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Annie Vincent et son conjoint Philippe Gervais devant la forteresse d’Alanya, en Turquie, en septembre dernier.
Annie Vincent et son conjoint Philippe Gervais devant la forteresse d’Alanya, en Turquie, en septembre dernier.

Voir du pays envers et contre tout

Isabelle Pion
Isabelle Pion
La Tribune
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SHERBROOKE — Lorsque soudainement, les frontières se sont fermées sur la planète, Annie Vincent et Philippe Gervais, agents de voyage, ont rapidement su qu’ils auraient du mal à demeurer en place bien longtemps. Le couple a même été, pendant deux ans, « sans domicile fixe ».

Annie Vincent était une Estrienne jusqu’à ce qu’elle rencontre son conjoint, qui habitait la Montérégie. « J’ai déménagé, j’ai lâché ma job. J’ai commencé avec lui dans le domaine du voyage. Qui prend mari prend pays. Moi, j’ai pris la planète au complet... On a un profil un peu atypique », raconte en riant l’ancienne directrice du Centre d’art de Richmond, qui a aussi été conseillère municipale à Racine. 

Le couple derrière Voyages Nomades n’avait pas envie de poser ses bagages : il a été presque deux ans sans domicile fixe. « On était toujours parti pour accompagner des groupes. On faisait des voyages de cinq mois avec les mêmes clients. C’est presque comme une famille que l’on trimballe avec nous. On a développé quelque chose avec une clientèle très précise, qui ne veut pas voir l’hiver au Québec. Souvent on partait en novembre et on revenait en avril. On n’avait pas vraiment besoin d’avoir une maison au Québec. Quand on revenait, on voyait notre famille. On n’avait rien racheté... jusqu’à l’automne passé, en Turquie : on est tombé amoureux. On a posé nos valises dans une station balnéaire que l’on adore. C’est rendu notre nouveau chez nous. C’est le milieu du monde, la rencontre de l’Orient et de l’Occident. Moi, je suis historienne de formation... Il y a des ruines romaines à tous les coins de rue. Il y a des gens d’un peu partout, on s’est senti tout de suite chez nous. On avait loué un appartement, on a tellement aimé ça, on a acheté. »

Au moment de l’entrevue la semaine dernière, la conseillère voyages se trouvait au Kenya avec quelques clients. Le groupe se trouvait tout près de Mombasa, à Diani Beach. 

« C’est pour moi l’une des plus belles plages au monde », fait-elle valoir. 

Le voyage a été adapté pour les circonstances, notamment en ce qui concerne la taille des groupes. Ceux et celles qui décident de voyager dans le contexte demeurent une minorité, note-t-elle.  

Annie Vincent et son conjoint Philippe Gervais.

Lorsque les frontières ont fermé en mars, le couple se trouvait à Bali, en Indonésie. Il a alors dû rapatrier quelque 70 clients. 

Le couple est revenu au Québec... et affirme avoir eu du mal à y demeurer. Pourquoi? « Honnêtement, c’est l’attitude des gens. On n’en revenait pas de voir comment les gens ne voulaient pas collaborer, qui n’y croyaient pas ou qui s’obstinaient... » dit-elle en faisant allusion aux gens qui refusent de se plier aux consignes sanitaires. Elle raconte avoir été médusée de voir les gens envahir les Costco et Walmart.

« On s’est dit : on part. On s’est rendu en Turquie, on a fait les bons citoyens. Dès que tu es dehors, tu mets ton masque », dit celle qui est retournée dans son pays d’adoption en juin dernier. 

« Quand tu voyages, tu as cette façon de voir les choses : à Rome, tu fais comme les Romains. Partout où on voyage, on respecte les règles, les usages... »

Même si les affaires ont baissé drastiquement depuis mars dernier, le couple a néanmoins gardé une certaine clientèle qui a décidé de voir le monde en dépit de la pandémie.

Les voyageurs comme elle doivent maintenant vivre avec une toute nouvelle réalité.

« Je ne sais pas combien de fois j’ai fait prendre ma température », dit-elle en citant les tests COVID et les quarantaines nécessaires.  

« Ici (au Kenya), il faut que tu fasses un test pour la COVID. Sinon, tu ne rentres pas. Ce sont des nouvelles règles, c’est une nouvelle réalité. On fonctionne avec ça. »

Les deux parents se réuniront virtuellement avec leur famille pour Noël. Le couple prévoit revenir au Québec au printemps, question de pouvoir serrer les siens dans ses bras.