? L’Institut de recherche en santé et sécurité au travail (IRSST) a testé toute une série de matériaux d’usage courant (et moins courant) ces dernières semaines, avec une conclusion un brin décourageante : faire un «masque maison» vraiment efficace n’est pas impossible, mais c’est loin d’être simple…

«C’est un des grands enseignements de l’avis : il y a peu de matériaux que M. et Mme Tout-le-Monde vont pouvoir trouver chez eux pour faire des masques de bonne qualité, dit Loïc Wingert, chercheur à l’IRSST et auteur principal de l’étude. Ce n’est pas une bonne nouvelle mais, en même temps, c’est presque normal. S’il avait suffi de prendre un peu de coton pour faire de bons masques, 3M et les autres compagnies n’auraient pas eu besoin de faire autant de recherche pour produire des N95 ou des masques de qualité chirurgicale.

«C’est un point important à faire passer, je pense, pour ne pas que les gens aient un faux sentiment de sécurité, pour qu’ils sachent que ce n’est pas suffisant de se mettre une ou deux couches de coton devant la bouche», poursuit-il.

Essentiellement, M. Wingert, et ses collègues ont testé trois caractéristiques des tissus. Ils ont examiné la filtration, soit la proportion des particules fines qui est retenue; un textile était jugé bon s’il en capturait 60 %, «acceptable» s’il en filtrait entre 40 et 60 %, et inadéquat sous ce seuil. Ils ont aussi poussé des bourrasques d’air comprimé à travers (tests de «pulvérisation») pour voir si les matériaux laissaient s’échapper des gouttelettes en cas de toux ou d’éternuement. Et ils ont mesuré la «respirabilité», soit l’effort supplémentaire que les poumons doivent faire pour respirer à travers un masque.

Presque tous les matériaux testés ont passé le test de la respirabilité, la plupart haut la main d’ailleurs, mais les deux autres se sont avérés une autre paire de manches, du moins pour les matériaux les plus facilement accessibles. Que ce soit les draps, par exemple, les lingettes (et toute une série a été testée), la feutrine, la laine mérinos, le polar, le coton tissé à 200 ou 600 fils au pouce ou les filtres à café, les fibres présentes dans le quotidien de M. et Mme Tout-le-Monde ne font pas de très bons masques. La quasi totalité a échoué soit au test de filtration, soit à la pulvérisation — souvent aux deux, d’ailleurs — et il n’est pas très utile de bien filtrer les particules si c’est pour pulvériser des gouttelettes infectées à la moindre toux.

Cependant, certains ont montré un potentiel intéressant pour l’un ou pour l’autre. Le polar, par exemple, n’est pas un bon filtre, mais empêche bien la pulvérisation des gouttelettes. À l’inverse, quelques rares modèles de lingettes retiennent bien les particules (pour peu qu’on en mette suffisamment de couches), mais pas les gouttelettes. On peut donc imaginer qu’un masque ayant du polar comme couche extérieure et quelques épaisseurs de lingette à l’intérieur pourrait faire un masque efficace — encore que un peu chaud pour l’été, mais c’est une autre question. D’autres combinaisons sont également possibles (tous les détails et les noms de modèles testés sont disponibles dans le rapport de l’IRSST).

Une autre avenue envisageable, dit M. Wingert, est de se faire une enveloppe lavable en tissu dans laquelle on placerait une couche filtrante (lavable ou remplaçable). À cet égard, l’IRSST a obtenu de bons résultats — tant en filtration qu’en pulvérisation — pour quelques matériaux qui peuvent être assez facilement disponibles au grand public, comme certains sacs d’aspirateur, de même que des filtres à air et certaines feuilles d’absorbant. Mais encore ici, il faut noter que la performance varie beaucoup d’un modèle à l’autre et certains matériaux ont besoin de plus d’une épaisseur pour passer les tests de l’IRSST.

«Alors se faire un bon masque maison, c’est faisable, dit M. Wingert. Quelqu’un qui va bien se renseigner et lire notre avis dans le détail pourra le faire. Mais ça reste un peu technique et ça demande de l’attention dans le développement.»

«Mais même un masque de qualité ne remplace pas les autres mesures, comme la distanciation, la bonne façon de mettre et retirer le masque, etc.», précise-t-il.

Notons que l’IRSST va continuer ses tests au cours des prochaines semaines et prévoit mettre à jour les informations sur son site, lorsque de nouveaux résultats seront disponibles.

La vitamine C pour aider les patients COVID-19 ?

Actualités

La vitamine C pour aider les patients COVID-19 ?

Marie-Christine Bouchard
Marie-Christine Bouchard
La Tribune
La vitamine C viendrait-elle en aide aux patients infectés par la COVID-19? La question se pose. En effet, la vitamine C fait partie d’une courte liste de traitements potentiels de la COVID-19 méritant une évaluation rigoureuse selon l’Organisation mondiale de la Santé (OMS). Menant déjà une étude sur la question, les Drs François Lamontagne et Neill Adhikari de l’Université de Sherbrooke viennent de lancer une étude complémentaire visant à évaluer les effets de la vitamine C pour tous les cas de COVID-19 nécessitant une hospitalisation.

Les Drs Lamontagne et Adhikari dirigent conjointement l’étude LOVIT (Lessening Organ dysfunction with VITamin C), un essai clinique en cours depuis 2018 dans plus d’une vingtaine d’établissements hospitaliers à travers le Canada, qui évalue les effets de fortes doses de vitamine C administrées par voie intraveineuse sur l’évolution des patients souffrant d’infections sévères et qui sont soignés dans les unités de soins intensifs.

Des études suggèrent en effet que les niveaux de vitamine C de ces patients sont nettement en deçà des normales. Les chercheurs pensent qu’un manque de vitamine C explique plusieurs anomalies et défaillances pouvant causer la mort.

Bien que l’ensemble des données demeure non concluant, certaines études suggèrent que l’administration de vitamine C intraveineuse aux patients gravement malades pourrait améliorer la survie.

La nouvelle étude permettra aux chercheurs de tester l’hypothèse qu’un traitement de vitamine C réduit les risques de détérioration qui mènent certains patients hospitalisés à cause de la COVID-19 jusqu’aux unités de soins intensifs.

« Notre première s’adresse aux patients très malades, suffisamment pour être hospitalisés aux soins intensifs. Depuis le début de la pandémie, on s’est efforcés de l’offrir également aux patients souffrant de la COVID-19 », indique le Dr Lamontagne.

Considérant que des patients moins malades pourraient aussi bénéficier de traitements à la vitamine C, les deux chercheurs et de nombreux collègues ont profité de la visibilité offerte par le document de l’OMS pour obtenir une subvention supplémentaire de 1,87 M$ de la Lotte & John Hecht Memorial Foundation qui privilégie les recherches en santé sur les médecines alternatives.  

« Dans le contexte de la pandémie actuelle, nous voulons évaluer l’ensemble des effets de la vitamine C sur l’évolution des infections nécessitant un séjour à l’unité des soins intensifs, mais aussi sur la progression de la maladie de tous les patients atteints de la COVID-19 devant être hospitalisés mais pas aux soins intensifs. À ce jour, nous avons déjà recruté 70 patients atteints de COVID-19 à travers le Canada », explique le Dr Lamontagne. 

Il est trop tôt pour parler de résultats, même préliminaires. « Ces études demandent de grands échantillons pour être concluantes. Il faut être patients avant de tirer des conclusions dans un sens ou dans l’autre », indique-t-il.

L’étude se déroulera dans 25 centres hospitaliers canadiens et des collaborations avec d’autres hôpitaux, ailleurs dans le monde, sont aussi à l’ordre du jour.

« Tout le monde a le souci de faire vite, car on ne sait pas quelle sera l’évolution de la transmission du virus », indique le chercheur du Centre de recherche du CHUS, qui est aussi interniste-intensiviste au CIUSSS de l’Estrie-CHUS.

Le nombre de patients hospitalisés à cause de la COVID-19 est en baisse au Québec et au Canada sur la fin de cette première vague. L’étude risque donc de partir plutôt lentement.

« Au début de la pandémie, la recherche dans le monde a mis deux-trois mois à se mettre en branle. C’est lent dans un sens, mais en même temps, c’est extrêmement rapide dans le monde de la recherche », souligne le médecin et chercheur.

« S’il n’y a plus de patients COVID-19, les études ne pourront pas avoir lieu. Mais s’il y a des deuxièmes vagues, nous sommes maintenant prêts à mener nos recherches », conclut le Dr Lamontagne.

La COVID-19 et l’influenza: moins de virus respiratoires en vue

COVID-19

La COVID-19 et l’influenza: moins de virus respiratoires en vue

Léa Harvey
Léa Harvey
Le Soleil
En plus d’une possible deuxième vague de COVID-19, l’automne ramènera avec lui le temps gris, la pluie, et aussi… la grippe. Bonnes nouvelles, les virus respiratoires pourraient être moins présents et le vaccin contre l’influenza donnera le soutien habituel... en autant que ceux qui en ont besoin aillent le chercher.

Pour Gaston De Serres, médecin-épidémiologiste à l’Institut national de Santé publique du Québec (INSPQ), il est clair que les gens à risque de contracter la grippe et de développer des complications devront se faire vacciner contre l’influenza. «En ce moment, c’est certain que si vous présentez des symptômes grippaux, ça inquiète un peu plus puisque ceux-ci s’apparentent aux symptômes de la COVID-19. Il sera donc conseillé pour les gens à risque, comme les personnes âgées, de se faire vacciner», explique le chercheur en entrevue, il y a quelques jours.

La campagne de vaccination de l’hiver prochain ne sera pas nécessairement plus importante que celles des autres années, selon Louis Flamand, virologue et chercheur senior de l’axe des maladies infectieuses et immunitaires du Centre de recherche du CHU de Québec. Dr Flamand pense tout de même que la vaccination pour les gens à risque de contracter l’influenza sera nécessaire. «Ce qu’on ne voudrait pas, c’est que les gens qui sont sensibles de développer des complications attrapent l’influenza et la COVID-19 en même temps. Parce que là, ça pourrait être dangereux», affirme-t-il.

Même si la majorité des laboratoires se concentrent sur les recherches concernant le coronavirus, M. De Serres précise que le vaccin contre l’influenza ne nécessite pas de recherches additionnelles. Le vaccin est donc actuellement en production et sera disponible cet automne comme à l’habitude. Parmi les personnes les plus vulnérables, on compte les bébés de moins de six mois, les personnes ayant des maladies chroniques, les femmes enceintes et les personnes âgées.

Le coronavirus ne devient pas plus dangereux

Santé

Le coronavirus ne devient pas plus dangereux

La Presse Canadienne
MONTRÉAL - Le virus SRAS-CoV-2 a subi plusieurs mutations depuis qu’il est apparu, mais aucune ne semble pour le moment le rendre plus infectieux, assurent des chercheurs britanniques.

Il est même possible que certaines de ces mutations interfèrent avec la capacité du virus à se répliquer, selon le quotidien «Daily Mail».

Les chercheurs du University College London ont analysé 31 variantes en circulation du virus. Certaines des mutations les plus courantes semblent avoir été causées par notre réponse immunitaire, et non par le virus qui s’adapte pour demeurer en vie.

La majorité de ces mutations ne changent rien à la nature du virus ou semblent lui être quelque peu néfastes. Certaines, en revanche, lui sont bénéfiques.

La première auteure de l’étude rappelle qu’il est tout à fait normal pour un virus de subir des mutations au fil du temps.

Au total, les scientifiques de la planète ont jusqu’à présent identifié quelque 7000 mutations du virus, dont environ 300 qui semblent en mesure de se reproduire de manière indépendante.

Une étude sherbrookoise démontre que la perte d’odorat est un symptôme marqué

COVID-19

Une étude sherbrookoise démontre que la perte d’odorat est un symptôme marqué

Claude Plante
Claude Plante
La Tribune
Une équipe de recherche du CIUSSS de l’Estrie — CHUS et de l’Université de Sherbrooke, dirigée par le Dr Alex Carignan, vient de confirmer la perte d’odorat et du goût comme symptôme prédominant de la COVID-19.

« L’association est très très forte, commente le Dr Carignan en entrevue avec La Tribune. Je crois qu’on en parle déjà beaucoup, mais il faut absolument que les gens soient alertés : s’ils ont une perte d’odorat ou de goût, actuellement, je dirais que c’est clairement de la COVID-19 jusqu’à preuve du contraire. Je dirais même que s’ils ont ce symptôme et qu’ils sont testés négatifs, ça vaudrait la peine d’attendre quelques jours plus tard pour s’assurer qu’ils sont bien négatifs, et de s’isoler jusqu’à preuve du contraire. »

À LIRE AUSSI: 85% des personnes infectées sont rétablies

L’équipe du Dr Carignan, qui a mené son étude après de 134 patients atteints du nouveau coronavirus SARS-CoV-2, a remarqué que près des deux tiers d’entre eux, soit 65 %, présentaient comme symptômes une perte d’odorat et de goût, de manière partielle ou complète. Les malades présentaient même ces symptômes de façon plus fréquente que d’autres signes considérés comme classiques de la maladie comme la fièvre ou l’essoufflement.

« C’était intéressant de voir que la majorité des patients qui avaient une perte d’odorat l’avaient subi de manière soudaine et complète. Les gens n’arrivaient plus à reconnaître certaines odeurs caractéristiques dans leur environnement, par exemple l’odeur des poubelles, des odeurs de parfum ou de fumée », note le Dr Carignan, dont l’étude a été publiée dans le journal de l’Association médicale canadienne mercredi.  

Chez un groupe témoin, qui comptait 134 personnes présentant des symptômes d’infection respiratoire, mais qui ont obtenu un test négatif à la COVID-19, seulement 4,5 % ont déclaré une perte d’odorat et de goût. Un chiffre qui concorde avec la proportion de la population qui souffre habituellement de pertes d’odorat ou de difficulté à sentir pour diverses raisons médicales, analyse le Dr Carignan. 

Survol de recherches liées à la COVID-19 menées dans le monde

Science

Survol de recherches liées à la COVID-19 menées dans le monde

Bob Weber
La Presse Canadienne
Des milliers de scientifiques dans le monde entier sont à pied d’oeuvre pour tenter de lutter contre la pandémie de COVID-19. Voici un résumé de certaines recherches récentes, qui ont été menées par des revues académiques ou des agences scientifiques, et qui ont généralement été révisées par des pairs:

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La COVID-19 aura au moins réussi à unir les Canadiens, selon la Revue canadienne de science politique. Un article publié dans la revue combine les sondages d’opinion publique avec un examen des messages des députés sur Twitter et conclut que la pandémie a créé un front uni parmi les Canadiens. Les membres des trois partis ont fortement soutenu les mesures de santé publique telles que la distanciation physique. Aucun d’entre eux n’a dit que les inquiétudes concernant le virus étaient exagérées ou n’a propagé de la désinformation. Les auteurs affirment que les inquiétudes concernant le virus et le respect des mesures de santé publique reculent un peu sur la droite politique. Mais ils ajoutent que comparativement à la polarisation aux États-Unis au sujet de la COVID-19, la société canadienne et ses élites sont plus unies.

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Le «Journal de l’Association médicale canadienne» a étudié les différences de taux de mortalité entre les États-Unis et le Canada. Différents pays ont souvent des taux de mortalité différents, admettent les auteurs. Mais dans ce cas, les deux pays sont très proches. En supposant un taux de déclaration de cas de COVID-19 inférieur à 50 %, les deux pays avaient un taux de mortalité inférieur à 2 %. Le taux du Canada était légèrement inférieur - 1,6 % contre 1,78 % au sud de la frontière.

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La revue «Health Expectations» rapporte que la pandémie de COVID-19 a considérablement modifié les plans de naissance des mères américaines. Environ 45 % des personnes interrogées - principalement blanches et issus de la classe moyenne - ont déclaré avoir changé certains aspects de leurs plans. Plus de femmes ont dit qu’elles accoucheraient à la maison. D’autres ont indiqué qu’elles raccourciraient leur séjour à l’hôpital grâce à une césarienne ou à un travail provoqué, ou resteraient à la maison aussi longtemps que possible. Certaines ont dit qu’elles porteraient un masque pendant le travail ou limiteraient le nombre de personnes de soutien pendant l’accouchement ainsi que de visiteurs par la suite. Certaines ont dit qu’elles modifieraient leur stratégie de gestion de la douleur par crainte d’infection.

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Le «Journal of Antimicrobial Agents» a résumé les effets possibles de la COVID-19 sur le corps. Bien que la maladie soit connue principalement comme une maladie respiratoire, le virus peut également endommager le coeur - et provoquer notamment une insuffisance cardiaque - et le système gastro-intestinal avec des symptômes tels que l’anorexie, la diarrhée, les nausées et vomissements et les douleurs abdominales. Une minorité importante de patients a signalé des lésions hépatiques. Un plus petit nombre a présenté des lésions rénales. Certains ont ressenti des étourdissements et des maux de tête; d’autres ont signalé une perte d’odorat et de goût. Des troubles de la conscience et de la circulation sanguine vers le cerveau ont été signalés, de même que des tics, des convulsions, une déficience visuelle et des douleurs nerveuses.

COVID-19: que sait-on de l’hydroxychloroquine?

COVID-19

COVID-19: que sait-on de l’hydroxychloroquine?

Julie Charpentrat
Agence France-Presse
PARIS — Le Brésil généralise son usage, Donald Trump en prenait tous les jours jusqu'à dimanche, mais l’Organisation mondiale de la santé (OMS) suspend «temporairement» ses essais cliniques après une nouvelle étude évoquant des risques de décès accru : que sait-on de la très controversée hydroxychloroquine — dérivée de l’antipaludéen chloroquine — actuellement expérimentée dans plusieurs pays contre la COVID-19?

Qu’est-ce que c’est?

La chloroquine est prescrite depuis plusieurs décennies contre le paludisme, un parasite véhiculé par le moustique.

COVID-19: des chercheurs veulent savoir comment se porte votre sommeil

COVID-19

COVID-19: des chercheurs veulent savoir comment se porte votre sommeil

Marc Allard
Marc Allard
Le Soleil
Comment se porte votre sommeil durant la pandémie de COVID-19? Des chercheurs d’une dizaine de pays dans le monde — dont un professeur de l’Université Laval — souhaitent le savoir.

Les scientifiques ont commencé lundi à chercher des participants pour cette étude internationale qui évaluera l’impact de la pandémie et du confinement sur les habitudes de sommeil et la santé mentale. 

«Ça fait trois semaines qu’on a des appels conférence Zoom, et on se dit : “il faut faire quelque chose”, parce que tout le monde est interpellé par les problèmes de sommeil», dit Charles Morin, professeur à l’École de psychologique de l’Université Laval, qui pilote le volet canadien/québécois de la recherche.  

Comme le rapportait récemment Le Soleil, plusieurs signes montrent que la crise de la COVID-19 a déjà affecté le sommeil des Québécois. M. Morin et ses collègues cherchent à documenter l’ampleur de cette perturbation et à cerner ses manifestations au niveau international. 

«Nos questions sont formulées pour demander aux gens de se replacer dans le peak de la pandémie», précise Charles Morin.

Les scientifiques sont à la recherche de 1000 personnes âgées de plus de 18 ans, avec ou sans difficulté de sommeil, pour compléter un questionnaire d’environ 40 questions et qui devrait prendre environ 20 minutes. 

En plus des chercheurs du Canada, des collègues de la Finlande, de la Norvège, du Royaume-Uni, de la France, de l’Italie, de la Chine, du Japon, de l’Allemagne et de l’Autriche travaillent sur la recherche. 

En Italie, une étude a déjà donné un aperçu des nuits troublées par la pandémie. Fin mars, les chercheurs italiens ont sondé leurs compatriotes sur la qualité de leur sommeil durant le confinement. 

Ils ont notamment remarqué que les personnes se couchaient et se réveillaient plus tard. Ils passaient aussi plus de temps au lit, mais, paradoxalement, ils dormaient moins bien. 

L’augmentation des difficultés de sommeil était plus forte pour les personnes présentant un niveau plus élevé de dépression, d’anxiété et de stress. 

L’étude internationale à laquelle contribue Charles Morin permettra de documenter plus précisément les difficultés de sommeil et de comparer les résultats de la dizaine de pays sondés. 

Le questionnaire anonyme est déjà en ligne et sera disponible pour environ trois semaines. Charles Morin espère qu’il y aura le plus de répondants possible. «Si on en a 2000, on va tous les prendre!» dit-il.

Le questionnaire est disponible ici 

Le remdesivir abrégerait la durée de la COVID-19

COVID-19

Le remdesivir abrégerait la durée de la COVID-19

La Presse Canadienne
MONTRÉAL — Une étude réalisée par le National Institute of Allergy and Infectious Diseases des États-Unis et publiée par le «New England Journal of Medicine» porte à croire que le remdesivir abrège la durée de la COVID-19.

L'étude comprenait 1063 patients. Le groupe qui a reçu du remdesivir pendant dix jours a mis, en moyenne, 11 jours à se remettre, comparativement à 15 jours pour le groupe placebo.

La mortalité était aussi plus faible dans le groupe remdesivir, mais la différence n'était pas statistiquement significative.

L'étude démontre que, quand cela est possible, le traitement au remdesivir devrait être entamé avant que les patients présentent des problèmes pulmonaires suffisamment graves pour avoir besoin d'aide pour respirer.

Plus de la moitié des participants souffraient d'un autre problème de santé, notamment d'hypertension, de diabète de type 2 et d'obésité. L'âge moyen des sujets était de 58,9 ans et il s'agissait majoritairement d'hommes.

Les stocks disponibles de remdesivir sont très limités et les médecins du monde attendent avec impatience les données leur indiquant comment le mieux utiliser ce dont ils disposent.

Jean-François Cliche
Le Soleil
Jean-François Cliche
La COVID-19 survit bien dans l’eau (mais on ne l'attrapera pas en nageant)

Science

La COVID-19 survit bien dans l’eau (mais on ne l'attrapera pas en nageant)

SCIENCE AU QUOTIDIEN / «Est-ce que le virus de la COVID-19 peut survivre dans l’eau non chlorée comme celle des lacs ? Son enveloppe «graisseuse» le fait-il flotter en surface pour lui permettre ensuite d’infecter les personnes qui profitent d’une bonne baignade ?», demande Paule Boisseau, de Québec. De son côté, Marie Morneau, elle aussi de Québec, aimerait savoir : «Quand les piscines vont rouvrir, privées comme publiques, est-ce que le fait qu’on y mette du chlore assurera la sécurité des baigneurs contre la COVID-19 ?»


De manière générale, oui, la «famille» des coronavirus (qui inclut la COVID-19, mais bien d’autres aussi, dont quatre virus bénins qui donnent le rhume) survit bien dans l’eau douce, du moment qu’elle n’est pas trop polluée. Une étude parue en 2009 dans la revue savante Food and Environmental Virology a trouvé qu’il faut environ 10 jours pour que 99,9 % des coronavirus soient éliminés dans l’eau du robinet à 23 °C, et plus de 100 jours lorsque l’eau est maintenue à 4 °C. D’autres travaux du même genre parus la même année dans Water Research ont pour leur part conclu que, dans l’eau d’un lac, il faut de 10 à 15 jours avant que 99 % des coronavirus ne meurent dans l’eau d’un lac.

Maintenant, est-ce que cela signifie que la baignade en lac ou dans les piscines publiques — si celles-ci finissent pas réouvrir — sera dangereuse ? Essentiellement, non, parce que «le virus est tellement dilué dans ces conditions-là que les risques sont infinitésimaux», répond le chercheur de l’Institut Armand-Frappier (INRS) et spécialiste des coronavirus Pierre Talbot.

Comme les autres coronavirus humains, la COVID-19 se transmet très principalement par les gouttelettes que les malades expulsent quand ils toussent, éternuent ou autre. Quand une gouttelette arrive sur la main de quelqu’un ou sur une surface solide, elle reste entièrement en place avec tous les virus qu’elle contient. Mais quand elle tombe dans l’eau, c’est une autre histoire : la gouttelette étant elle-même presque entièrement composée d’eau, elle va se mélanger à celle de la piscine ou du lac, et les virus qu’elle contient vont alors se disperser au lieu de rester tous concentrés au même endroit. Alors si un baigneur passe par là, la quantité de virus qu’il risque d’avaler a toutes les chances d’être infime, insuffisante pour provoquer la maladie.

En outre, les lacs sont de grandes étendues d’eau fréquentées par relativement peu de gens, ce qui réduit encore plus les risques. Les piscines, elles, sont bien sûr plus densément occupées, mais leur eau est chlorée et les microbes y meurent rapidement.

Cela ne signifie pas que toute contamination est impossible dans l’eau chlorée. On connaît des virus qui ont la capacité de se transmettre dans les piscines publiques, surtout lorsque l’eau n’est pas convenablement traitée. Mais en général, ce ne sont pas les coronavirus qui le font.  L’an dernier, l’International Journal of Environmental Research and Public Health a publié une revue de toutes les éclosions virales associées à des piscines publiques et documentées dans la littérature médicale depuis les années 1950. Aucune n’impliquait de coronavirus. Il s’agissait surtout de virus qui se propagent principalement par la voie oro-fécal, comme les entérovirus et les norovirus (sources très fréquentes de gastroentérites) et l’hépatite A. Seule exception : les adénovirus, qui peuvent eux aussi provoquer des gastros mais également des infections respiratoires. Cependant, les adénovirus sont connus pour être très résistants hors du corps humain, ce qui n’est pas (du tout) le cas des coronavirus.

Bref, dans les piscines publiques, c’est beaucoup plus la proximité des baigneurs entre eux (tant dans l’eau qu’à l’extérieur, dans les vestiaires, dans la file d’attente pour le plongeon, etc.) que la présence du virus dans l’eau qui peut être problématique.

Désinfecter son masque à la vapeur?

Vos questions sur la COVID-19

Désinfecter son masque à la vapeur?

Jean-François Cliche
Jean-François Cliche
Le Soleil
Q «Un ami m’a fait parvenir un document qui dit qu’on peut désinfecter des masques en les laissant 15 secondes au-dessus de l’eau bouillante, puis en les repassant au fer chaud. Ma conjointe travaille en pharmacie et, chaque jour à son retour de travail, elle doit laver ses masques, alors j’aimerais vraiment savoir si cette technique est bonne», demande André Nadeau.

R C’est assurément LA question que nous avons reçue le plus souvent au cours de la dernière semaine. Avec les nouvelles recommandations de la Santé publique (qui suggère de porter un couvre-visage) et les règles de confinement qui s’assouplissent graduellement, beaucoup de gens se demandent sans doute comment profiter du retour des beaux jours tout en maintenant les risques de contagion au minimum. Il faut aussi dire que plusieurs vidéos circulent abondamment sur les réseaux sociaux ces temps-ci, et suggèrent eux aussi de suspendre les masques au-dessus d’une marmite d’eau bouillante — certains parlent de 5 minutes, d’autres de 15, mais le principe est toujours le même.

Alors est-ce que ça peut marcher? En principe oui, jusqu’à un certain point, mais ça dépend de la température atteinte, ce qui est difficile à mesurer et à contrôler dans un tissu suspendu au-dessus d’une casserole, et du temps passé au-dessus de la vapeur (15 secondes risquent de ne pas suffire). L’Organisation mondiale de la santé estime que la quantité de coronavirus actif est réduite par un facteur 10 000 au bout de 15 minutes passées à 56 °C. Par ailleurs, une étude française en prépublication (donc à considérer avec prudence parce que ses résultats n’ont pas été revus et validés par d’autres scientifiques) a trouvé que 1h passée à 56 °C réduisait la charge virale par un facteur de 100 000, mais qu’il fallait atteindre 92 °C pendant 15 minutes pour anéantir le coronavirus quand il y en a beaucoup. Alors on peut imaginer qu’en suspendant des masques au-dessus d’une marmite bien chaude pendant assez longtemps, on va tuer une bonne partie des virus.

Cependant, tout cela laisse entière une question fondamentale : «Pourquoi est-ce qu’on se compliquerait la vie en faisant ça?» se demande Geneviève Marchand, chercheuse en microbiologie à l’Institut de recherche en santé et sécurité au travail, qui a justement mené des expériences sur la désinfection des masques récemment.

Les célèbres n95

L’idée d’utiliser la vapeur vient du fait que les «vrais» masques médicaux à usage unique, comme les désormais célèbres N95, sont faits de fibres particulières et assemblées de manière à produire une électricité statique qui améliore l’effet filtrant du masque. Cela retient très efficacement les virus, mais, d’un autre côté, cela donne un matériau qui est fragile et qui ne résiste pas bien au lavage ou aux processus habituels de désinfection.

Or justement, les masques ou les «couvre-visage» que l’on fait avec des tissus d’usage courant (coton, polyester, etc.), n’ont pas le pouvoir filtrant des masques médicaux, mais ils n’en ont pas non plus la fragilité. Alors il ne sert à rien de les suspendre au-dessus de l’eau chaude : «Il est beaucoup plus simple de juste les mettre à la laveuse, à l’eau tiède ou chaude, et de les faire sécher dans la sécheuse, pourvu qu’il n’y ait pas de contre-indication pour le tissu, dit Mme Marchand. Ce qui a été démontré à l’heure actuelle, c’est que ça fonctionne bien.»

Et ceux qui possèdent de véritables masques médicaux et qui voudraient les réutiliser? Peuvent-ils les désinfecter de cette manière? «Ces masques-là ne sont pas réutilisables et doivent aller à la poubelle une fois enlevés, tranche Mme Marchand. Les gens qui sont présentement en train de regarder la possibilité de réutiliser les N95 sont des spécialistes de la décontamination qui ont les moyens de suivre tout le processus pour s’assurer non seulement que la désinfection a été efficace, mais aussi que le matériau va conserver ses propriétés. Et ce n’est vraiment pas facile à faire. À notre labo, on a regardé les résultats de plusieurs de ces processus-là […] et le matériau ne garde pas toujours son efficacité. Dans les autoclaves [sorte de boîtier étanche où l’on injecte de la vapeur], les masques perdent leurs propriétés. [...]

«Mais il faut aussi savoir, poursuit Mme Marchand, qu’il y a des dizaines de modèles différents de N95, qui ne sont pas tous faits dans les mêmes médias filtrants. Alors même si on trouve une méthode qui marche bien sur un modèle, on ne peut pas l’appliquer à l’ensemble de ces masques. C’est vraiment du cas par cas.»

Bref, à moins d’avoir une connaissance technique très fine des masques médicaux et d’être absurdement bien équipé à la maison, mieux vaut ne pas désinfecter ses N95 au-dessus d’une casserole — ni de quelque autre manière que ce soit...

Existe-t-il de bons virus?

Vos questions sur la COVID-19

Existe-t-il de bons virus?

Annie Labrecque
Québec Science
Q: «Ces temps-ci, quand on entend parler de virus, ils sont toujours dangereux. Par exemple, la grippe espagnole, le VIH… Existe-t-il de bons virus? Des virus qui sont utiles?» s’interroge Sylvie Pouliot, Québec.

R: En effet, les virus ont mauvaise réputation, car ils peuvent causer des maladies. Mais la très grande majorité est inoffensive!

Les vedettes chez les «bons» virus sont les bactériophages. Ceux-ci infectent seulement les bactéries. Ils sont donc sans danger pour l’humain.

Sylvain Moineau, spécialiste des bactériophages, rapporte que l’intérêt envers ce type de virus s’est accru ces dernières années. «Il y a de plus en plus de projets de recherche qui portent sur les bactériophages, car ceux-ci peuvent notamment nous aider à combattre les bactéries résistantes aux antibiotiques», explique ce professeur au département de biochimie, microbiologie et bio-informatique de l’Université Laval. Nous vous parlions d’ailleurs de certains travaux sur le sujet il y a quelques mois.

Les bactériophages avaient d’abord été beaucoup étudiés au début des années 1900. Leur utilisation a cependant été mise de côté avec l’arrivée des antibiotiques, qui représentent un traitement simple pour guérir les malades.

Le coup de pouce

Depuis 2003, Sylvain Moineau est responsable du Centre de référence pour virus bactériens Félix d’Hérelle, une collection de phages parmi les plus diversifiées dans le monde. Avec la pandémie, son équipe a reçu plusieurs demandes pour quatre phages en particulier.

«Certains bactériophages peuvent servir de “simulant de virus”. Par exemple, avant de tester l’efficacité d’un désinfectant contre le coronavirus, je peux vérifier s’il fonctionne contre un bactériophage, car celui-ci possède des structures similaires au coronavirus, indique le chercheur. Si ça ne marche pas avec le phage, on peut se réajuster sans avoir besoin d’un niveau de confinement supérieur [c’est-à-dire des mesures de sécurité supplémentaires au laboratoire].»

Les bactériophages, en plus d’être sécuritaires pour le personnel de laboratoire, sont peu coûteux et faciles à manipuler. En 2016, le chercheur et sa collègue Caroline Duchaine avaient d’ailleurs utilisé les bactériophages comme substitut de virus dangereux pour tester des produits chimiques destinés à désinfecter l’air ambiant. «On envoie des phages dans l’air d’une pièce pour voir si on est capable de les détecter. Caroline Duchaine a développé au fil des ans des outils de détection pour les virus dans l’air.»

La chercheuse de l’Université Laval travaille d’ailleurs à détecter le coronavirus dans l’air auprès des patients exposés.

Un microbiote diversifié

Lorsqu’on pense au microbiote, on pense souvent à ces bactéries bénéfiques pour notre flore intestinale, mais les virus en font également partie.

«Quand on parle de microbiote, c’est des bactéries, des levures, des moisissures, mais aussi des virus. On en a plein sur nous et à l’intérieur de notre corps», décrit Sylvain Moineau.

«Ce sont les entités biologiques les plus abondantes sur la planète. C’est sûr qu’ils ne sont pas tous dangereux, sinon, on ne serait plus là.»

COVID-19: peu d’enfants admis aux soins intensifs

COVID-19

COVID-19: peu d’enfants admis aux soins intensifs

Stéphane Blais
La Presse Canadienne
Seulement onze enfants âgés de 2 à 19 ans avaient été admis aux soins intensifs en date du 6 mai en raison de la COVID-19, alors que les moins de 20 ans représentait 6 % de tous les cas déclarés, révèle un document publié jeudi par l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ).

L’analyse indique que le risque de maladie sévère ou de décès est faible chez les enfants atteints du virus.

Parmi les 1975 cas déclarés chez les moins de 20 ans, en date de 6 mai, à peine 36 ont été hospitalisés, soit 1,8 % d’entre eux, alors que « parmi les 30 631 cas survenus chez les 20 ans et plus, 8,4 % ont été hospitalisés ».

Onze enfants âgés de 2 à 19 ans avaient été admis aux soins intensifs alors qu’aucun décès n’avait été déclaré.

L’INSPQ précise qu’une revue des dossiers serait nécessaire, « afin de valider si ces enfants ont été hospitalisés pour d’autres causes que la COVID-19 ».

Toujours selon le document publié jeudi, à titre comparatif, un décès d’enfant avait été rapporté chez un adolescent en Chine, aucun en Italie et trois aux États-Unis. Au moins un autre décès a été signalé depuis le 6 mai aux États-Unis.

En date de jeudi, 3800 personnes étaient mortes de la COVID-19 au Québec.

14 000 tests par jour: pourquoi le Québec n’y arrive pas?

COVID-19

14 000 tests par jour: pourquoi le Québec n’y arrive pas?

Élisabeth Fleury
Élisabeth Fleury
Le Soleil
Alors que le Québec se déconfine de plus en plus, la capacité de dépistage de la COVID-19 n’a toujours pas atteint les 14 000 tests quotidiens promis. Le ministère de la Santé avance deux hypothèses pour expliquer le problème: soit qu’avec l’arrivée du beau temps, le nombre de personnes présentant des symptômes compatibles avec la COVID-19 diminue, soit les gens ne se déplacent pas en clinique de dépistage.

Le Québec devait dès le 8 mai avoir augmenté sa capacité de dépistage à 14 000 tests par jour. Or selon les données du ministère de la Santé, entre le 8 mai et le 19 mai, c’est une moyenne de 10 900 tests quotidiens qui ont été réalisés.  

À LIRE AUSSI: Pas de dépistage pour tout le monde même en présence de symptômes

À LIRE AUSSI: Les critères seront revus

«Plusieurs hypothèses peuvent expliquer que le réseau n’effectue pas 14 000 prélèvements par jour: 1. Avec l’arrivée du beau temps, le nombre de personnes avec des symptômes de fièvre, de toux, de difficultés respiratoires ou de perte de l’odorat avec ou sans perte de goût pourrait diminuer. 2. Les gens ne se déplacent pas en clinique de dépistage», explique par courriel une porte-parole du ministère, Marie-Claude Lacasse. 

Mme Lacasse souligne que malgré l’augmentation du nombre de prélèvements, le nombre de cas positifs diminue depuis 10 jours, «ce qui pourrait renforcer la première hypothèse». 

Le ministère de la Santé observe également une baisse des dépistages les fins de semaine et les congés fériés, ajoute la porte-parole, qui assure que «nous continuons de travailler pour que les prélèvements soient disponibles pour tous ceux qui en ont besoin». 

Il y a quelques jours, le directeur national de santé publique, le Dr Horacio Arruda, avait évoqué un problème de disponibilité de personnel pour expliquer la non atteinte de l’objectif des 14 000 tests quotidiens. 

Selon le ministère de la Santé, six nouveaux professionnels (en plus des infirmières) peuvent maintenant faire des tests de dépistage, soit les audiologistes, les dentistes, les diététistes-nutritionnistes, les hygiénistes dentaires, les orthophonistes et les physiothérapeutes.

Dans un communiqué diffusé en soirée, jeudi, l’Institut universitaire en cardiologie et pneumologie de Québec (IUCPQ) a annoncé qu’une équipe de volontaires avait «répondu favorablement à l’appel du réseau de la santé aux endroits où la COVID-19 a frappé le plus durement» et qu’elle avait quitté Québec dimanche pour aller sillonner pendant deux semaines les rues de Montréal au sein d’une unité mobile de dépistage.

Legault «pas content»

Tout en martelant que le Québec était «un des endroits au monde où on teste le plus», le premier ministre François Legault a réitéré jeudi qu’il n’était «pas content» de voir que la cible des 14 000 tests par jour n’avait pas encore été atteinte. «Je veux en faire plus, je suis très impatient», a-t-il dit en anglais lors du point de presse quotidien du gouvernement. 

Le Dr Horacio Arruda a de son côté expliqué qu’il y avait «plusieurs défis à cette capacité de 14 000 tests», sans toutefois détailler ces défis. 

«Nous allons faire davantage. […] On veut augmenter le nombre de tests, et le stabiliser [depuis le 8 mai, la capacité de dépistage a varié de 8 981 à 13 169 tests par jour]», a assuré le Dr Arruda, tout en laissant entendre que la cible de 14 000 tests pourrait être revue à la hausse. «Nous avons des objectifs encore plus ambitieux. Il s’agit d’une machine que nous devons roder», a-t-il dit.

Selon lui, «il semble que des gens [dans le réseau] aient peut-être refusé de faire passer des tests». «Il peut y avoir des problèmes d’interprétation sur les groupes admissibles [comme ça s’est vu dans la Capitale-Nationale, entre autres]. Il y aura des clarifications à cet effet», a-t-il promis. 

Le directeur national de santé publique s’est aussi dit d’avis que les études sérologiques permettront d’avoir «un meilleur portrait de la situation au Québec». 

Études sérologiques: pas encore de plan

On en sait toutefois encore très peu sur les fameux tests sérologiques qui seront réalisés dans la province afin de déterminer combien de personnes ont réellement contracté le virus et dans quelle mesure elles sont immunisées.

À propos de ces tests sérologiques, le ministère de la Santé nous dit que «des commandes ont été faites», mais qu’il est «encore trop tôt pour se prononcer sur leur utilité». 

«Des études sont en cours. Pour l’instant, les orientations de la Santé publique quant aux tests sérologiques se limitent à planifier la réalisation d’études de séroprévalence auprès de certaines populations afin d’évaluer la proportion de ces groupes ayant été en contact avec le virus de la COVID-19. Aucune date n’est encore définie pour le recours à leur utilisation», nous a répondu par courriel une porte-parole du ministère, Marie-Claude Lacasse. 

Mme Lacasse précise que des commandes de certaines trousses de sérologie ont été effectuées «afin que les laboratoires puissent dans un premier temps procéder à l’évaluation de la qualité de ces trousses, ce qui est une étape essentielle préalablement à leur utilisation».

Il n’a pas été possible de savoir auprès du ministère comment ces études sérologiques seront menées au Québec, combien de personnes seront testées, et qui le sera.

Projet pancanadien

On sait toutefois que des études sérologiques seront réalisées à travers le pays dans le cadre d’un vaste projet de recherche pancanadien. Au moins un million d’échantillons sanguins pourraient être prélevés dans la population au cours des deux prochaines années afin de déterminer quelle proportion de Canadiens ont des anticorps spécifiques à la COVID-19, et dans quelle mesure ceux-ci confèrent une immunité. 

En plus d’aider à mieux comprendre la COVID-19, les études sérologiques pourraient contribuer au développement de traitements et de vaccins.

Le 12 mai, Santé Canada a approuvé un premier test sérologique, le test Liaison, de l’italienne DiaSorin. Un second test a été autorisé jeudi, soit celui de la compagnie Abbott. 

Dans un communiqué, la compagnie américaine, qui fournit déjà au Canada son test moléculaire COVID-19, indique qu’elle prévoit commencer à exporter ses tests sérologiques ARCHITECT au pays cette semaine et en expédier 30 millions dans le monde entier d’ici la fin du mois de juin. 

Des huiles essentielles contre la COVID-19?

Vos questions sur la COVID-19

Des huiles essentielles contre la COVID-19?

Jean-François Cliche
Jean-François Cliche
Le Soleil
Q: «J’ai lu récemment un article qui parlait d’une entreprise qui importait du thymol [ndlr : une molécule présente dans le thym] pour fabriquer un désinfectant contre le coronavirus. Le docteur Jean Valnet qui a écrit le livre Aromathérapie : traitement des maladies par les essences des plantes, utilisait trois fois par jour de trois à cinq gouttes d’huile essentielle de thym de qualité phytothérapique pour soigner différentes affections. Est-ce que l’huile essentielle de thym à été testée pour soigner la COVID-19?» demande Sylvain Allard, de Chicoutimi.

R: J’ignore si l’huile essentielle de thym ou de toute autre plante fait présentement l’objet d’essais cliniques pour en mesurer l’efficacité contre le coronavirus (si efficacité il y a, ce qui est très loin d’être acquis), mais si tel est le cas, les résultats ne sont manifestement pas encore disponibles. La Food and Drug Administration aux États-Unis a en effet émis une série d’avertissements ces dernières semaines contre des entreprises qui profitent de la peur engendrée par la COVID-19 afin de vendre des huiles essentielles, justement.

La plupart de ces sites web présentaient une variété d’huiles essentielles, et pas forcément celle du thym (voir ici, par exemple), comme pouvant prévenir et/ou guérir cette nouvelle maladie. Une des lettres d’avertissement concernait un site qui, lui, proposait explicitement l’huile de thym blanc, et il a reçu le même avertissement que les autres : «Il n’y a présentement aucun vaccin, pilule, potion, lotion, pastille ou autre produit avec ou sans ordonnance pour traiter ou guérir la COVID-19. Ainsi, les prétentions citées plus haut [dans la lettre d’avertissement] ne s’appuient pas sur des preuves scientifiques compétentes et fiables.»

De manière générale, très peu d’études ont évalué les huiles essentielles en tant que traitement pour des infections respiratoires — comme l’influenza et les virus qui causent le rhume. Il existe beaucoup de travaux qui ont testé l’activité antimicrobienne de ces huiles en éprouvette, que ce soit sous forme de liquide ou de vaporisation en vue d’en faire éventuellement un traitement qui pourrait être inhalé. Et ces études concluent généralement que les huiles essentielles peuvent inhiber la croissance des bactéries ou des virus in vitro, mais la plupart des travaux n’ont pas dépassé cette étape. Quelques uns en ont testé sur des animaux, et encore plus rares sont ceux qui l’ont fait «pour vrai» sur des êtres humains. Une revue de littérature parue en 2014 a qualifié leurs résultats de «prometteurs», mais n’a rien trouvé de bien convaincants non plus — les essais sur des humains étaient petits et pas toujours bien menés.

C’est d’ailleurs là une règle générale au sujet de l’«aromathérapie», cette discipline qui tente de soigner avec des huiles essentielles, constatait il y a quelques années le médecin et chercheur britannique Edzard Ersnt, qui a consacré sa carrière à évaluer l’efficacité (et souvent l’absence de) des médecines alternatives : les études hors des éprouvettes sont rares, le peu dont on dispose est d’une qualité souvent douteuse, si bien qu’en bout de ligne, concluait-il, «l’aromathérapie n’a pas d’efficacité démontrée pour quelque problème de santé que ce soit».

Pourquoi les courbes stagnent-elles au Québec au lieu de reculer?

Vos questions sur la COVID-19

Pourquoi les courbes stagnent-elles au Québec au lieu de reculer?

Jean-François Cliche
Jean-François Cliche
Le Soleil
Q: «Cela fait maintenant des semaines que les frontières sont fermées et que la population est en confinement, mais on annonce toujours plusieurs centaines de nouveaux cas de COVID-19 chaque jour au Québec. Comment l’expliquer? Les gens ne respectent pas les règles de distanciation? Sont-ce surtout les travailleurs de la santé qui propagent la maladie? Un mélange des deux?» demande Normand Gagné, de Québec.

R: Il est difficile de se faire une idée précise de l’évolution de l’épidémie au Québec en regardant uniquement le nombre quotidien de nouveaux cas. Si l’on avait toujours fait le dépistage de la même façon, ce serait un indicateur utile, mais les politiques de dépistage de la COVID-19 ont changé plusieurs fois au fil des semaines : elles ont d’abord visé les voyageurs pour ensuite se tourner vers la «transmission communautaire» (les gens qui attrapent la maladie ici au lieu de la ramener de l’étranger). Et depuis le 1er mai, les ressources sont concentrées vers les régions les plus touchées, auxquelles sont réservés 80 % des tests disponibles.

Alors si on fait de plus en plus de tests quotidiennement et qu’on les dirige davantage vers les secteurs «chauds», on doit s’attendre à trouver plus de cas — mais cela ne signifie pas forcément que le coronavirus gagne du terrain.

C’est en partie pour cette raison que le nombre des hospitalisations causées par la COVID-19 est considéré comme un indicateur plus intéressant : parce qu’avoir été testé ou non ne change rien au fait qu’une personne vraiment mal en point va se rendre à l’hôpital.

Or à cet égard, il semble que le Québec soit parvenu à «aplatir la courbe», comme on dit, mais que le nombre d’hospitalisations stagne. Depuis le 15 mai, on compte entre 1700 et 1800 personnes hospitalisées à cause du coronavirus, un nombre comparable à celui du début mai. On a vu un peu la même chose avec le nombre de gens aux soins intensifs : il tourne autour de 180 depuis quelques jours, ce qui est une baisse comparé au pic de 200 à 220 d’avant, mais ce nombre était resté au-dessus de 200 pendant presque tout le mois d’avril et le début de mai.

Cela contraste avec la situation dans d’autres pays, où le pic a été rapidement atteint, puis a été suivi par une diminution constante du nombre de personnes hospitalisées à cause de la COVID-19. Par exemple, voit-on dans des données compilées par l’épidémiologiste finlandais Markku Peltonen, au Danemark le nombre d’hospitalisations liées à la COVID-19 est rapidement passé de 5 par million d’habitants (20 mars) à 25/million (2 avril), mais sitôt le maximum atteint, les hospitalisations se sont mises à reculer (elles sont maintenant de retour à 5/million). Il n’y a pas eu de long plateau comme ici — et la même chose vaut pour les autres pays du nord de l’Europe étudiés par M. Peltonen.

Multiplication de bonnes nouvelles sur la création d'un vaccin contre la COVID-19

Santé

Multiplication de bonnes nouvelles sur la création d'un vaccin contre la COVID-19

Jean-Benoit Legault
La Presse canadienne
Les nouvelles encourageantes se multiplient concernant le développement éventuel d’un vaccin contre le coronavirus.

La semaine dernière, l’entreprise biopharmaceutique québécoise Medicago a indiqué que son vaccin candidat a généré une réponse en anticorps positive chez la souris dix jours après l’administration d’une seule dose.

Puis, samedi, Santé Canada a approuvé des tests qui seront menés au Centre canadien de vaccinologie de l’Université Dalhousie.

Une équipe anglo-américaine annonce maintenant que son vaccin candidat a protégé des singes d’une pneumonie, en plus de susciter chez eux une forte réponse immunitaire.

Le vaccin potentiel reproduit la protéine de spicule que le SRAS-CoV-2 utilise pour envahir les cellules.

Six macaques rhésus ont reçu ce vaccin, puis une forte dose du virus. Tous les animaux ont développé les anticorps qui empêchent le virus de s’infiltrer dans les cellules. Le vaccin semble aussi avoir bloqué la reproduction du virus dans leurs poumons.

Ce vaccin, qui a été développé conjointement par le National Institute of Allergy and Infectious Diseases et l’Université d’Oxford, fait maintenant l’objet d’essais cliniques.

Est-il risqué de donner son plasma?

Vos questions sur la COVID-19

Est-il risqué de donner son plasma?

Valérie Borde
Fondatrice, Centre Déclic
Q: «Les personnes guéries de la COVID-19 et qui offrent leur plasma dans le but que leurs anticorps soient donnés à des malades perdent-elles leur immunité?» demande Suzanne Bujold, de Québec.

R: «Non, car on ne récolte aucune cellule immunitaire», répond Philippe Bégin, immunologue et professeur à l’Université de Montréal, en charge d’une grande étude clinique qui vise à vérifier si le plasma des personnes guéries de la COVID-19 pourrait être utile aux personnes encore malades.

Le plasma est la partie liquide du sang, dans laquelle baignent les globules rouges, qui transportent l’oxygène, les globules blancs, qui assurent l’immunité, et les plaquettes, de gros fragments de cellules issues de la moelle osseuse qui servent principalement à la coagulation. Le sang contient 55 % de plasma, un liquide jaunâtre fait à 90 % d’eau et d’un mélange de multiples molécules. On y retrouve notamment les gaz respiratoires (oxygène et gaz carbonique), des substances en transit comme des nutriments provenant de l’alimentation et les déchets du métabolisme, et des milliers de types de protéines qui ont diverses fonctions. Parmi celles-ci, se trouvent les immunoglobulines produites par les cellules de l’immunité. Et parmi les immunoglobulines, se trouvent les anticorps, produits par les lymphocytes T, qui servent à neutraliser des agents extérieurs tels que le virus SARS-Cov-2. Pour celui-ci, on croit que la production d’anticorps serait à son maximum environ un mois après le début des symptômes, et persisterait au moins quelques mois.

Lors d’un don de plasma, le sang de la personne est directement acheminé à une machine qui le centrifuge pour en séparer la partie liquide. Le reste est aussitôt renvoyé directement dans le sang du donneur, qui retrouve donc, entre autres, ses globules blancs. Les dons de plasma sont une pratique courante et bien rodée, c’est grâce à eux qu’on peut notamment obtenir des immunoglobulines qui servent à traiter les personnes atteintes de certains déficits immunitaires. L’apharèse, la technique dans laquelle le sang prélevé passe dans la machine et est directement réinjecté, est parfaitement au point et sécuritaire. L’an dernier, par exemple, près de 15 000 personnes ont donné du plasma à Héma-Québec pour qu’on en extrait des immunoglobulines.  

À chaque don, environ 0,75 litre de plasma est collecté, pendant que le donneur reçoit un soluté et boit de l’eau pour compenser cette perte de liquide. Tout ce processus est bien décrit en vidéo par Héma-Québec qui explique à quoi s’attendre et ce qu’il se passe après

Les globules blancs retournés dans le corps du donneur sont parfaitement aptes à produire de nouveaux anticorps. Ils s‘ajoutent aussi à tous ceux qui n’ont pas été prélevés – on a en moyenne 5 litres de sang, et de 20 à 50 millions de globules blancs. Il n’y a aucune crainte à avoir qu’un don de plasma amoindrisse sa capacité à produire des anticorps. 

Dans le corps du receveur, les anticorps pourraient potentiellement agir pour donner un coup de pouce au système immunitaire… jusqu’à ce qu’ils finissent par disparaitre, après quelques semaines ou mois. Cette stratégie d’immunisation passive a déjà été utilisée par le passé, avec des succès variables, et elle est essayée à chaque nouvelle épidémie. Quelques résultats encourageants ont déjà été publiés pour la COVID-19 et plusieurs essais ont démarré.

La grande étude clinique pilotée par Philippe Bégin est réalisée en collaboration avec Héma-Québec, la Société canadienne du sang et le New York Blood Center, et vise à vérifier si le plasma peut être utile pour aider des gens malades à combattre le virus, et à quelles conditions. Les donneurs sont invités à s’inscrire. Pour l’instant, une cinquantaine de sites (dont une quinzaine au Québec) peuvent les recevoir pour un don de plasma, qui dure environ 45 minutes, et qu’on peut recommencer tous les six jours (comme on ne perd aucune cellule, on n’a pas à attendre que celles-ci se reproduisent, comme c’est le cas après un don de sang). Dans le cadre de cette étude, les femmes qui ont déjà été enceintes (même si la grossesse n’a pas été menée à terme) ne sont pas admissibles, car leur plasma contient des anticorps contre le non-soi qu’il faudrait éliminer avant de transfuser le plasma.

Au total, les chercheurs vont inclure 1200 patients dans leur étude : les deux tiers vont recevoir le plasma et le dernier tiers servira de groupe contrôle. Le recrutement des patients débutera dans quelques jours et les premiers résultats sont espérés pour dans six mois.

Les personnes greffées sont-elles plus à risque?

Vos questions sur la COVID-19

Les personnes greffées sont-elles plus à risque?

Annie Labrecque
Québec Science
Q: «J’aimerais savoir si des patients immunosupprimés (suite à une greffe d’organe) ont été infectés à ce jour par la COVID-19 et comment ça s’est passé pour eux?» s’interroge Louise Gagné, Candiac.

R: Selon le Dr Michel Pâquet, néphrologue en transplantation au CHUM, il y a eu des patients greffés infectés par le coronavirus. «Ils ne sont pas nécessairement plus à risque de l’attraper, mais une fois contaminés par le virus, le risque que ça soit une maladie plus sévère est plus grand que pour la population en général, qui n’est ni greffée ni immunosupprimée», note-t-il.

Le néphrologue mentionne qu’avant même d’être greffées, ces personnes possédaient souvent des prédispositions médicales défavorables. «Dans la majorité des cas, il y a aussi de l’obésité, de l’hypertension et du diabète. Ce sont des facteurs de risques supplémentaires».

Les risques de complications varient également selon le type d’organe greffé. Un patient greffé du poumon aura plus de risques que celui du cœur, par exemple. «Les poumons sont l’organe où le virus cause le plus de dommages», indique le Dr Pâquet.

Les personnes greffées, pour empêcher le rejet de l’organe transplanté, doivent prendre des immunosuppresseurs (comme les personnes atteintes de maladies auto-immunes). Ces médicaments peuvent affecter partiellement leur système immunitaire, mais pas au point de les laisser sans défense, explique le médecin. «Ce serait exagéré de dire que les personnes greffées n’ont pas de système immunitaire. On leur donne des immunosuppresseurs qui sont ciblés et qui touchent une partie de leur système immunitaire pour éviter le rejet causé par certaines cellules, spécifie le Dr Pâquet. Leur système immunitaire, qui n’est pas à son maximum, est plutôt au ralenti. Les patients greffés, en général, ne font pas plus d’infections que le reste de la population».

Depuis le début de la pandémie, le spécialiste a eu à sa charge des patients infectés par la COVID-19 qui n’ont pas eu besoin d’hospitalisation et qui sont guéris. «Chez les patients hospitalisés, on diminue la dose d’immunosuppresseurs pour donner une chance au système immunitaire de combattre l’infection», explique le médecin. Mais cela nécessite un certain équilibre. «Si on diminue trop, on pourrait avoir un rejet», ajoute-t-il.

Il est trop tôt cependant pour connaître le taux de mortalité parmi ce groupe, sans compter que ce taux change d’un pays à l’autre. «Pour les personnes greffées et immunosupprimées, cela varie entre 15 et 20 % selon ce qui est rapporté par d’autres pays. Mais il faut faire attention à ces chiffres, car les contextes sont différents et parfois, ces données sont incomplètes», précise-t-il.

Pour obtenir l’heure juste, une équipe canadienne a lancé une étude nommée SNOTRAC (Surveillance of National Organ Transplant Recipient Affected by COVID). Cette étude, qui implique la participation des provinces canadiennes et à laquelle collabore le Dr Michel Pâquet, servira au recensement de tous les patients greffés et atteints de la COVID-19 afin de suivre l’évolution de leur état de santé ainsi que les traitements reçus.

Le don d’organes en temps de pandémie

Selon le Dr Prosanto Chaudhury, directeur médical de transplantation, à Transplant Québec, le processus du don d’organes se poursuit malgré la pandémie, en s’assurant que ni le donneur ni le receveur ne soient positifs à la COVID-19. Pour le moment, seules les transplantations urgentes sont effectuées pour éviter la transmission du virus.

«Que ce soit pour la COVID-19 ou pour toute autre infection, si le receveur est infecté, il faut attendre que celui-ci guérisse avant de procéder à la chirurgie», mentionne le Dr Chaudhury. Temps de pandémie oblige, les amis et la famille ne peuvent pas être au chevet des donneurs et des receveurs. «C’est difficile pour l’entourage, car ils ne peuvent être présents que par visioconférence», dit le Dr Chaudhury.

Peut-on prédire la tempête immunitaire?

Vos questions sur la COVID-19

Peut-on prédire la tempête immunitaire?

Valérie Borde
Fondatrice, Centre Déclic
«Pourrait-on prédire si une personne a un risque élevé d’avoir une tempête de cytokines si elle contracte le virus?», demande Jean Pellerin, de Montréal.

La tempête de cytokines est un phénomène très complexe, encore mal connu, et qui implique une grande variété de molécules produites par une grande variété de cellules. Tant qu’on ne sait pas exactement comment elle se produit chez certaines personnes infectées par le SARS-Cov-2, on ne peut pas la prédire car elle survient brusquement, en réaction au virus.

Partout à travers le monde, cependant, des études en génétique ont démarré pour essayer de voir si on peut associer les formes les plus sévères de la maladie à certaines variations génétiques dans le génome humain : la COVID-19 Host Genetics Initiative, un programme international pour mettre en commun les connaissances à ce sujet, recense déjà plus de 160 projets de recherche lancés à travers le monde, comme la Biobanque québécoise de la COVID-19 pilotée par le Dr Vincent Mooser de l’Université McGill. Ces études vont surtout permettre de mieux comprendre ce qui se passe dans la réaction au virus, et pourraient amener de nouvelles pistes de traitement. Mais on est très loin de pouvoir prédire qui est à risque accru avec un test de routine.

Depuis le début de la pandémie, plusieurs études ont montré qu’une partie des personnes les plus gravement malades de la COVID-19 semblent victimes de cette fameuse tempête de cytokines, un emballement de leur système immunitaire. On ne sait pas encore quelle proportion des décès est due à cette hyperinflammation. Les cytokines sont des molécules produites par les globules blancs, qui servent de signaux de communication entre ces cellules et permettent d’orchestrer la réaction immunitaire par laquelle le corps combat l’ennemi. Elles se fixent sur des récepteurs sur la membrane des cellules, à qui elles indiquent ainsi quoi faire. Il existe plusieurs familles de cytokines, classées selon leur structure moléculaire, comme les interférons, les interleukines ou les chimiokines, qui jouent différents rôles. Certaines, par exemple, servent à attirer plus de globules blancs sur le site de l’infection, d’autres activent les cellules macrophages capables de détruire le virus. Beaucoup indiquent aux cellules de produire d’autres molécules, comme des enzymes, qui peuvent inhiber ou renforcer l’action des cytokines de manière à doser la réaction immunitaire.

En temps normal, lors d’une infection, tout ceci est finement régulé jusqu’à ce que l’ennemi soit éventuellement terrassé. Mais lors d’une tempête de cytokines, ou orage cytokinique, le système s’emballe : sans qu’on sache pourquoi, certaines cytokines sont produites en trop grandes quantités, provoquant une inflammation généralisée : la tension artérielle et le taux d’oxygène dans le sang chutent, les vaisseaux sanguins deviennent plus perméables et les cytokines se répandent dans le corps où elles causent de graves dommages aux organes vitaux, notamment aux poumons, au cœur et aux reins. 

On sait que cette réaction anormale peut survenir à la suite d’une infection virale. On pense qu’elle fut à l’origine de la plupart des décès lors de la pandémie de grippe espagnole de 1918 et de l’épidémie de SRAS de 2003. Ce phénomène peut aussi se manifester chez des personnes atteintes d’une maladie du système immunitaire, comme l’arthrite juvénile, et peut être un effet indésirable de certaines thérapies cellulaires contre des leucémies.

Dans le cas de la COVID-19, les chercheurs pensent avoir identifié certaines cytokines, comme l’interleukine-1 (IL-1) et l’interleukine-6 (IL-6) qui sont libérées en trop grandes quantités dans les cas critiques. Plusieurs essais de traitements en cours visent à vérifier si des molécules connues pour agir sur ces cytokines, ou sur leurs récepteurs membranaires, pourraient avoir un effet lors d’une infection par le SARS-Cov-2. La colchicine testée par l’Institut de cardiologie de Montréal, par exemple, vise l’IL-1, alors que plusieurs molécules, comme le tocilizumab, visent l’IL-6. Toute la difficulté consiste à empêcher la tempête de cytokines sans pour autant que le virus ne profite de la baisse des défenses immunitaires pour regagner du terrain. 

Comme les tempêtes de cytokines frappent seulement une fraction des personnes infectées par le virus, plusieurs chercheurs ont émis l’hypothèse que ce phénomène pourrait être lié à la génétique des individus. L’ADN présent dans le noyau des cellules contient les instructions qui leur dictent quelles molécules elles doivent sécréter, et donc quels récepteurs sont présents dans leurs membranes. Il existe de petites variations entre les personnes, des polymorphismes, qui font en sorte de modifier le type ou la quantité de protéines pour lesquels code chaque gène. 

Quelques gènes sont déjà dans le collimateur des chercheurs. Par exemple, celui qui code pour le récepteur de l’enzyme de conversion de l’angiotensine 2 (ACE-2), que le virus utilise comme porte d’entrée pour pénétrer dans les cellules. Ou celui d’une enzyme, la TMPRSS2, qui coopère avec ACE-2, et celui de ACE-1 dont on sait qu’il existe certaines variations qui modèlent l’expression d’ACE-2. Pour ACE-1, des chercheurs belges pensent même avoir établi une corrélation entre  la fréquence de certains polymorphismes et la distribution géographique de la sévérité de la maladie. Des études encore préliminaires suggèrent aussi que des mutations des gènes commandant la production des antigènes des leucocytes humains (HLA) pourraient avoir leur importance, comme l’ont suggéré des chercheurs chinois dans une prépublication fin mars. Ces molécules servent à reconnaitre ses propres cellules et sont à la base de la distinction entre les différents groupes sanguins.  À New York, le généticien Jean-Laurent Casanova regarde pour sa part les moins de 50 ans en bonne santé, victimes de formes graves de la COVID-19, pour voir en quoi leur génome semble se distinguer de celui de leurs semblables. 

Mais la clé de la réponse immunitaire et de la tempête de cytokines a bien peu de chances d’être liée à une mutation unique. De multiples combinaisons pourraient enrayer la réponse immunitaire à un niveau ou à un autre pour déclencher cette réaction. Autant toutes ces recherches sont très utiles pour mieux comprendre la maladie et trouver des moyens d’action, autant il n’est pas garanti qu’on puisse un jour identifier les individus à risque sur la seule base de leur génétique, et concevoir des tests assez spécifiques pour qu’ils soient utilisables pour la prévention.

COVID-19: l’énigme des caillots sanguins

Vos questions sur la COVID-19

COVID-19: l’énigme des caillots sanguins

Renaud Manuguerra-Gagné
Québec Science
Q : «Plusieurs médias rapportent que la COVID pourrait causer des problèmes de caillots sanguins chez les jeunes. J’imagine qu’on n’a pas encore assez d’études fiables à ce sujet, mais qu’en est-il vraiment ?», demande Geneviève Bush.

R : Depuis le début de la pandémie, les médecins voient de nombreuses manifestations cliniques de la COVID-19 qui dépassent largement le domaine respiratoire. Parmi elles, les plus déroutantes sont liées à l’apparition de caillots dans le système sanguin.

Chez certains, cela se manifeste par des marques bleues sur les extrémités des membres, semblables à des engelures. Pour d’autres, par des embolies pulmonaires. Les cas les plus dramatiques se concluent par des infarctus, ou des accidents vasculaires cérébraux.

«Ces caillots sont très inhabituels, explique le Dr Jean-Claude Tardif, directeur du centre de recherche de l’Institut de Cardiologie de Montréal et professeur de médecine à l’Université de Montréal. Habituellement, un caillot sera spécifique à une région du corps ou à un organe. Avec la COVID-19, la situation est généralisée, avec de multiples caillots dans plusieurs vaisseaux, des artères jusqu’aux capillaires. Ce problème frappe aussi tous les groupes d’âge, alors qu’on le voit normalement chez des personnes plus âgées.»

La variabilité de l’état des patients touchés par ces complications surprend aussi les médecins, car des caillots ont été observés autant chez des personnes déjà sous respirateurs que chez des personnes sans symptômes apparents.

«Ces caillots apparaissent chez environ 25% des patients gravement touchés par la COVID-19, explique Michelle Sholzberg, médecin hématologue à l’hôpital St-Michaels de Toronto. Mais se limiter aux cas graves peut être trompeur, car jusqu’à 70% des patients qui entrent à l’hôpital avec la maladie ont des résultats anormaux à leurs analyses sanguines. Ils n’ont pas de caillots comme tels, mais des niveaux très élevés de D-dimères, des protéines qui apparaissent dans le sang quand un caillot a été dégradé.»

Causes floues

Jusqu’à maintenant, plusieurs hypothèses pourraient expliquer ces complications. Dans les vaisseaux sanguins, les cellules formant leur paroi interne, l’endothélium, possèdent à leur surface la protéine ACE2, la même qui permet au coronavirus de pénétrer dans les cellules pulmonaires.

«Lorsque le virus se promène dans le sang et tue les cellules de l’endothélium, cela va exposer la membrane basale qui se trouve juste en dessous, membrane avec laquelle peuvent réagir les plaquettes et autres facteurs de coagulation pour empêcher les pertes de sang, explique Georges-Étienne Rivard, hémato-oncologue au CHU Ste-Justine. Plus cet endothélium est exposé, plus on verra de coagulation.»

Une autre hypothèse concerne le système immunitaire lui-même. «La mort cellulaire va causer de l’inflammation, poursuit le Dr Rivard. Plusieurs facteurs inflammatoires jouent aussi un rôle dans la coagulation sanguine. De plus, certains globules blancs nommés neutrophiles peuvent produire une substance très collante, des “Net” (neutrophil extracellular trap), qui sert à piéger les pathogènes, mais qui peut aussi favoriser la coagulation. Ce sont des réactions normales, mais l’échelle à laquelle on les retrouve dans cette maladie est inhabituelle.»

Cette complication pourrait aussi s’expliquer par plusieurs autres raisons encore inconnues, ou une combinaison de facteurs. «Certaines personnes pourraient avoir des prédispositions génétiques favorisant la coagulation, ou les réactions inflammatoires, ajoute la Dre Sholzberg. Nous aimerions être en mesure d’identifier les personnes plus à risque, mais cette complication n’est pas aussi prévisible que nous le souhaiterions.»

La recherche dans l’urgence

Les prévalences ainsi que les risques de cette complication sont tels que certains médecins ont commencé à employer de plus hautes doses d’anticoagulants, tels que l’héparine, chez les patients atteints de la COVID-19.

Donner de l’héparine à un patient admis aux soins intensifs est une procédure standard pour éviter les problèmes liés à l’alitement. Certains médecins ont toutefois remarqué que cela semblait aider les patients gravement touchés à se rétablir.

Toutefois, une réussite anecdotique n’est pas un signe d’efficacité! « C’est quelque chose qui vaut la peine d’être investigué, mais il faut faire attention et réaliser des études claires avant de s’emballer, explique le Dr Jean-Claude Tardif. On a vu ce qui s’est passé avec la chloroquine, il ne faut surtout pas répéter l’histoire avec les anticoagulants. »

C’est d’ailleurs ce que tentent d’éviter la Dre Sholzberg et son équipe, qui ont lancé l’étude canadienne RAPID-COVID-COAG, dont l’objectif est d’évaluer différentes doses d’héparine de façon randomisée.

Les patients seront répartis de façon aléatoire dans deux groupes : un qui recevra une dose standard d’héparine, l’autre avec une dose plus élevée. Les chercheurs vont ensuite suivre ces patients et noter combien vont se retrouver aux soins intensifs, combien vont se retrouver sous ventilateurs et combien vont mourir de la maladie.

«Faire une telle étude aussi rapidement est difficile, mais c’est très important, car les anticoagulants viennent avec des effets secondaires et parfois des saignements graves, explique la Dre Soltzberg. C’est certain que nous aimerions constater que l’héparine sauve des vies, mais on ne peut pas simplement hausser la dose de tout le monde si ça ne sert à rien au final.»

Le traitement des premiers patients participants à l’étude a débuté le lundi 11 mai.

Quelle proportion des tests sont positifs ?

Vos questions sur la COVID-19

Quelle proportion des tests sont positifs ?

Jean-François Cliche
Jean-François Cliche
Le Soleil
Q : «Je me questionne sur les chiffres qui nous sont fournis concernant la pandémie. Quel sens doit-on donner au nombre de nouveaux cas détectés si on ne connait pas le nombre de tests de dépistage effectués ? En faisant moins de tests, nous aurions clairement moins de cas, mais cela ne voudrait pas dire grand-chose. Est-ce que le pourcentage de tests positifs ne serait pas un meilleur indicateur ?», demande Guy Dufresne, enseignant-physicien, de Stoke.

R : En théorie, oui, cela donnerait une meilleure idée de l’évolution de l’épidémie. Les «taux de positivité» (le nombre de positifs sur le nombre total de tests) sont d’ailleurs un des principaux indicateurs utilisés pour monitorer les «saisons de grippe» : au Québec, entre 2000 et 6000 tests d’influenza sont faits par des «laboratoires sentinelles» chaque semaine pendant l’hiver, et l’on se sert de la proportion de test positifs pour délimiter le début et la fin de la saison de la grippe (le seuil est de 5% de tests positifs) et pour déterminer le pic de l’épidémie (généralement autour de 30 à 40% de tests positifs).

Toujours en principe, on pourrait faire la même chose avec les tests de COVID-19. D’ailleurs, une étude parue dans le Journal of the American Medical Association (JAMA) il y a quelques jours a justement suivi le pourcentage de tests positifs dans l’État de Washington, qui fut l’un des premiers et les plus durement touchés en Amérique du Nord. Au début du mois de mars, les taux de positivité là-bas avoisinaient les 4-5 % en cliniques externes et de 10 % dans les urgences, mais ils ont augmenté jusqu’à environ 13 et 17 % respectivement. Ce pic a été atteint dans les jours suivants l’instauration de mesures de confinement dans tout l’État, puis a été suivi par des baisses très nettes par la suite. Les auteurs de l’étude y voient un signe que la distanciation sociale a fait reculer la maladie.

J’ai calculé les taux positivité pour le Québec à partir des données du site de la Santé publique, mais on ne peut malheureusement pas en tirer grand-chose (j’y reviens tout de suite). Environ 2 % des personnes testées étaient positives au début de mars (moyenne sur 7 jours), et la proportion s’est accrue jusqu’à 20 à 25 % à la fin de mars, puis elle semblait vouloir diminuer par la suite, mais elle est remontée et se maintient depuis dans les mêmes eaux (20-25 %). (Bien noter ici que les chiffres de la Santé publique ne portent sur le nombre de tests effectués, mais sur les personnes testées, chacun pouvant avoir été testée plus d'une fois.)

Est-ce à dire que la distanciation n’a pas fonctionné au Québec ? Non, répond Dr Guy Boivin, titulaire de la Chaire de recherche sur les virus émergents à l’Université Laval, cela signifie simplement qu’«on ne peut pas comparer (dans le temps parce qu’ici) les politiques de dépistage ont varié à de multiples reprises».

Dans l’État de Washington, les efforts de dépistage ont visé sensiblement les mêmes «cibles» tout au long de la période étudiée dans l’étude du JAMA (1er mars au 16 avril), mais au Québec ils ont été continuellement revus. Jusqu’au 30 mars, lit-on sur le site du Ministère de la Santé, les tests étaient dirigés en priorité vers les voyageurs qui revenaient de l’étranger et qui montraient des symptômes, et vers les patients hospitalisés et montrant des symptômes comparables à ceux de la COVID-19.

À partir du 30 mars, les règles de priorité ont été redirigées vers la «transmission communautaire» (hôpitaux, CHSLD et personnel soignant surtout) et a délaissé les voyageurs. Ces nouvelles priorisations ont été revues (de façon mineure) le 11 avril, puis encore le 1er mai. Depuis cette date-là, les efforts de dépistage sont concentrés vers les régions les plus touchées, qui reçoivent 80 % des tests disponibles (et les règles de priorité ont encore été légèrement modifiée).

Cela a l’avantage de déployer les tests, qu’on ne peut pas faire en nombre infini, dans les endroits la COVID-19 est la plus répandue et auprès des clientèles les plus vulnérables. Du point de vue des soins à la population, c’est sans doute ce qui est le plus efficace. Mais cela implique qu’on ne peut pas utiliser le taux de tests positifs pour suivre l’évolution du coronavirus parce qu’on n’a aucun moyen de savoir si les changements enregistrés reflètent la progression réelle du coronavirus ou les politiques de dépistages successives.

Désinfectants: pas de résistance en vue

Vos questions sur la COVID-19

Désinfectants: pas de résistance en vue

Jean-François Cliche
Jean-François Cliche
Le Soleil
Q: «Si la surutilisation des antibiotiques peut mener à l’apparition d’une résistance chez les bactéries, est-ce que l’usage maintenant généralisé et systématique de désinfectants divers, tuant «99,9 % des germes» comme disent les pubs, ne pourrait pas mener à des virus et des bactéries plus difficiles à tuer?» demande Patrick Bourgeois, de Montréal.

R: Pour les virus, non, c’est invraisemblable, mais c’est une possibilité chez les bactéries, même si cela reste assez théorique à l’heure actuelle, indique Marc Ouellette, chercheur en infectiologie à l’Université Laval et titulaire de la Chaire de recherche en résistance aux antimicrobiens.

C’est un problème qui est discuté en recherche et il a été démontré en laboratoire que les bactéries sont capables, dans certaines circonstances, de développer une résistance aux désinfectants. «Mais ce n’est pas un problème pour l’instant et l’utilisation de désinfectant pour se protéger du virus sauve des vies», dit-il. Nombre d’études ont en effet démontré que l’usage régulier de désinfectant réduit encore et toujours les infections, que ce soit en milieu hospitalier ou ailleurs. Cela ne serait pas le cas, ou de moins en moins, si cela engendrait une résistance forte et fréquente chez les bactéries.

Mais en ce qui concerne les virus, incluant celui de la COVID-19, poursuit M. Ouellette, l’idée d’une résistance aux javellisants, Purell et compagnie est «très très peu, immensément peu probable».

«Les virus sont de très petits êtres avec très peu de gènes [ndlr : les gènes sont des «recettes» de protéines, de l’information qui sert à assembler des protéines]. Les seuls moments où un virus va développer une résistance, c’est quand un médicament va cibler spécifiquement une protéine dans le virus lui-même», dit-il.

En un mot comme en cent, avoir peu de gènes signifie que les virus ont peu de manières différentes d’évoluer pour devenir tolérants aux désinfectants. Par comparaison, le génome des bactéries est beaucoup grand : au lieu d’avoir seulement quelques gènes (ou quelques dizaines de gènes pour les virus les plus complexes), les bactéries en ont typiquement plusieurs milliers. Ce qui donne plus de «portes» différentes par lesquelles une mutation bénéfique peut faire son apparition.

«Par exemple, illustre M. Ouellette, une bactérie peut avoir un gène qui pompe le désinfectant hors de la bactérie, c’est souvent ce qui arrive, ou ça peut être d’autres mécanismes (…) On peut imaginer une mutation qui changerait les lipides de sa membrane (ndlr : la «peau» de la bactérie) et les rendrait moins sensibles à ça.» Il s’agit d’exemples imaginaires, précise le chercheur, mais cela donne une idée du genre de mécanismes dont on parle ici.

En outre, les bactéries sont connues pour s’échanger des gènes entre elles, et donc se transmettre des résistances les unes aux autres. Les virus, eux, sont incapables de faire tout cela.

COVID-19: pas de risques dehors?

Vos questions sur la COVID-19

COVID-19: pas de risques dehors?

Valérie Borde
Fondatrice, Centre Déclic
Avec le déconfinement et les beaux jours (enfin presque…), nous recevons beaucoup de questions sur les risques liés à telle ou telle situation en extérieur.  

À l’extérieur, les mouvements de l’air dispersent plus rapidement les particules émises par des porteurs du virus, ce qui diminue sa concentration dans l’air et donc les risques qu’une quantité suffisante parvienne à contaminer votre système respiratoire. Sur les surfaces qui restent exposées aux éléments, comme les bancs publics, le virus est aussi plus vite inactivé que sur des surfaces à l’intérieur. Voilà pourquoi la désinfection des espaces extérieurs a été jugée inutile.

Certaines personnes ont donc pris pour acquis que les risques d’attraper la maladie sont négligeables dès lors qu’on se trouve dehors. Certes, dans une prépublication souvent citée en dehors du monde scientifique, des chercheurs chinois n’ont pas trouvé un seul cas de contamination qui se soit produit à l’extérieur parmi 318 petits groupes de gens dans lesquels au moins 3 personnes ont été infectées à partir d’un cas initial, ce que les infectiologues appellent des grappes de contamination. Parmi ces 318 éclosions de la maladie, 129 impliquaient exclusivement des membres d’une famille habitant ensemble, 133 des proches, 29 des personnes du réseau social (collègues, amis…) et 24 impliquaient des inconnus. 

Par ailleurs, sur 7324 cas de contamination assez documentés pour qu’on en connaisse le contexte, survenus dans 320 villes de Chine hors de la province du Hubei, les mêmes chercheurs ont trouvé un seul cas où la maladie a été transmise à l’extérieur, par une personne ayant eu une conversation avec une autre.

Mais d’une part cette étude n’a pas été validée par d’autres chercheurs, et d’autre part elle a documenté des cas survenus en janvier, une période où la météo en Chine n’est pas toujours propice aux longs échanges et autres activités à l’extérieur. 

Dehors ou pas, une conversation rapprochée avec une personne ou le partage d’objets — des ustensiles pour un pique-nique, par exemple — peuvent être suffisants pour transmettre le virus. 

La science ne peut pas donner un pourcentage de probabilité précis d’attraper le virus pour chaque activité : il est impossible d’envisager absolument tous les cas de figure qui peuvent se présenter en tenant compte de tous les paramètres qui pourraient avoir une influence. De plus, les modes de transmission du virus ne sont pas encore parfaitement élucidés.

On sait que la contagion se fait principalement par des gouttelettes respiratoires infectieuses émises en toussant, ou possiblement par la simple respiration. Ces gouttelettes voyagent peu dans l’air puisque la gravité les fait rapidement retomber, d’où l’idée du 2 mètres, une distance de sécurité qui diminue de beaucoup les risques par rapport à des contacts plus rapprochés. D’où aussi l’idée de tousser et d’éternuer dans son coude. La transmission par des aérosols, des particules tellement fines qu’elles restent en suspension dans l’air, fait encore l’objet de débats : elle n’est pas exclue, même si elle n’a pas été documentée comme étant un mode important de contamination. Dehors, la circulation de l’air fait en sorte que la dilution d’éventuels aérosols est très rapide, ce qui diminue énormément les risques.

Le temps d’activité du virus sur différentes surfaces a été documenté en laboratoire, mais pas «dans la vraie vie» où il est probablement moindre. Il est impossible de dire précisément combien de temps le virus peut rester actif à tel ou tel endroit. Par contre, on sait que pour être contaminé par une surface, il faut y avoir touché avec les mains puis avoir porté celles-ci à son visage. D’où l’idée du lavage des mains, qui casse net cette chaîne de transmission, car le virus est très facilement détruit par le savon. Pour minimiser les risques, il faut aussi nettoyer ou désinfecter les objets ou surfaces qu’on touche souvent.

Les personnes qui ont des symptômes de la COVID-19 sont à l’origine de la majorité des cas de transmission. Mais on sait que ceux qui ont le virus mais n’ont pas, ou pas encore, de symptômes peuvent aussi être contagieux. Mieux vaut donc considérer que chacun d’entre nous, même en parfaite grande forme, est en tout temps potentiellement à risque de transmettre la maladie.

Dans ce contexte d’incertitude, chaque personne doit donc faire preuve de jugement lors de ses activités extérieures, en plus évidemment de suivre les consignes de la santé publique. Les chances qu’un masque diminue notablement les risques dans des activités extérieures, si ces consignes sont respectées, sont extrêmement minces. Voici quelques conseils plus spécifiques.

Au volant

Très peu de risque de se contaminer en conduisant, fenêtres ouvertes ou fermées, sauf si on voyage avec une personne infectée à bord. Voyager avec une personne avec laquelle on réside ne change rien au risque. Voyager avec une autre personne est plus aléatoire pour elle comme pour vous, ouvrir les fenêtres diminue le risque.

En vélo

Très peu de risque de se contaminer. Pour diminuer encore le risque, on peut éviter de rouler juste derrière une autre personne (ce qui diminue aussi les risques d’accident et donc d’engorgement des urgences…).

À pied

Essayer de respecter le 2 mètres de distance le plus souvent possible, mais ne pas oublier que le temps de contact compte aussi. Une fraction de seconde à 1 mètre est potentiellement moins risquée que 15 minutes à 2 mètres. Privilégier les rues ou parcs peu achalandés. Essayer de laisser la voie libre pour les autres lorsque vous vous arrêtez pour discuter ou faire la file devant un commerce.

Au parc, dans la cour et sur le balcon

Les rassemblements en extérieur avec des personnes avec lesquels vous n’habitez pas restent interdits, sauf exceptions (contexte d'aide, transports en commun, groupes qui respectent la règle des 2 mètres, etc.). Toutes les activités où on partage du matériel — verres, chaises, ballons, etc. — augmentent le risque de contagion. Les risques de contamination d’un balcon à un autre sont très faibles, mais il vaut mieux éviter de sortir sur votre balcon si vous êtes en isolement alors que vos proches voisins sont sur le leur. Si votre voisin immédiat ne respecte pas les règles ou conseils de santé publique, on peut le lui rappeler gentiment ou ne pas sortir en même temps. Les risques d’être contaminé chez soi par un virus qui serait entré par une fenêtre sont infimes.

La COVID-19 peut-elle se transmettre lors d’une relation sexuelle?

Vos questions sur la COVID-19

La COVID-19 peut-elle se transmettre lors d’une relation sexuelle?

Jean-François Cliche
Jean-François Cliche
Le Soleil
Q: «Mon conjoint et moi ne vivons pas ensemble. Nous sortons marcher après le point de presse, en restant éloignés. Alors on se demande si les relations sexuelles deviendraient à risque dans ce contexte? La salive peut être contaminée, mais qu’en est-il des fluides corporels et du toucher de la peau?» demande Claude Bertrand, de Québec.

R: Il y a justement une petite étude qui est parue jeudi dernier au sujet de la présence du virus de la COVID-19 dans le sperme. Les auteurs ont demandé à 38 patients hospitalisés pour cette maladie (et qui avaient testé positif) dans un hôpital de Chine de leur fournir un échantillon de sperme, puis ils y ont cherché le coronavirus. Résultat : son matériel génétique a été détecté dans le sperme de 6 de ces 38 hommes.

Cela ouvre donc une possibilité théorique pour d’éventuelles transmissions sexuelles, mais comme le dit Dr Michel Alary, professeur de médecine et spécialiste des infections sexuellement transmissibles à l’Université Laval, «c’est vraiment très, très, très théorique». D’abord parce que deux personnes faisant l’amour auraient de bien plus fortes chances de se passer le coronavirus par d’autres canaux — échanges de salive, proximité soutenue, respirations fortes, etc. Ensuite, parce que cette étude a porté sur des patients hospitalisés, donc pas vraiment en mesure d’avoir une relation sexuelle. On peut supposer qu’une bonne partie d’entre eux faisaient une infection systémique, ce qui implique une présence forte et plus ou moins généralisée du virus dans l’organisme, poursuit le chercheur. Peut-être que chez les hommes qui font la COVID-19, le virus est incapable de se rendre jusque dans le sperme.

Et c’est sans compter, ajoute Dr Alary, que l’article ne donne pas suffisamment de détails sur la méthode d’échantillonnage pour que l’on puisse exclure la possibilité d’une contamination par leurs mains. On ne sait pas non plus si les virus détectés étaient «vivants» ou si c’était seulement des bouts de virus désactivés. Alors cette étude n’est pas très concluante.

«Ce n’est pas la même situation dans le cas de Zika [ndlr : ce virus qui, en 2016, a causé une vague de microcéphalies chez les bébés dont la mère était infectée], où on avait démontré que certains hommes guéris pouvaient avoir encore le virus dans leur sperme pendant 6 mois, insiste DAlary. Dans le cas de ces études sur la COVID-19, ce sont des patients mal en point, avec un fort niveau de maladie, et on n’a aucune indication que les gens moins malades peuvent en avoir dans le sperme.»

À cet égard, d’ailleurs, une étude en prépublication (donc à prendre avec prudence parce qu’elle n’a pas encore été révisée et «approuvée» pour publication dans une revue savante) a cherché des traces du virus chez 12 hommes infectés, mais qui n’avaient pas fait une forme sévère de la maladie, et n’a rien détecté dans leur sperme.

De toute manière, même si on part du principe que le virus de la COVID-19 peut bel et bien se frayer un chemin dans le sperme, cela n’implique pas que sa transmission sexuelle est automatique, signale Dr Alary. En fait, si le sperme se retrouve dans le tract vaginal, elle est tout simplement impossible : ce coronavirus n’est capable d’infecter nos cellules qu’en s’accrochant à un récepteur particulier sur la membrane cellulaire, nommé ACE2, qui est complètement absent sur les cellules des muqueuses vaginales. D’ailleurs, une autre étude en prépublication (donc encore une fois : à prendre avec des pincettes) datée du mois de mars a analysé les muqueuses vaginales de 35 femmes chinoises atteintes du virus et n’en a pas du tout trouvé.

Les récepteurs ACE2 se trouvent principalement dans les voies respiratoires, ainsi que (dans une moindre mesure) dans les intestins. Cela implique qu’une relation sexuelle buccale ou anale pourrait en principe être contaminante, «mais encore là, je ne suis pas particulièrement convaincu par ce que je vois dans ces études-là», rassure Dr Alary.

Bref, pour l’instant, il semble que la transmission sexuelle de la COVID-19 ne soit pas vraiment possible, jusqu’à preuve du contraire. Et même si des études futures venaient à fournir cette preuve, «ça ne pourra pas être plus qu’un mode de transmission très marginale de cette maladie», estime Dr Alary. Soulignons tout de même de nouveau qu'il n'est question ici que de la possibilité d'une contagion par les fluides sexuels, et que la transmission par gouttelettes et par la salive, elle, serait très forte pour deux personnes qui s'embrassent.