À moins d’une semaine du 1er juillet, Linda Gosselin n’a toujours pas de logement. Elle fait partie des 17 ménages locataires qui sont actuellement dans l’incertitude. L’Association des locataires de Sherbrooke et l’Office municipal d’habitation de Sherbrooke ont fait une demande d’urgence à la ministre des Affaires municipales Andrée Laforest.

Vivre dans l’incertitude de trouver un logement

Pour certaines personnes, un déménagement peut être une période stressante. Pour Linda Gosselin, c’est un autre genre d’angoisse qui l’habite depuis quelque temps. À moins d’une semaine du 1er juillet, elle ne sait toujours pas où elle vivra.

La Sherbrookoise qui a été camelot pour La Tribune a perdu la quasi-totalité de l’usage de ses jambes à la suite de plusieurs complications médicales. Du jour au lendemain, sa vie a basculé.

Puisqu’elle ne peut plus travailler, elle reçoit tous les mois 835 $ d’aide sociale, ce qui fait en sorte qu’elle a beaucoup de difficulté à payer son loyer, son épicerie, ses médicaments et ses autres dépenses.

Depuis qu’elle a perdu son emploi, elle tente de se trouver un logement abordable adapté à ses besoins, mais elle ne trouve pas.

Car il faudrait qu’elle consacre l’équivalent de 80 pour cent de son revenu à son loyer, sans compter l’électricité et Internet.

« Plus ça avance, plus j’angoisse. Je n’ai rien, je n’ai pas de logement. Je ne sais pas où je m’en vais. Qu’est-ce que je vais faire avec mes poissons? Est-ce que je les laisse mourir? Et mes plantes? Mon congélateur? C’est bien beau d’entreposer mes affaires quelque part, mais mon train de vie va être quoi? Je ne sais pas dans quoi je m’en vais. Il n’y a rien de certain », déplore Linda Gosselin, la gorge nouée.

« Ce n’est pas humain de faire vivre ça à quelqu’un, mais c’est ça ma réalité. Les revenus ne sont pas suffisants. Quelqu’un qui ne fonctionne pas, à ce revenu-là, qui peut vivre avec ça? »

Priorités

Outre son épicerie et son logement, elle doit également débourser pour ses médicaments, qui sont davantage une priorité pour elle.

« Lorsque j’ai perdu mon emploi, ça a pris un mois avant de recevoir mon argent. C’était tellement long que j’ai dû demander un crédit pour mes médicaments. Donc quand le premier chèque est arrivé, la priorité était les médicaments », affirme-t-elle.

Par ailleurs, puisqu’elle ne peut pas sortir souvent de son logement, Mme Gosselin souligne qu’elle a besoin de divertissement comme Internet ou la télévision, ce qui génère aussi des dépenses.

La dame tente toutefois de rester optimiste malgré son futur incertain et souligne que sa fille ainsi que l’Association des locataires de Sherbrooke lui donnent également un bon soutien.

« J’essaie de voir le bon côté. J’essaie de penser à mes enfants. Je fais ce que je peux dans ce que je peux. Je me dis qu’il me reste encore quelques jours pour trouver quelque chose. Je me croise les doigts. »

L’Association des locataires de Sherbrooke, dont son porte-parole Normand Couture, a obtenu une rencontre de quelques minutes avec le chef du Parti conservateur Andrew Scheer.

L’Association des locataires rencontre Scheer


L’Association des locataires de Sherbrooke a obtenu une rencontre de quelques minutes avec le chef du Parti conservateur Andrew Scheer lundi lors de son passage à Sherbrooke. 

Ils étaient une vingtaine de personnes à manifester devant l’hôtel Delta pendant que les conservateurs étaient réunis à l’intérieur pour annoncer la candidature de Dany Sévigny. Après la conférence de presse, M. Scheer a accepté de rencontrer quelques représentants de l’Association des locataires.

« Nous voulions l’informer sur la situation des ménages locataires à travers le Canada. On ne s’attendait pas à obtenir un engagement de la part de M. Scheer aujourd’hui, mais on voulait l’inviter à inclure dans sa plateforme électorale un engagement à la hauteur des besoins », explique Normand Couture, porte-parole de l’association.

Selon M. Couture, le fédéral devrait investir deux milliards par année pour que les provinces et les territoires puissent développer suffisamment de logements sociaux. Au Canada, plus de 1 775 000 ménages locataires défraient plus de 30 % de leur revenu pour se loger selon les données de Statistique Canada. Près de 800 000 logements accordent 50 % et plus de leur revenu pour se loger. La situation s’aggrave davantage pour quelque 360 000 ménages locataires qui défraient plus de 80 % de leur revenu pour payer leur logement.

« M. Scheer nous a dit qu’il était conscient de ça, que cette demande lui vient de partout au Canada. Il nous a dit qu’il y aura des engagements à ce propos dans sa plateforme électorale », affirme M. Couture.

Les catégories de personnes les plus à risque de consacrer une partie importante de leur revenu pour se loger sont les personnes de 75 ans et plus, les jeunes entre 15 et 24 ans et enfin les personnes immigrantes et les personnes autochtones, selon l’Association.

« Quand j’ai parlé de la situation des personnes âgées à M. Scheer, il a semblé faire le saut. On les invite à rester à la maison le plus longtemps possible, mais on ne les aide pas à le faire. Une personne qui vit sur la pension de vieillesse va devoir couper sur la nourriture ou même sur ces médicaments pour être capable de payer son logement. M. Scheer semblait particulièrement touché par cette situation », partage M. Couture qui compte bien rencontrer les autres chefs de parti s’ils se présentent à Sherbrooke pendant la campagne électorale.

« On a fait des gains dans les dernières années grâce entre autres à toutes les manifestations que nous avons faites. Mais le gros hic, c’est l’apport du fédéral dans le logement social. Le montant doit être augmenté. On souhaitait donc de tout cœur rencontrer M. Scheer aujourd’hui et nous nous ferons entendre dans les prochains mois », termine le porte-parole de l’association.  Chloé Cotnoir

Un supplément d’urgence pour aider à trouver un logis


Les 17 ménages locataires de Sherbrooke toujours sans logement à moins d’une semaine du 1er juillet auront droit au supplément au loyer d’urgence de la Société d’habitation du Québec afin de les aider dans leur recherche.

Grâce à ce supplément, les ménages locataires payeront 25 % de leur revenu pour se loger. La balance sera payée par la Société d’habitation du Québec. « C’est une mesure d’urgence qui nous permet d’accélérer la démarche de recherche de logements. Les propriétaires sont moins hésitants à louer lorsque les locataires arrivent avec ce supplément », explique Normand Couture, porte-parole de l’Association des locataires de Sherbrooke.

M. Couture rencontrait à ce propos les 17 ménages locataires lundi après-midi. 

Ces Sherbrookois ne sont toutefois pas au bout de leur peine, prévient M. Couture.

« Même si nous leur trouvons un logement, il est trop tard pour louer un camion, il n’y en a plus un de disponible. Ces gens-là devront donc être hébergés trois ou quatre jours, le temps de louer un camion », poursuit le porte-parole. 

L’Association des locataires de Sherbrooke réitère que des investissements sont nécessaires pour la construction de nouveaux logements sociaux destinés aux plus démunis.

Par ailleurs, au 31 juillet, 40 personnes se retrouveront également à la rue en raison de la démolition d’un immeuble de la rue Galt Ouest. Chloé Cotnoir