La valorisation du verre passe par la consignation des bouteilles de vin par la Société des alcools du Québec, estime Mario Laquerre, spécialiste de la gestion des matières résiduelles. Mario Laquerre : « Il y a 15 ans, ç’aurait été une aberration de parler de bannir le plastique à usage unique. Aujourd’hui, c’est de plus en plus acquis qu’il faut poser des gestes pour l’environnement. Et ces gestes vont certainement passer par des obligations. »

Virage vert : encore un petit effort

Les Sherbrookois sont prêts à vivre sans sac de plastique et sans la majorité de ces articles de plastique à usage unique qui ont envahi leur quotidien. Les options écologiques existent; il reste à fournir un petit effort supplémentaire pour franchir le pas.

Mais selon Mario Laquerre, il faudra un signal clair du gouvernement provincial pour que le virage s’effectue.

L’homme est un spécialiste de la gestion des matières résiduelles. Il a travaillé pendant 20 ans chez Recyc-Québec et conseille aujourd’hui les MRC dans la mise en œuvre de leur plan de gestion. En semi-retraite, il enseigne également au Centre universitaire de formation en environnement et en développement durable de l’Université de Sherbrooke.

« Il y a 15 ans, ç’aurait été une aberration de parler de bannir le plastique à usage unique. Aujourd’hui, c’est de plus en plus acquis qu’il faut poser des gestes pour l’environnement. Et ces gestes vont certainement passer par des obligations », tranche-t-il.

Alors que la Ville de Sherbrooke comme la MRC du Val-Saint-François ont annoncé leur intention d’interdire les sacs de plastique à usage unique à compter de 2020, de même que leur volonté de développer une stratégie pour réduire les articles à usage unique, Mario Laquerre vise plus haut et invoque le volontariat pour le démontrer. 

De ce mouvement volontaire qui fait que la moitié de la population a adopté d’emblée les habitudes de consommation durable qu’elle trouvait logiques. « Maintenant comment on fait pour convaincre l’autre moitié? C’est ça la question. » 

Sacs, pailles et ustensiles

Interdire les sacs de plastique honnis est un bon départ. Et d’ici là on pourrait rapidement augmenter leur coût de 5 à 25 cents pour dissuader les consommateurs d’en faire encore usage dans les commerces. À ce prix, dit-il, la Nouvelle-Écosse a enregistré un taux d’abandon des sacs à usage unique de 95 %. 

« L’exemple numéro un, c’est notre Société des alcools du Québec qui a décidé du jour au lendemain de ne plus avoir de sacs. Dans un marché haut de gamme, elle a décidé de prendre ce virage et si on regarde ses rapports annuels, elle ne s’en porte pas plus mal. (…) Cela démontre que le bannissement fonctionne quand on a les produits substituts », analyse M. Laquerre.

Même phénomène avec le fléau des pailles de plastique.

« On s’entend que la quantité de plastique que ça représente, c’est minime et ça n’a pas un impact environnemental si important. Mais c’est extrêmement visible et ç’a eu des effets sur la vie marine, alors les gens sont conscientisés. Des organisations comme A & W ont décidé d’aller vers la paille en fibre cellulosique, des bars ont choisi d’aller vers les pailles de métal, on peut aussi boire au verre sans paille, et ça fonctionne. Donc le bannissement des pailles en plastique pourrait être très réalisable. Les gens sont prêts à ça. »

En restauration rapide, en fait, on a tous les outils pour opérer le nécessaire virage écologique, plaide M. Laquerre. À Sherbrooke, par exemple, les restaurants Louis en font la démonstration depuis quelques semaines avec des contenants et des ustensiles compostables.

« L’alternative existe. Elle est peut-être un peu plus coûteuse parce qu’à court terme c’est un changement de fournisseurs, mais c’est sûr que si McDonald’s se met à en utiliser, les prix vont descendre. »

Il y a aussi à Sherbrooke au moins une douzaine de cafés qui ont adhéré au système de tasses réutilisables en consigne pour les consommateurs qui ont tendance à oublier la leur à la maison.

Et pour pousser plus loin la réflexion, rapporte M. Laquerre, les foires alimentaires de plusieurs centres commerciaux rendent disponibles des contenants durables pour leur clientèle.

« Si j’étais à la Ville de Sherbrooke, je mettrais en place un système de prêt de vaisselle pour les citoyens. Plusieurs écoquartiers de Montréal offrent ce service gratuitement pour les citoyens qui organisent des événements chez eux. On emprunte, on lave, on retourne, et ça fonctionne. Les solutions existent. »

Consigne et plan d’action

Par-dessus tout, Mario Laquerre plaide pour la mise en place rapide d’une consigne sur les bouteilles de plastique et les bouteilles de vin.

« Il se consomme encore un milliard de bouteilles d’eau par année au Québec, ça n’a pas de bon 

sens! (…) Leur consignation pourrait être un premier geste environnemental de notre gouvernement provincial. Il y a plein d’études qui ont été faites là-dessus alors on n’a surtout pas besoin de réinventer la roue. C’est sûr et certain que des lobbys vont s’y opposer, mais la réalité, c’est que c’est la chose à faire. Le gouvernement doit bouger. »

Quant aux contenants de boissons déjà consignés, il glisse au passage qu’on aurait avantage comme société à hausser le dépôt de 5 à 25 cents. 

« Beaucoup de boissons très sucrées sont vendues dans des contenants consignés, argumente-t-il. Or si on augmente la consigne à 0,25 $, on va augmenter le taux de récupération, on va aider les itinérants parce que ce sont eux qui rapportent beaucoup de ces contenants, et on va probablement diminuer les ventes des boissons sucrées, ce qui va faire l’affaire des médecins. Et ça le gouvernement peut le faire demain matin, sans passer par de grands projets de loi. »

Alors que le gouvernement de François Legault tiendra à la mi-août une commission parlementaire sur les enjeux du recyclage et de la valorisation du verre, Mario Laquerre espère bien davantage de l’État.

« Ça va plus loin que le verre! On est en retard sur le plan d’action quinquennal 2011-2015 de la politique de gestion des matières résiduelles de la province. (…) On est en attente et on est dû. Si l’environnement c’est important pour le gouvernement Legault, il a l’occasion de se démarquer et il a tous les moyens légaux à sa disposition. S’il veut mettre une consigne sur les bouteilles d’eau demain matin, il peut le faire. »

Alors, Monsieur Laquerre, est-ce qu’il y a moyen de vivre sans plastique en 2020?

« C’est possible et on l’a prouvé par le passé. Il ne faut pas oublier qu’on a vécu sur la Terre pendant des millénaires sans plastique et on a progressé en tant que société, alors on va relativiser. Peut-être que dans notre société des années 50, on grossissait, on essayait de se faciliter la vie, et qu’on est allé un peu trop loin. Maintenant on doit juste prendre un pas de recul pour voir comment on peut mieux performer là-dedans et avoir des produits qui sont plus durables afin de réduire notre empreinte environnementale.  

« Les produits existent, ils remplissent leurs promesses et les entreprises vont être heureuses de les fournir. Oui ça va faire mal à certains types d’entreprises au début, comme dans n’importe quel changement, mais il faut évoluer. »

Mario Laquerre : « Il y a 15 ans, ç’aurait été une aberration de parler de bannir le plastique à usage unique. Aujourd’hui, c’est de plus en plus acquis qu’il faut poser des gestes pour l’environnement. Et ces gestes vont certainement passer par des obligations. »

Zéro déchet

S’il y a 30 ans, il fallait se lever de bonne heure pour convaincre les gens de recycler leur papier et leur carton, les temps ont bien changé. « Ce qui est intéressant aujourd’hui, c’est qu’il y a un mouvement zéro déchet qui pousse derrière tout ça et qui est en train de donner le ton aux entreprises un peu plus traditionnelles. J’ai visité la première épicerie zéro déchet à la COP21 à Paris en 2015. Et depuis, j’en vois partout qui se pointent. Il y a un mouvement très jeune, très engagé, qui dit qu’on peut faire autrement et qui a commencé à travailler autrement. Et ce que j’aime beaucoup, c’est que ce mouvement-là pousse sur les épiceries traditionnelles, sur Metro par exemple où on peut désormais apporter ses contenants réutilisables pour acheter de la viande, ou sur les pharmacies qui ont commencé à vendre des produits en vrac. »

Consigne ou dépôt volontaire?

Dans tout le débat sur le recyclage et la valorisation du verre, Mario Laquerre opte sans hésiter pour la consignation des bouteilles de vin par la Société des alcools du Québec. 

Parce que le système existe, qu’il a fait ses preuves, et que si on ramène les bouteilles au point de vente, elles seront recyclées voire réutilisées à 100 %. Le remboursement de la consigne, souligne-t-il, pourrait être modulable selon que la bouteille est recyclable (vin importé) ou réutilisable (vin local). 

Pour ce qui est des autres contenants de verre, il soutient qu’il en reste bien peu une fois qu’on a retiré les bouteilles de vin, de spiritueux et de bière du bac vert.  

M. Laquerre reproche à l’option des points de dépôt volontaire de se baser encore sur le volontariat et donc de rejoindre le 50 % de la population qui pose déjà le bon geste, sans régler le problème en entier.

« La consigne, tout le monde la paie. Et si toi tu décides de prendre ta canette et de la mettre dans la poubelle, il y a un glaneur qui va passer la prendre pour avoir la consigne. 

« Alors est-ce que c’est mieux d’avoir 98 % de taux de retour de toutes les bouteilles de vin ou 35 % comme c’est présentement? Il va falloir faire des choix environnementaux basés sur des faits scientifiques et s’attaquer rapidement au gros du problème. Après on pourra mettre une consigne ou une taxe environnementale sur les autres contenants pour ne pas encourager ce type de produits là. Il y a plein de possibilités qui marchent. »