Vivre sur deux continents simultanément

Lilia Gaulin
Lilia Gaulin
La Tribune
SHERBROOKE — Suivre des cours en ligne en étant affecté par le décalage horaire, payer un appartement au Canada sans pouvoir y habiter et être séparé de sa copine : voilà ce que Nathan Guilbaud a vécu dans les derniers mois. 

Les dernières semaines étaient remplies d’anxiété et de stress pour lui et sa copine, Matilda Gangl-Chartrand, qui habitent de chaque côté de l’océan atlantique. « C’était difficile, car ça faisait longtemps qu’on prévoyait habiter ensemble. Il paie un appartement qu’il n’a jamais vu. Je n’ai pas encore décoré l’appartement, car je voulais faire ça avec lui. Ç’a été mis de côté pendant trois mois », mentionne Mme Gangl-Chartrand. 

Nathan Guilbaud possède une maîtrise en systèmes embarqués. « On s’est rencontrés il y a deux ans. Il était en session d’échange ici. Peu de temps après qu’on ait commencé à se fréquenter, il a terminé son programme et il a dû retourner en France. L’année suivante, il a posé sa candidature pour un permis Vacances-Travail qu’il a finalement obtenu. Toutefois, il n’a pas été en mesure de se trouver un emploi. Nous avons donc décidé qu’il allait faire une maîtrise en informatique. En mars, il a été accepté à l’UdeS. Il a donc fait la demande par la suite pour obtenir son certificat d’acceptation du Québec (CAQ) », explique Mme Gangl-Chartrand. 

Rappelons que l’Université de Sherbrooke connaît une baisse de près de 30 % de ses étudiants internationaux par rapport à l’année dernière, selon les données fournies par l’institution.

L’arrêt de l’octroi des permis d’études, en raison de la pandémie de la COVID-19, causait tout un casse-tête pour le couple. « Le plus difficile est le manque d’information. Le gouvernement annonçait seulement quelques jours à l’avance que les restrictions de voyage allaient être repoussées. Nous étions dans l’incertitude. Nous aurions aimé savoir plus de choses. » 

Le décalage horaire était un obstacle important pour Nathan Guilbaud. « Le gros problème pour nous est qu’il commençait ses cours et qu’il y avait six heures de décalage horaire. Ses cours étaient la nuit. Souvent, les professeurs envoyaient des messages au milieu de la nuit. Par exemple, il a déjà terminé son examen à 5 h du matin », mentionne sa copine.  

Matilda Gangl-Chartrand et Nathan Guilbaud

La jeune femme évoque que la communication entre les différentes organisations est actuellement problématique. « Il n’y a pas de moyens pour communiquer avec les responsables des permis d’études pour connaître où la demande en est rendue. Pendant un moment, nous avons pensé que son dossier avait été égaré. Il n’y avait aucun moyen de le savoir. C’est déjà stressant de changer de pays, en plus il n’y a aucun moyen de savoir à quel moment tu vas l’obtenir. » 

Mme Gangl-Chartrand aimerait que les étudiants internationaux se voient attribuer des personnes-ressources. Elle espère également que les sites web seront améliorés afin de faciliter la recherche d’information. « Ce serait le fun que lorsqu’une personne reçoit son permis d’études, qu’elle reçoive également une liste de choses à faire avant de venir pour être certain d’avoir les bonnes choses. » 

Si tout se déroulait comme prévu, Nathan Guilbaud devait poser le pied en sol canadien dimanche en début de soirée après avoir obtenu tous les documents nécessaires à son arrivée. « Encore aujourd’hui, nous sommes encore super stressés, car nous n’arrivons pas à trouver toutes les informations nécessaires », soulignait la dame lors de son entretien avec La Tribune samedi.