« Il aurait été assez catastrophique si on avait assisté un couronnement. Une course à la chefferie permet de faire un débat d’idées, de présenter l’offre du programme du parti et de mousser la visibilité politique d’un parti qui en a bien besoin », estime le politologue Antonin-Xavier Fournier.

Vers un chef de transition au PLQ ?

Le peu d’intérêt pour se présenter sur la ligne de départ de la course à la direction du Parti libéral du Québec (PLQ) s’expliquerait par le fait que le prochain chef ne pourrait n’être que de passage avant la véritable chance de reprendre le pouvoir en 2026.

Telle est l’une des hypothèses du politologue du Cégep de Sherbrooke Antonin-Xavier Fournier.

À l’ouverture du conseil général du PLQ, qui se déroule cette fin de semaine à Sherbrooke, ce dernier a été invité par La Tribune à analyser la première étape pour trouver un successeur à Philippe Couillard à la suite de la défaite électorale du 1er octobre 2018.

« En politique, les choses peuvent changer rapidement. Pour le moment, on semble se diriger vers une réélection de la CAQ en 2022. Ce n’est pas pour rien qu’il n’y a pas beaucoup de candidats. Est-ce que l’on assistera à la nomination d’un chef de transition? » soulève M. Fournier.

Concernant les deux seuls candidats qui se retrouveront vraisemblablement sur les rangs, le politologue explique que Dominique Anglade représente l’aile multiculturaliste libérale du PLQ, alors que Alexandre Cusson, un candidat externe, représente davantage l’aile des régions.  

« Il aurait été assez catastrophique si on avait assisté un couronnement. Une course à la chefferie permet de faire un débat d’idées, de présenter l’offre du programme du parti et de mousser la visibilité politique d’un parti qui en a bien besoin », souligne M. Fournier.

Après la débâcle de 2018 qui a chassé le gouvernement majoritaire et laissé 31 députés à Québec, Antonin-Xavier Fournier croit que le PLQ doit revenir à ses racines nationalistes de la Révolution tranquille de Jean Lesage ou de projets comme les grands barrages hydroélectriques ou les soins de santé universels et gratuits de Robert Bourassa s’il souhaite faire un véritable débat d’idées.

« C’est un parti qui est en lambeaux. Il est maintenant représentatif seulement de la région de Montréal principalement avec des circonscriptions allophones et anglophones. Les plus récents sondages montrent qu’il obtient moins de 15 pour cent, peut-être moins de dix pour cent, du vote francophone. Ce vote représente 80 pour cent de la population du Québec et détermine au moins 90 circonscriptions sur 125 », signale le politologue.

Il ajoute que le PLQ demeure associé beaucoup aux règnes de Jean Charest et de Philippe Couillard. 

« Un règne d’austérité, de compressions et de rigueur budgétaire. C’est la marque qui colle à ce parti. Par le passé, le parti libéral utilisait l’état comme moteur d’intervention. Je pense que cette origine sociale démocrate devrait être au cœur de la prochaine course à la direction », estime Antonin-Xavier Fournier.

Il rappelle que Justin Trudeau a réussi ce virage à gauche pour doubler le NPD de Thomas Mulcair en 2015 et faire élire un gouvernement majoritaire sur la scène fédérale.

« Il est trop tôt pour dire quelle vision les deux candidats à la chefferie vont incarner. Alexandre Cusson a un beau parcours, mais on ne connait pas ses positions environnementales, sur la place du Québec dans le Canada ou son projet de société pour le Québec », rappelle le politologue. 

Antonin-Xavier Fournier tient à faire la distinction entre un congrès à la chefferie et un conseil général comme celui qui se déroule à Sherbrooke cette fin de semaine.

« Un conseil général permet de gérer les affaires courantes du parti, alors qu’un congrès permet de choisir un nouveau chef ou une plateforme électorale en prévision d’une élection. Le conseil général de Sherbrooke devrait mettre en branle toute la procédure qui va nous mener au congrès à la direction où les militants libéraux vont choisir celui qui va succéder à Philippe Couillard. Le conseil général cherchera à donner un souffle à cette course à la direction qui n’a pas suscité beaucoup d’intérêt jusqu’à maintenant », soutient Antonin-Xavier Fournier.