La vigile tenue lundi soir devant l’hôtel de ville de Sherbrooke a rassemblé une cinquantaine de personnes, qui ont été  touchées de près où de loin par la tragédie aérienne qui a tué 176 personnes à Téhéran mercredi. Le Sherbrookois Mohammad Moeini et quatre membres de la famille de la restauratrice sherbrookoise Maryam Hazini comptent notamment parmi les victimes.
La vigile tenue lundi soir devant l’hôtel de ville de Sherbrooke a rassemblé une cinquantaine de personnes, qui ont été touchées de près où de loin par la tragédie aérienne qui a tué 176 personnes à Téhéran mercredi. Le Sherbrookois Mohammad Moeini et quatre membres de la famille de la restauratrice sherbrookoise Maryam Hazini comptent notamment parmi les victimes.

Vol 752: solidarité et incompréhension [VIDÉO]

Jasmine Rondeau
Jasmine Rondeau
La Tribune
Une peine immense mais aussi de nombreuses questions habitaient les membres de la communauté irano-sherbrookoise, lundi soir, lors de la vigile organisée devant l’hôtel de ville en mémoire des victimes de l’écrasement du vol 752 d’Ukranian International Airlines à Téhéran mercredi. Dans un élan de solidarité, une cinquantaine de personnes de différents horizons se sont rassemblées autour des photos de plusieurs disparus afin de demander que justice soit rendue.

Ce sont « une partie de leur jeunesse et de leur avenir » qu’ont perdu le Canada et l’Iran dans cette tragédie, a lancé à la foule Farnaz Abbassi, organisatrice de la veillée à la chandelle et membre de la communauté iranienne.

Celle-ci a tenu à souligner le soutien qu’a reçu sa communauté de la part des Canadiens et des Sherbrookois depuis l’événement, qui a notamment enlevé la vie au Sherbrookois Mohammad Moeini ainsi qu’à quatre membres de la famille de Maryam Hazini, une restauratrice de Sherbrooke. « J’aimerais partager cette solidarité avec les proches et les familles des victimes », a renchéri Mme Abbassi avant d’exiger que l’Iran, qui a avoué avoir abattu l’avion d’un missile par erreur samedi, réponde de ses actes.

« L’écrasement d’avion est dû à la négligence du gouvernement de l’Iran, a-t-elle poursuivi derrière le micro. Le gouvernement n’a jamais éprouvé de sens des responsabilités envers la population iranienne. Il n’a jamais assumé les crimes qu’il a fait subir à sa population. À la place, il tue de plus en plus de manifestants. [...] Nous faisons appel à l’aide du gouvernement canadien pour nous aider à rendre hommage aux victimes de cette tragédie afin qu’elles reçoivent la justice qu’elles méritent. »

« Vous n’êtes pas seuls », a adressé aux endeuillés la ministre Marie-Claude Bibeau au nom du gouvernement et des citoyens canadiens. « On est à vos côtés ce soir pour traverser ce drame, mais aussi pour trouver des réponses aux questions qui vous tourmentent et qui nous permettront d’obtenir justice. »

Le maire de Sherbrooke, Steve Lussier, s’est également indigné devant ce drame. « C’est très triste, ce qui est arrivé. On ne veut pas que ça se reproduise, des choses comme ça. C’est inacceptable », note celui qui dit éprouver beaucoup d’incompréhension.

Touché devant la solidarité de la communauté, il croit que les échanges occasionnés durant cette soirée auront pansé certaines blessures. « Sherbrooke est un endroit où les gens se tiennent », a-t-il établi.

La députée fédérale de Sherbrooke, Élisabeth Brière, a également adressé quelques mots.

La vigile s’est conclue avec une minute de recueillement, suivie des hymnes nationaux canadien et iranien ainsi que d’une adaptation de la chanson de Gilles Vigneault Gens du pays, rebaptisée Chers êtres aimés.

« Ce n’est rien pour eux »

Une jeune Sherbrookoise d’origine iranienne, qui préfère garder l’anonymat par peur de représailles lorsqu’elle remettra les pieds sur sa terre natale, a confié à La Tribune ne plus en pouvoir de « l’hypocrisie » du gouvernement iranien.

« Malheureusement, dès qu’on a su qu’il y avait eu un écrasement d’avion, nous, les Iraniens, on était certains que c’était la faute du gouvernement. Au lieu de nous demander pardon, ils voudraient qu’on les félicite, maintenant qu’ils en ont pris la responsabilité trois jours plus tard à cause des pressions de l’extérieur? C’était la moindre de choses. On est persuadés qu’ils ont envoyé le missile volontairement pour faire porter le chapeau aux États-Unis. »

La jeune femme, qui est installée depuis huit ans au Canada, retourne fréquemment en Iran, où sa famille se trouve toujours. En novembre dernier, elle a d’ailleurs pris part aux manifestations qui se sont déroulées dans plusieurs villes du pays, après que le gouvernement eut annoncé une hausse du prix de l’essence. « Ils ont tué plus de 1500 personnes lors de ces manifestations. Vous comprenez que 176 passages d’un avion tués, ce n’est rien pour eux. »

« On avait un pays très libre et civilisé avant la révolution islamique, il y a 40 ans, se désole-t-elle. Maintenant, on impose la religion dans tous les domaines. On n’a pas le droit de parler, ni d’écrire, ne serait-ce que sur les réseaux sociaux, alors que le gouvernement utilise toutes les tribunes pour nous mentir. Il arrête tous ceux qui parlent contre eux, et leurs punitions sont extrêmement cruelles. »

Au nom des Irano-Canadiens, elle tient à remercier son pays d’accueil. « Les Canadiens ont toujours été là pour nous. Surtout avec cet événement-là, on est vraiment rassurés et on sait qu’on a un leader [Justin Trudeau] qui nous soutient. »