Ashley Wallis caresse un projet de centre de valorisation de l'aliment, projet qui s'établira dans le parc industriel régional.

Valorisation des aliments : de l'intérêt chez les producteurs

L'implantation d'un centre de valorisation de l'aliment (CVA) à Sherbrooke suscite un certain enthousiasme chez les producteurs et les transformateurs. La construction de cuisines industrielles permettra notamment aux petits entrepreneurs de développer leurs produits sans subir le poids financier qu'impose l'acquisition d'une chaîne de transformation.
Claudia Poulin, cofondatrice d'Evive Smoothie, qui produit des cubes surgelés faits de fruits, de légumes et de super aliments, admet que la présence d'un CVA aurait été profitable pour la compagnie sherbrookoise à ses débuts. « Il a été difficile de trouver un endroit pour faire notre production. Au départ, quelqu'un nous a accueillis dans sa cuisine et nous payions au mois. Nous avons finalement trouvé un endroit qui répond à tous nos besoins à Saint-Hyacinthe. On y trouve des équipements dispendieux que nous n'aurions pas les moyens d'acheter », explique-t-elle.
Rappelons que le CVA projeté dans le parc industriel régional, projet piloté par Ashley Walllis, propriétaire de VERTige ferme urbaine, compterait une ligne d'embouteillage, des cuves de plusieurs litres, des cuisines multiusages, une cuisine de transformation sans allergènes et une cuisine pour la transformation des légumes. Ces installations pourront être louées à l'heure ou à la journée.
« On aurait adoré commencer à Sherbrooke. Le CVA a donc 100 % sa place. Quand il sera implanté à Sherbrooke, nous serons intéressés à revenir, mais tout dépendra des équipements. À Saint-Hyacinthe, ils sont vraiment spécialisés pour nos besoins » ajoute Mme Poulin.
Une chose est sûre, son associé Dominic Dubé et elle n'auraient pas pu rester bien longtemps dans leur cuisine pour développer leurs smoothies. « Au début, nous étions à la maison pendant que nous regardions si les gens étaient intéressés au produit, mais il a rapidement fallu changer d'endroit. Notre but est de vendre nos produits en épicerie. Nous ne pouvions pas rester dans notre cuisine. Nous avions des ressources limitées, alors d'avoir des ressources en commun, c'est un service apprécié. »
Russell Pocock, propriétaire de la Ferme Sanders, ne doute pas non plus des bienfaits d'un CVA. Il en a mesuré les impacts au Vermont, où il écoule 90 % de sa production. Membre d'une coopérative américaine avec quatre autres fermes de la région de Compton, il a déjà vendu ses fruits et légumes à un de ces centres de valorisation, appelé food hub. « On y trouve toutes sortes de projets, par exemple un jeune couple qui faisait de la salsa. Il produisait une quantité suffisante pour vivre, mais pas assez grande pour construire sa propre cuisine commerciale. Il pouvait mettre ses produits en entreposage et les vendre pendant l'année. Les gens y produisaient un peu de tout : des vinaigrettes, des sauces, des croustilles... »
M. Pocock croit que ces installations communautaires encouragent l'innovation. « Ça fait longtemps que j'essaie d'encourager l'implantation d'un centre comme celui-là dans la région. Je trouvais que ça manquait. J'espère qu'il sera utilisé de belle façon et qu'il ne servira pas que pour les grosses productions. La seule limite, c'est l'imagination des gens. Au Vermont, on trouve une panoplie de produits qu'on ne voit pas ici. »
Russell Pocock y voit une façon de soutenir les jeunes qui se lancent en affaires. « Ils n'ont pas les moyens d'acheter des fermes ou de terres énormes, mais ils peuvent faire de petites productions et avoir accès à une cuisine pour faire la transformation peut être la clé de la réussite. C'est difficile pour des jeunes d'entrer dans le milieu de l'agriculture parce que les fermes sont trop grosses. »
Les fermes comme la sienne peuvent aussi utiliser un CVA pour transformer les aliments déclassés, ces fruits et légumes aux formes étranges qui ne trouveraient pas preneur en épicerie. « Il faut toutefois avoir une constance pour que ce soit profitable. J'ai des voisins qui laissent des tonnes de chou dans les champs ou qui perdent des pommes un peu abîmées qui pourraient faire des jus ou des compotes... »
Selon M. Pocock, le CVA fera tomber une barrière importante pour plusieurs projets en transformation agroalimentaire.
Un projet « extrêmement intéressant » selon Sherbrooke Innopole
Sherbrooke Innopole accueille favorablement le projet de Centre de valorisation de l'aliment (CVA) que projette de construire Ashley Wallis, propriétaire de VERTige ferme urbaine, dans le parc industriel. L'organisme paramunicipal confirme travailler en collaboration avec le promoteur.
« C'est un projet extrêmement intéressant et prometteur qui s'inscrit dans les nouvelles tendances en entrepreneuriat, à savoir le développement de projets qui ont un impact social et environnemental », a commenté la directrice générale de Sherbrooke Innopole, Josée Fortin, qui qualifie le promoteur de très dynamique.
On admet néanmoins que le CVA prend une forme inhabituelle en comparaison des autres édifices qu'on trouve dans un parc industriel et sa vocation doit être confirmée par certaines étapes administratives à la Ville de Sherbrooke. L'usage principal présenté demeure néanmoins celui de la transformation d'aliments, ce qui cadre parfaitement avec la mission du parc industriel régional, comme en font foi les installations de Chocolat Lamontagne et des Aliments Jardi.
Si la construction est souhaitée au printemps, pour une inauguration à l'automne 2017, il est possible que les délais soient plus importants. À Sherbrooke Innopole, on avance qu'il est trop tôt pour établir un échéancier, mais qu'on souhaite la réalisation du projet le plus tôt possible.