Vincent sur tous les temps

CRITIQUE / Généralement, les artistes qui pondent un disque tout frais brûlent d'envie de faire entendre leurs nouvelles chansons et les insèrent presque toutes, voire totalement dans leur prestation subséquente. Pas Vincent Vallières, qui offre plutôt, avec la sortie de son septième album Le temps des vivants, un spectacle presque concept, dans lequel il revisite les différentes époques de son passé.
Ça, c'est en partie la faute à Gilles Vigneault, de qui le Sherbrookois d'origine a été l'étudiant en janvier lors d'une classe de maître. Le poète de Natashquan a notamment suggéré à son apprenti de réfléchir à son rapport au temps. Résultat : une soirée qui, bien qu'elle comporte sept neuves chansons, n'est pas collée qu'au présent et revient beaucoup sur les quatre opus précédents.
Il faut dire qu'avec sept albums, Vincent a l'embarras du choix. Il met toutefois la table, dès sa première intervention, à ce retour en arrière, évoquant ses souvenirs d'ancien employé du Super C de la Place Belvédère, de petit garçon qui enregistrait ses tounes sur radiocassette, de son premier voyage à Petite-Vallée en 1997...
Cela donne une prestation en deux parties bien distinctes. Une première plus tranquille, qui navigue sur plusieurs atmosphères (et un peu moins facile d'emprise pour le public, qui met un peu de temps à se secouer), et une deuxième beaucoup plus énergique, où Vincent retrouve davantage son mordant rock brut qu'on lui connaît bien.
N'empêche qu'il a de bien belles forces, ce nouveau spectacle, à commencer par l'étonnante cohésion déjà installée entre Vincent et ses trois musiciens. Lui qui s'inquiétait d'avoir laissé derrière des coéquipiers de longue date pour travailler avec de nouveaux musiciens, on peut dire qu'il s'est déjà trouvé une nouvelle famille. Pour une prestation qui a pris son envol il y a deux mois seulement, la fusion est déjà remarquable.
Surtout grâce à la présence d'Amélie Mandeville, qui vient enfin ajouter une présence féminine rafraîchissante aux univers jusqu'à maintenant très gars de Vincent. Cela s'entend d'abord dans les choeurs, que Vincent a saupoudrés un peu partout sur ses anciens succès pour les bonifier judicieusement. Cela devient évident lorsque l'artiste confie un couplet complet à Amélie dans L'amour, c'est pas pour les peureux. Il n'y a plus aucun doute lorsque, lors du rappel, tous deux reviennent pour ressusciter en duo une vieille chanson (On verra ben) pratiquée l'après-midi même.
Équipe du tonnerre
Mais toute l'équipe est vraiment du tonnerre, Amélie passant aisément de la basse aux claviers, le batteur Marc-André Larocque et le guitariste André Papanicolaou prenant parfois place au piano. Plusieurs chansons ont déjà aussi leurs parties plus improvisées. Le trio accompagnateur arrive même à se liguer pour déconcentrer la vedette de la soirée et lui faire perdre son sérieux. Bref, l'esprit de gang est pour beaucoup dans la réussite du spectacle.
Après un début plutôt tranquille, surtout en raison de chansons plus discutables pour partir un show (Manu, Le temps est long), le public finira par se réveiller à la cinquième chanson (Encore elle). Le matin du lendemain, une petite nouvelle, introduite au public par le rigolo récit de la rencontre entre Vincent et Philippe B, aura l'effet focalisateur recherché.
Le chanteur a lui-même conscience des sinusoïdales de sa première partie, déclarant après un passage particulièrement profond (Loin dans le bleu, Le repère tranquille) : « De retour à votre programmation principale. » Encore vertes, ses interventions n'ont pas pris toutes leur essor, mais elles ont encore le temps de se bonifier.
La petite chorégraphie accompagnant On danse comme des cons, mettant même à profit les techniciens de son et d'éclairage, a tout de même fait son effet. Vincent reste un maître de l'autodérision et n'a pas négligé cet aspect, même si ce spectacle est probablement un de ses plus « sérieux » jusqu'à maintenant.
La connexion avec la salle atteindra son apogée avec Lili, que l'auditoire chantera en bonne partie, et bien sûr On va s'aimer encore, à la toute fin. Vincent a eu plusieurs « temps » dans sa carrière, mais le temps associé à cette chanson reste son plus fort.