La CSRS a déposé un rapport cet automne qui dénombre 12 cas de violence en 2017-2018, tandis que le SEE parle plutôt de 240 cas en fonction d’un sondage mené auprès des enseignants.

Violence sur des enseignants: la CSRS accusée de se traîner les pieds

SHERBROOKE — Le Syndicat de l’enseignement de l’Estrie (SEE) reproche à la Commission scolaire de la Région-de-Sherbrooke (CSRS) de se traîner les pieds devant les cas de violence envers des enseignants dans les écoles. La CSRS réfute ces allégations et estime plutôt qu’elle et le syndicat ne définissent pas la violence de la même façon.

Le président du SEE, Richard Bergevin, soutient que l’instance syndicale n’a pas de vis-à-vis au sein de l’organisation pour discuter de ce dossier. Les données qui documentent les cas diffèrent grandement entre le SEE et la CSRS. 

L’instance syndicale a mené au moins deux coups de sonde au cours des dernières années, dont l’un qui rapportait l’année dernière que 45 % des enseignants disaient avoir été victimes de violence.

Richard Bergevin conteste les chiffres rapportés par la CSRS, qui a déposé un rapport cet automne qui dénombre 12 cas de violence en 2017-2018. Le SEE parle plutôt de 240 cas en fonction d’un sondage mené auprès des enseignants. « C’est un déni de la réalité », soutient M. Bergevin. Le SEE estime que la CSRS s’en est tenue aux cas identifiés dans des rapports conçus dans le cadre d’un protocole des gestes de violence. « L’outil ne répond pas bien au besoin, il faut l’améliorer », note M. Bergevin. 

L’histoire d’un enseignant du Centre St-Michel qui avait été frappé par un élève a fait les manchettes en mai dernier. Dans les histoires compilées dans des rapports d’accident, M. Bergevin cite en exemple un enseignant ayant reçu un coup de pied en plein visage après avoir demandé à l’élève de descendre d’une table ou encore un autre enseignant dont le chandail a été déchiré par un élève.

Solutions?

Comment réduire la violence envers les enseignants? Le président du SEE souligne que l’instance syndicale ne réclame pas des solutions coûteuses. Il précise toutefois que dans certains cas, l’ajout de personnel pourrait aider, notamment en ce qui concerne la surveillance sur l’heure du midi. 

« Il faut que la CSRS accepte de traiter la question. On n’a même pas d’interlocuteur... » lance M. Bergevin, en ajoutant que le syndicat réclame un comité de travail sur cette question.

« On est étonné de leur réaction », commente Donald Landry, secrétaire général et directeur des services du secrétariat général et des communications à la CSRS.

Il souligne que plusieurs rencontres ont eu lieu et que la commission scolaire se montre ouverte à la création d’un tel comité.


« Les élèves ont des droits, des obligations par rapport à la formation scolaire. »
Donald Landry

Comment explique-t-on l’écart entre les données du SEE et celles de la commission scolaire? Donald Landry estime que les gens pourraient être plus portés à rapporter des incidents dans un sondage qu’à leur direction. Or, la disparité entre les chiffres avancés d’un côté reposerait sur la vision des deux organisations. 

« On ne s’entend pas sur la définition (de la violence). La violence, selon le Ministère, ça doit être intentionnel (...) Ça ne se peut pas qu’il y ait une telle différence pour des rapports non complétés. La majorité des situations de violence sont posées par des élèves ayant des diagnostics, des plans d’intervention, des situations de santé... Le SEE ne fait pas cette nuance-là. Les élèves ont des droits, des obligations par rapport à la formation scolaire. Pour retirer un élève de l’école pendant longtemps, on parle d’une contrainte excessive au sens de la loi. C’est 10 ou 15 élèves par année.»

Toutefois, aux yeux du SEE, que la violence soit intentionnelle ou pas, les conséquences demeurent les mêmes.

Tant le SEE que la CSRS font état de 30 rapports d’accident remplis pour la CNESST dans ce genre de situation en 2017-2018. Les incident seraient survenus dans 14 écoles différentes selon le SEE. 

Par ailleurs, un sondage provincial de la Fédération des syndicats de l’enseignement (FSE-CSQ) révèle que 68 % des enseignants en adaptation scolaire disent avoir été victimes d’une agression au cours des 24 derniers mois.