Simon Mercier comprend le débat éthique en cours, mais souhaite tout de même passer les derniers moments de sa mère hospitalisée à ses côtés.
Simon Mercier comprend le débat éthique en cours, mais souhaite tout de même passer les derniers moments de sa mère hospitalisée à ses côtés.

Visites interdites en soins palliatifs : un Sherbrookois lance un cri du cœur

Alain Goupil
Alain Goupil
La Tribune
Un Sherbrookois, dont la mère vient d’être admise aux soins palliatifs de l’Hôtel-Dieu, lance un cri du cœur afin que les règles ministérielles entourant la COVID-19 soient assouplies pour lui permettre de «lui tenir la main» avant que celle-ci ne rende son dernier souffle.

Dans une lettre adressée aux députés sherbrookois ainsi qu’au comité des usagers de l’Hôtel-Dieu, et dont La Tribune a obtenu copie, Simon Mercier déplore que les patients en fin de vie et leurs proches font face à « une forme indigne de cruauté » en interdisant les visites aux soins palliatifs, sauf pour des raisons humanitaires, dans les 48 dernières heures.

« Ma mère est présentement en train de sombrer vers la mort, elle en est terrorisée, et nous ne sommes même pas là pour lui tenir la main... » exprime M. Mercier au sujet de sa mère, Maureen Packwood, âgée de 62 ans. Selon M. Mercier, l’état neurologique de sa mère « se dégrade très rapidement », ce qui lui fait craindre de ne pas pouvoir lui rendre visite dans les 48 dernières heures avant sa mort.

« Nous nous demandons bien à quoi tous ces sacrifices de distanciation sociale et de confinement, que nous appliquons soigneusement depuis la mi-mars, peuvent bien servir s’ils ne nous permettent pas, au moins, de profiter des dernières lueurs de vie de notre mère avant qu’elle ne plonge dans le coma, puis dans la mort », demande M. Mercier, dont le père est décédé d’un anévrisme l’automne dernier et pour qui il a dû prendre la décision de le « débrancher ».

M. Mercier s’insurge en outre contre la règle ministérielle de limiter les visites aux 48 dernières heures. Il compare cette règle à « une date de péremption sur la chair » plutôt qu’à une règle humanitaire.

« Ma mère est en train de crever seule dans son mouroir, et nous qui avons déjà un genou à terre, nous devrions sagement rester chez nous à attendre de devenir orphelins pour le bien de la collectivité ? Il y a quelque chose d’un peu kafkaïen dans le fait de nous empêcher de voir notre mère alors que nous nous surprotégeons depuis un mois et demi justement pour pouvoir l’accompagner jusqu’au bout. »

M. Mercier dit comprendre le débat éthique mettant en relief la protection de la collectivité versus la protection de la dignité humaine. Mais il trouve néanmoins « inhumain » que les patients en fin de vie et leur entourage soient soumis à « une forme indigne de cruauté » en ne pouvant recevoir la visite de leurs proches. 

M. Mercier a dit vouloir alerter l’opinion publique, non seulement pour lui, mais pour tous les patients et les familles qui vivent présentement les mêmes angoisses liées à cette situation. « Je le fais pour que l’on prenne conscience de la douleur inhumaine que l’on fait subir à tous. »

En fin de journée vendredi, M. Mercier a dit avoir été en contact avec un représentant du comité des usagers du CIUSSS de l’Estrie-CHUS. Selon ce dernier, c’est une divergence d’interprétation entre la règle du 48 heures émise par la Santé publique et la notion de fin de vie imminente qui poserait problème. « On m’a dit qu’on tenterait de démêler tout ça et qu’on allait me revenir. »   

Selon M. Mercier, le médecin traitant de sa mère estime que celle-ci n’en a que pour quelques semaines à vivre tout au plus. « Actuellement, elle perd ses facultés à vitesse grand V. Éventuellement, ils vont devoir l’endormir. Et nous, on n’aura pas été là pour lui tenir la main… »

Le CIUSSS de l’Estrie-CHUS n’a pas répondu à notre demande d’entrevue.