Les entreprises d’entretien de pelouse estiment que la solution proposée par la Ville de Sherbrooke pour freiner la prolifération de vers blancs ne s’applique que dans des conditions idéales et que le recours à des traitements à l’acelepryn est approprié.

Vers blancs : rien à voir avec la chimio

Les traitements que font les entreprises contre les vers blancs ne sont pas de la « chimiothérapie préventive », comme l’a dit Évelyne Beaudin au conseil municipal, affirment les entrepreneurs qui œuvrent dans ce domaine.

Le propriétaire du groupe Vertdure de Sherbrooke, François Labbé, n’aime pas cette comparaison. « On utilise exclusivement des produits homologués par Santé Canada, assure M. Labbé. Quand on utilise un mot comme de la ‘‘chimiothérapie’’ c’est terrible de dire quelque chose pareil. Si l’on veut faire un parallèle avec la médecine, on devrait parler d’un vaccin. »

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Selon lui, le produit de base de l’acelepryn, le chlorantraniliprole, doit être posé sur le sol avant que les insectes n’y arrivent. « L’acelepryn, qui est un produit homologué, n’est pas utilisé au niveau curatif. Pour bien saisir la différence, c’est que je ne peux pas utiliser ce produit pour tuer le ver blanc qui est déjà en place », explique-t-il.

« Une fois qu’il est posé au sol, il est absorbé par la plante, continue M. Labbé. Quand les jeunes vers blancs viennent au monde, ils s’alimentent par la racine et vont s’empoisonner. Les gens dans le comité de l’environnement sont très au courant de cela. »

Évelyne Beaudin

De son côté, le propriétaire de Weedman Sherbrooke, Philippe Cassie, a la même vision. Dire que le traitement s’apparente à de la chimiothérapie préventive est exagéré, selon lui. « Les produits qui sont très toxiques ne sont plus disponibles depuis longtemps au Québec. Ce qu’il nous reste dans notre coffre à outils, ce sont les molécules les moins toxiques. L’idée est de vacciner la pelouse pendant qu’elle est en santé pour faire en sorte d’éviter un dommage à l’automne ou au printemps suivant. Les gens ont des craintes de perdre leur gazon comme il se passe à Rock Forest », indique-t-il.


« Le nématode est un produit magnifique. C’est un parasite naturel du ver blanc. »
François Labbé

Les nématodes, qui pourraient être une option biologique, doivent être utilisés dans un contexte idéal si le client veut de bons résultats, pense François Labbé. « Le nématode est un produit magnifique. C’est un parasite naturel du ver blanc. Dans un sol noble dans des conditions d’arrosage parfaites, tout ça fonctionne très bien. Dans la vraie vie, ce n’est pas tout à fait la même chose. C’est comme si les nématodes nageaient dans de la mélasse. »

Collaboration

Les entrepreneurs sont tous d’accord : la collaboration avec la Ville est très bonne. « Les propriétaires des trois entreprises principales à Sherbrooke siègent depuis environ trois ans au comité de l’environnement. La collaboration est là depuis longtemps. On veut donner aux gens les bonnes informations pour qu’ils aient une pelouse en santé. On le faisait bien avant que la Ville nous ait demandé de le faire », assure François Labbé.

« Non seulement on donne la collaboration, mais on l’a demandé. On ne veut pas taper sur la tête de la Ville. Ils font ce qu’ils croient correct, mais des études sont faites de manière indépendante », rappelle François Labbé.

Philippe Cassie veut aussi continuer à donner son opinion à la Ville de Sherbrooke. « On a fait beaucoup d’avancées en terme d’environnement avec la Ville, notamment au cours des cinq dernières années. En ce moment, les Sherbrookois sont pris avec des infestations de vers blancs, qu’on considère assez majeurs dans certains secteurs. On pense que l’objectif est louable, c’est un peu au niveau des moyens qu’on diverge », indique-t-il.

Pas d’infestation, pas de traitements

Selon la chargée de projets en environnement à la Ville de Sherbrooke, Chantal Pelchat, faire traiter son terrain ne doit pas être la solution facile.

« Si j’ai une présence de vers blancs sur ma propriété ou si j’en ai eu dans les 12 derniers mois, je pourrais faire traiter mon terrain. (...) Les pesticides, c’est en dernier recours. On éteint les lumières le soir, donc ça ne va pas attirer les insectes. On peut laisser le gazon un peu plus long. On n’utilise pas trop de fertilisant et mettre un peu de trèfle. Il y a des agents de lutte qui peuvent être utilisés », résume-t-elle.