Le nombre de cas de violence rapportés par le SEE et la commission scolaire différait grandement lorsque la situation a été exposée dans les médias en novembre. Dans un rapport déposé cet automne, la CSRS dénombrait 12 cas de violence en 2017-2018 tandis que le SEE parle plutôt de 240 cas en fonction d’un sondage mené auprès des enseignants.

Violence sur des enseignants à la CSRS : un comité mis sur pied

Un comité de travail se penchera sur la violence vécue par les enseignants à la Commission scolaire de la Région-de-Sherbrooke (CSRS), comme le souhaitait le Syndicat de l’enseignement de l’Estrie (SEE). La création du comité a été confirmée tant du côté de l’organisation scolaire que du Syndicat de l’enseignement de l’Estrie (SEE).

Rappelons qu’à la fin novembre, le SEE avait accusé la CSRS de se traîner les pieds devant les cas de violence envers des enseignants dans les écoles. La commission scolaire a alors réfuté les allégations en faisant valoir qu’elle et le syndicat ne définissent pas la violence de la même façon. L’instance syndicale, qui jugeait ne pas avoir d’interlocuteur dans ce dossier, réclamait la création d’un tel comité. La CSRS s’était alors montrée ouverte à cette possibilité.

Le directeur des services du secrétariat général et des communications de la CSRS, Donald Landry, a confirmé la création du comité et souhaite laisser les deux parties travailler sur la question. 

« On est content que le dossier ait débloqué. On souhaitait avoir un vis-à-vis pour travailler sur la problématique », commente le président du SEE, Richard Bergevin, en soulignant qu’une première rencontre doit se tenir à la fin janvier. Un tel comité de ce type a été créé à la Commission scolaire des Hauts-Cantons. L’objectif visé est de prévenir les situations de violence envers les enseignants et de mieux accompagner ceux-ci, rappelle le président de l’instance syndicale. 

« Évidemment, ce n’est pas un problème facile, il y a des complexités, dit-il en soulignant qu’il n’a pas la prétention que le comité pourra tout régler. Même si le risque zéro n’existe pas, il faut que ce soit tolérance zéro. » 

Une situation qui a fait les manchettes

La violence dont sont victimes les enseignants dans leur quotidien a fait les manchettes cet automne. Un sondage provincial de la Fédération des syndicats de l’enseignement (FSE-CSQ) a révélé que 68 % des enseignants en adaptation scolaire disent avoir été victimes d’une agression au cours des 24 derniers mois. 

Le quotidien en adaptation scolaire n’est pas toujours facile, témoigne d’ailleurs Geneviève*, une enseignante en adaptation scolaire depuis six ans. 

En début de carrière, elle savait qu’elle aurait affaire à une clientèle pas toujours facile (troubles de comportements, troubles d’apprentissage, etc.), mais elle ne s’attendait pas à l’intensité de cette réalité : crise de colère, tapes, coups de pied. S’est-elle remise en question? « À long terme, oui! J’en parle avec mon conjoint. Je suis là de mon plein gré. Mais dans 10 ans, ça va faire son temps. Après une dizaine d’années, si ça reste comme ça, je ne continuerai pas », raconte-t-elle. Elle note au passage que sa réalité a beaucoup changé depuis six ans; récemment, la violence physique a été plus présente. Les appréhensions sont évidemment plus grandes après un épisode violent. « Chaque fois, l’inquiétude est là. Je me demande : ça va être quoi aujourd’hui? »

En adaptation scolaire, souligne Geneviève, les « réussites sont ailleurs ». « Les 100 % ne m’importent pas. Une demande bien faite, une crise bien gérée... Un merci, un câlin... Le scolaire, c’est un plus », résume-t-elle. 

Enseignante au régulier, Kathleen* a vécu une agression l’an passé; elle s’est retrouvée en congé de maladie. « Cet élève-là a agressé plusieurs autres élèves, je n’étais pas la première (...) J’avais peur de me retrouver dans le même local que lui. Jamais je n’ai pensé que je pourrais me faire frapper au primaire », raconte Kathleen, qui compte environ une quinzaine d’années dans le monde de l’enseignement. 

Elle aime toujours enseigner et dit aimer la présence des jeunes. « J’ai décidé de continuer », dit-elle.

Rappelons que le nombre de cas de violence rapportés par le SEE et la commission scolaire différait aussi grandement lorsque la situation a été exposée dans les médias en novembre. Dans un rapport déposé cet automne, la CSRS dénombrait 12 cas de violence en 2017-2018 tandis que le SEE parle plutôt de 240 cas en fonction d’un sondage mené auprès des enseignants. La CSRS avait alors fait valoir que les gens pouvaient être davantage portés à rapporter des incidents dans un sondage qu’à leur direction. 

*Les prénoms des enseignantes ont été changés afin de préserver leur identité.