La professeure Geneviève Paquette de l'UdeS est l'une des coauteures de l'enquête Sexualité, sécurité et interactions en milieu universitaire (ESSIMU).

Violence sexuelle sur les campus : les ressources devront suivre

Avec l'adoption d'une loi-cadre et d'un plan d'action, le gouvernement du Québec doit obliger les établissements d'enseignement postsecondaire à lutter contre la violence sexuelle. C'est l'une des recommandations émises dans une étude provinciale sur la violence sexuelle dans les campus universitaires, la première du genre au Québec. Toutefois, les établissements auront besoin d'un soutien financier afin de prévenir ce fléau et lutter contre cette problématique.
« C'est beau d'avoir une loi, mais ça prend les moyens de l'appliquer dans le milieu universitaire », commente la professeure Geneviève Paquette de l'Université de Sherbrooke, coauteure de cette étude.
Plusieurs grandes lignes de l'enquête Sexualité, sécurité et interactions en milieu universitaire (ESSIMU), réalisée dans six universités (dont l'UdeS) avaient été révélées lors du congrès de l'ACFAS, le printemps dernier. Lundi, les auteures de l'enquête ont rendu publiques 15 recommandations visant à prévenir la violence sexuelle en milieu universitaire; elles mobilisent tant les instances gouvernementales, institutionnelles que communautaires.
Par violence sexuelle, on entend autant les remarques désobligeantes à connotation sexuelle que le harcèlement sexuel, jusqu'aux cas d'agressions sexuelles.
Parmi ces recommandations, on propose notamment l'implantation d'un programme visant les témoins potentiels de violences sexuelles et la création de ressource spécialisée en matière de violence sexuelle dans les universités. Les auteures recommandent aussi une politique institutionnelle spécifique et un comité responsable de son application et son implantation.
La pointe de l'iceberg
La Tribune écrivait qu'Alexandre Bélanger, un étudiant de l'UdeS, a plaidé coupable à une agression sexuelle la semaine dernière.
La secrétaire générale de l'institution, Jocelyne Faucher, n'a pas voulu commenter ce cas en particulier et n'a pas voulu préciser si l'étudiant avait été expulsé de l'établissement.
En entrevue au sujet des recommandations, la vice-rectrice à la vie étudiante a mentionné qu'il fallait envoyer un message clair que la violence sexuelle n'est pas tolérée.
Selon les données de l'étude, seulement 10 % des victimes de violences sexuelles ont « dénoncé ou signalé la situation aux instances » de leur université.
Ces personnes « n'ont pas nécessairement formulé une plainte officielle », souligne Mme Paquette.
« Les données administratives, c'est vraiment la pointe de l'iceberg. »
Plusieurs facteurs peuvent expliquer le fait que ces personnes préfèrent se taire, notamment le discours ambiant qui peut laisser croire que la violence sexuelle est une fatalité. Et puis, la moitié du temps, les personnes doivent faire face à des « réactions non aidantes », comme minimiser le sérieux de l'événement ou se faire dire de cesser d'y penser...
Rappelons que près de 40 des répondants (37,9 %) ont rapporté une forme de victimisation sexuelle depuis leur entrée à l'université.
L'étude a été menée auprès de plus de 9000 répondants dans les six universités participantes, dont l'UdeS, et dresse un portrait tant pour la population étudiante que pour le personnel.
Alors que l'enquête s'intéresse au milieu universitaire, Geneviève Paquette aimerait que l'on fasse la lumière sur la situation en milieu collégial.
« On n'a pas de données (sur les cégeps). Dans une phase deux, on aimerait les inclure. Il faut documenter la situation à leur niveau », précise-t-elle en ajoutant que l'ampleur du financement n'avait pas permis d'aller plus loin.
Selon Mme Faucher, plusieurs mesures sont déjà en place à l'UdeS. L'institution souhaite, comme le recommande l'étude, se doter d'une politique en matière de prévention des violences sexuelles. « Nous avons planifié une rencontre de notre comité local, avec les associations étudiantes, les services à la vie étudiante, notre conseillère... On va se donner un plan d'action pour l'année qui vient, on va repartir des journées du MESSAGE (Mois d'échange et de sensibilisation sur les agressions sexuelles en milieu étudiant », commente-t-elle.