La voiture autonome se fera une place dans nos sociétés, mais il faudra être patient. On est encore loin du véhicule sans conducteur qui viendra nous prendre à la porte pour nous conduire à destination sans que personne ne touche au volant.

Voiture autonome: pas pour demain, dit un spécialiste

La voiture autonome se fera une place dans nos sociétés, mais il faudra être patient. On est encore loin du véhicule sans conducteur qui viendra nous prendre à la porte pour nous conduire à destination sans que personne ne touche au volant.
Denis Gingras
Denis Gingras est professeur à l'Université de Sherbrooke et directeur du Laboratoire d'intelligence véhiculaire (LIV). Selon le scientifique, il faudra attendre encore des décennies avant d'assister à ce genre de scène. « Je fais partie des chercheurs réalistes dans ce domaine », dit-il à La Tribune.
« Je ne vois pas ça arriver avant 25 à 30 ans. Faire fonctionner un véhicule de façon autonome sans conducteur représente un défi technologique énorme même si des prototypes existent de nos jours. Ceux qu'on a vu évoluer dans les rues de certaines villes doivent être repris en main par un conducteur à tous les kilomètres pour les garder sur la route. »
« Disons que je fais partie de la branche des chercheurs réalistes. C'est un défi énorme. »
Selon lui, les développements en intelligence artificielle ne permettent pas encore la possibilité d'entrevoir le remplacement prochain du conducteur par la technologie. Il convient que des avancées ont permis d'équiper des voitures de « gadgets » pouvant aider à la conduite, comme des régulateurs de vitesse sensibles à la présence des véhicules qui précèdent et des systèmes anticollision.
Mais pour en arriver à la conduite autonome on devra atteindre une capacité de calcul très supérieure à ce que l'on connaît des ordinateurs actuels. Il est difficile d'assimiler l'information qui est fournie par le déplacement d'un véhicule qui roule à 100 km/h, même avec une capacité de calcul énorme, analyse M. Gingras.
« Il faudrait être capable d'analyser des millions de lignes de codes informatiques. »
« Les grands constructeurs d'automobiles ne sont pas très intéressés aux voitures autonomes, car en cas d'accident, ils ne veulent pas être tenus responsables, résume-t-il. Malgré les gadgets qui équipent nos véhicules, on ne retire pas la responsabilité de conduite au conducteur. Il doit garder les mains sur le volant. »
M. Gingras convient que des villes nord-américaines et ailleurs dans le monde accueillent déjà ces véhicules sans conducteur sur leurs routes. Des tentatives remontent à quelques années, notamment par les géants Google et Uber.
Récemment en Europe, un véhicule a franchi un poste de péage en totale autonomie et en conditions réelles de trafic, a rapporté l'Agence France-Presse.
Une fois l'autonomie atteinte, on pourrait voir émerger un nouveau modèle d'affaires, enchaîne Denis Gingras. Va-t-on continuer à s'acheter des voitures comme aujourd'hui ou verra-t-on des entreprises offrir à ses clients d'être transportés sur demande?
Le chercheur parle de la venue de « taxis-robots » que l'on pourra commander via notre téléphone portable et qui viendront nous cueillir à la porte pour nous transporter à destination. « Ça pourrait résoudre bien des problèmes, comme le nombre de voitures dans les villes et la pollution, analyse-t-il. Combien de voitures restent immobiles durant le jour et la nuit? En moyenne, les véhicules sont utilisés une heure par jour. »
Un domaine «sexy»
Le LIV, laboratoire de la Faculté de génie de l'Université de Sherbrooke, est consacré à l'intégration et à l'exploitation de l'intelligence artificielle embarquée dans le domaine automobile. Malgré que le domaine puisse paraître « sexy », M. Gingras dit avoir un peu de difficulté à recruter des étudiants. L'industrie attire les ingénieurs qui sont moins tentés de se consacrer à la maîtrise ou au doctorat, note-t-il. Le LIV doit se tourner vers des étudiants étrangers.