Plusieurs dizaines de personnes ont profité du chaud soleil pour visiter le parc Willie-Bourassa-Auger et s’opposer à la vente de celui-ci.

Vente d'un parc : la contestation prend de l’ampleur

Pour contester la vente du parc Willie-Bourassa-Auger, une centaine de Sherbrookois venus de partout en ville sont allés visiter dimanche — pour la première fois, dans plusieurs cas — le seul accès public donnant accès à la rivière Saint-François sur la rive Est de Bromptonville. Pour ces gens, il n’est pas question de laisser partir ce parc pour un peu plus de 91 000 $.

Cependant, pour se rendre à la rivière, l’attrait principal du parc, il faut être bien chaussé. Pour descendre la pente escarpée donnant accès à l’eau, il faut se tenir sur une corde jaune attachée à des arbres. « Une personne à la fois, avertit une citoyenne. Si on descend plusieurs en même temps et que quelqu’un tombe, tout le monde perd l’équilibre ».

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Pourtant, il y a presque 22 ans, alors qu’Hydro-Québec a subventionné ce parc, un magnifique belvédère donnait accès à la rivière. Pêcheurs et amants de la nature s’y rendaient pour taquiner l’achigan, le saumon ou simplement pour profiter du doux soleil d’été.

« Il y avait des marches en bois et un belvédère qui donnait une vue imprenable, se rappelle Gilles Quenneville. Quand ç’a été concédé à Sherbrooke, comme par hasard, l’entretien a diminué. Il y en a qui sont venus, les marches se sont brisées et n’ont pas été réparées. Des escaliers ont été brûlés et finalement, ils ont démantibulé l’accès à la rivière », témoigne l’ancien professeur à l’Université de Sherbrooke.

Pique-nique pour la cause

Bien qu’il est minuit moins une pour sauver ce parc, l’ambiance était détendue, voire festive au parc Willie-Bourassa-Auger dimanche. Un pique-nique organisé par la conseillère municipale Évelyne Beaudin et par la citoyenne Catherine Boileau a fait fureur.

« C’est grâce à des gens comme Catherine qui a fait l’appel, qui ont eu l’idée et qui ont passé le mot. Les gens sont venus en vélo et en covoiturage pour découvrir ce petit coin de pays. On est contents, car ça démontre qu’il y a un véritable intérêt pour le parc, mais aussi pour les espaces verts en général à Sherbrooke », se réjouit la chef de Sherbrooke Citoyen.

Quelle est la prochaine étape pour ce parc? « C’est le changement de zonage. Il est actuellement zoné “parc” et ils veulent le zoner “résidentiel” pour construire une maison unifamiliale. Les élus décident s’ils continuent dans le changement de zonage. S’ils poursuivent, il pourrait y avoir une demande de registre pour que les citoyens du secteur puissent s’opposer. Ce qui est dommage dans ce processus, c’est que ce ne sont pas tous les citoyens de Sherbrooke qui peuvent y participer, c’est vraiment fait dans la loi pour que ce soit les gens du secteur. En même temps, on a été surpris, car plein de gens du voisinage sont venus voir ce qui se passait et donner leur appui », décrit la conseillère du district du Carrefour.

Celle qui fait de ce parc l’un de ses dossiers prioritaires est assez confiante quant à la suite des choses. « C’est difficile d’aller à l’encontre de ce qu’on voit. Ce qui se passe aujourd’hui, c’est exactement tout ce qu’on veut : des gens qui profitent des biens publics de la ville, qui parlent, qui se rencontrent et qui échangent sur ce qu’ils veulent avoir comme ville. Quand on voit ça, c’est difficile de dire qu’on va y mettre fin. Je suis assez confiante que les élus vont être sensibilisés et prendre la bonne décision », déclare-t-elle, le sourire aux lèvres.

Les visiteurs ont pu signifier leur désir de garder ce parc en signant des feuilles qui seront remises aux élus. « On écrit pourquoi on est contre la vente du parc, nos arguments. Les gens peuvent signer et les enfants, faire des dessins. C’est une feuille par élu, mais ça commence à être rempli », signifie la Catherine Boileau.

« Ça aurait été bien qu’on soit plus consultés, enchaîne-t-elle. Il n’y a pas seulement 70 personnes qui utilisent ce parc. Ceux qui utilisent les pistes cyclables, est-ce qu’ils viennent seulement de Brompton? Je ne pense pas. Je vais au lac des Nations, mais je n’habite pas à côté. Je vais à plein d’autres parcs, je n’habite pas nécessairement près, mais je me sens concernée s’il se passe quelque chose là-bas. »

Mobilisation

Linda Dorval, une Sherbrookoise, ne connaissait pas l’existence de ce parc. « Il faudrait investir pour l’améliorer, car ce n’est pas très sécuritaire pour aller sur le bord de l’eau. Ce n’est pas très bien indiqué : j’ai passé souvent tout près pour aller à Sherbrooke, mais je n’ai jamais vu qu’il y avait un parc ici. C’est un bel endroit qui mérite d’être amélioré », analyse-t-elle.

Yoseline Leunes de Rock Forest juge que tous les parcs de la ville doivent être protégés. « Ç’a une valeur à long terme. C’est magnifique, c’est un endroit où on se sent bien. C’est bon pour la santé de tout le monde. Les citoyens qui maintenant connaissent le parc peuvent prendre une décision éclairée », résume-t-elle.