Alexandre Benoit

Voir grand malgré la cécité

Alexandre Benoit termine son baccalauréat en génie informatique à l’Université de Sherbrooke. Depuis le début de ses études universitaires, il n’a obtenu sur ses bulletins qu’une seule note. A+. Donc une moyenne de 4.3 sur un maximum de 4.3. Ce qui rend le parcours de l’étudiant de 23 ans encore plus impressionnant, c’est qu’Alexandre est non-voyant. Modèle de résilience et d’excellence, il inspire ses pairs. Son histoire est aussi celle de grandes amitiés et d’entraide.

Atteint de l’amaurose congénitale de Leber, une maladie génétique, Alexandre a perdu la vue progressivement. Jusqu’en 4e année du primaire, il pouvait lire au tableau en classe. Puis, il lit sur papier jusqu’en 6e année. Parallèlement, il apprend le braille. Au secondaire, il lit sur papier avec des lettres grossies, ce qui ne l’empêche pas de recevoir à la fin de ses études secondaires la Médaille académique du Gouverneur général pour avoir obtenu la meilleure moyenne générale.

« Quand je suis passé du primaire au secondaire, le directeur voulait me mettre en cheminement particulier, alors que j’avais fait une demande pour être en classe enrichie. On a insisté et ça s’est bien passé. À la fin de mon secondaire, je suis allé serrer la main du directeur », se souvient tout sourire le jeune homme.

Au Cégep de Trois-Rivières, il termine sa première année de collégial avec la meilleure cote R du préuniversitaire. Il trouve le temps d’être tuteur en mathématique et en programmation. En deuxième année d’études collégiales, il ne peut plus lire sur papier, mais peut le faire sur ordinateur avec un bon contraste. Depuis 2015, il ne voit plus son écran et a recours à un logiciel de synthèse vocale.

« Je suis atteint d’une variante de la maladie qui est très agressive. À 20 ans, j’étais atteint comme une personne de 60 ans. Mais ça ne sert à rien de regretter le temps où je voyais. Déjà, le fait d’avoir vu avant d’être aveugle m’a beaucoup aidé », répond-il.

Choisir son baccalauréat a été compliqué, car tout l’intéresse. Il a choisi la faculté de génie de l’UdeS pour son programme d’apprentissage par problèmes et par projets. « Ce que j’ai appris avec l’expérience, c’est qu’au début de chaque projet ou chaque stage, le problème est très compliqué et on pense qu’on n’y arrivera pas. Mais finalement, on y arrive toujours. Il faut juste se donner du temps. Alors les premiers jours, il faut se rappeler qu’on va y arriver, quitte à faire semblant d’avoir les choses en main. »

En plus de ses aptitudes académiques, Alexandre a une bonne compréhension du comportement humain. Quand on lui demande s’il a déjà été la cible de moquerie, il répond avec aplomb. « Je n’ai pas l’impression. Et puis, écœurer quelqu’un qui ne réagit pas, c’est plate. Dans le fond, c’est toi qui sais ce que tu vaux. Alors l’opinion des autres importe peu. »

Confiant et débrouillard, il n’a jamais manqué d’amis. « Jeune, j’avais plusieurs cercles d’amis. Aujourd’hui, c’est certain qu’il y a des gens qui sont gênés ou mal à l’aise. Et comme je ne les vois pas, c’est difficile pour moi d’aller vers eux. Mais j’ai de bons amis. »

Originaire de Nicolet, Alexandre a dû quitter le nid familial pour poursuivre ses études universitaires et habite depuis trois ans avec des amis de longue date. Ses deux colocataires l’aident de façon exemplaire dans ses déplacements quotidiens et au moins un des deux prend les mêmes choix de cours et les mêmes stages que lui pour l’assister. « C’est certain que ça facilite les choses. Mais je ne les oblige pas », insiste en riant Alexandre qui était accompagné par un de ses deux complices lors de son dernier stage chez Microsoft dans l’état de Washington.

En décembre, si la tendance se maintient, Alexandre obtiendra son baccalauréat avec une note parfaite. Après, tous les rêves sont permis. Il a une entrevue chez Facebook en Californie en octobre. Microsoft aimerait également lui offrir un poste permanent. Il pourrait aussi devenir professeur. Quoi qu’il en soit, il peut déjà donner une belle leçon de vie.