Le stationnement du Complexe Saint-Vincent est toujours plein, tant pour les visiteurs que pour les employés, ce qui oblige les employés à utiliser les stationnements alternatifs ou les rues autour.

Vol de temps, rues bloquées et temps perdu à St-Vincent

Denyze Fournelle est exaspérée : elle doit vivre un véritable casse-tête chaque fois qu’elle se rend au Centre de réadaptation de l’Estrie (CRE) avec son fils qui souffre de paralysie cérébrale. Depuis l’automne, les places de stationnement pour les personnes handicapées ont été rétrécies pour pouvoir créer plus de places de stationnement au Complexe Saint-Vincent qui en manque cruellement pour les employés et les visiteurs. Résultat : il est très difficile pour elle de sortir son fils en fauteuil roulant.

« Si la voiture d’à-côté est un peu plus collée sur la ligne jaune, je dois débarquer mon fils dans l’allée, ce qui n’est vraiment pas sécuritaire, ou le débarquer devant l’édifice et le laisser seul pendant que je vais chercher une place pour ma minifourgonnette. Il n’y a rien de sécuritaire là-dedans », déplore cette maman excédée.

« Le CRE est un établissement de santé qui offre des services aux gens avec des besoins particuliers, et on n’est même pas capable d’y respecter les normes pour les stationnements des clientèles en fauteuil roulant; c’est un non-sens! » s’exclame Mme Fournelle, qui a récemment porté plainte au Commissaire aux plaintes et à la qualité des services du CIUSSS de l’Estrie-CHUS.

Le problème vécu par Mme Fournelle est représentatif d’une problématique qui se vit dans une grande partie de la centaine d’établissements du CIUSSS de l’Estrie-CHUS : les stationnements débordent. Si ceux des visiteurs posent parfois problème, la situation est encore pire du côté des employés, tel que l’a démontré en mars un sondage effectué par l’APTS.

L’un des établissements les plus problématiques est sans contredit le Complexe Saint-Vincent du 300, rue King Est, qui comprend notamment le CRE, le CHSLD Saint-Vincent et le Centre de jour de l’Estrie.


«  Je n’ai jamais eu de place au 300, rue King Est de tout le mois de février, sauf les vendredis. »
Un employé

Les employés ont été nombreux à témoigner à La Tribune de leur pénible vécu pour réussir à se garer le matin à leur retour d’une sortie pour ceux qui effectuent des visites à domicile ou après un dîner au restaurant ou un rendez-vous à l’extérieur du bureau pour les autres.

« Je n’ai jamais eu de place au 300, rue King Est de tout le mois de février, sauf les vendredis. Pourtant, durant l’hiver, nous avons reçu un courriel de la chef des stationnements qui nous disait de ne pas nous stationner dans la rue et qu’on allait avoir des contraventions du Service de police de Sherbrooke (SPS) même si on bougeait notre auto de 200 ou 300 mètres aux deux heures. On passe pour des bandits qui bloquent les rues, mais les bandits, est-ce que ce ne sont pas les gestionnaires qui nous vendent des permis à 275 $ qui garantissent aucune place, même quand on a un véhicule requis obligatoire (VRO) pour avoir un emploi? » vocifère un employé qui doit sortir du bureau entre quatre et dix fois par semaine pour son travail.

« J’ai un collègue pas très en forme, qui a un VRO aussi. Il a demandé à sa patronne s’il pouvait prendre un permis alternatif et elle a dit oui. Il se stationne donc beaucoup plus loin, place garantie pour la moitié du prix. Il est zen, pour ne pas dire mort de rire : il est payé presque 50 $ de l’heure pour marcher deux à trois heures par semaine quand il revient de ses sorties chez la clientèle, ce qui est juste bon pour sa santé », souligne le même employé sans décolérer.

Du vol de temps pour compenser

Un membre du personnel de bureau qui travaille au CHUS Fleurimont a pour sa part mentionné que, faute de trouver des places sur le grand terrain de l’hôpital universitaire, ses collègues sont nombreux à se stationner dans des endroits interdits. Et les contraventions pleuvent. À coup de 35 $, les employés sont furieux.

« Il y a des employés qui ont trouvé des façons de balancer les choses : ils partent 20 minutes plus tôt le soir ou prennent plus de temps pour dîner. C’est un vol de temps, mais ils disent que ça compense pour les contraventions. Les gestionnaires ont maintenant des équipes très grandes à gérer. Dans certains domaines, c’est facile de s’absenter sans que personne ne sache rien », souligne-t-elle.

« Un collègue a dû se déplacer à l’Hôtel-Dieu. Résultat : plus de stationnement à Fleurimont à son retour, il a tourné en rond pendant 20 minutes dans le stationnement avant de se rendre à l’évidence et de se rendre au stationnement alternatif des Galeries Quatre-saisons. Il a perdu une heure de travail. Et c’est régulièrement le cas pour des employés de l’hôpital... des heures de travail perdues payées par les contribuables », souligne un employé du service informatique de l’Université de Sherbrooke, qui partage le même stationnement.

Une préposée aux bénéficiaires qui travaille à l’Hôtel-Dieu souligne pour sa part que, pour avoir une place dans le stationnement, elle doit arriver près d’une demi-heure avant le début de son quart de travail. « Ça me prive de voir mes enfants pendant cette demi-heure », dit-elle, en colère.

Et sinon? « Si j’arrive plus tard, il n’y a plus de place et je dois aller dans les rues en haut de l’hôpital. En fin de compte, ça me prend le même temps pour me rendre à mon travail. J’aime autant arriver plus tôt et prendre un café avant de commencer à travailler, mais ce que j’aimerais le plus, c’est passer du temps avec mes enfants », déplore-t-elle.

Geneviève Lemay, du service des communications du CIUSSS de l’Estrie-CHUS, répète « que la direction n’a pas la tête dans le sable » et qu’elle est consciente des « enjeux liés au manque de places de stationnement ». Un plan global de solutions pour le stationnement sera présenté à l’automne et devra recevoir l’aval du conseil d’administration du CIUSSS. Malgré les demandes de La Tribune, il a cependant été impossible d’en savoir davantage sur les solutions potentielles qui sont présentement sur la table.